ZAMBÈZE : Poésie d’un rendez-vous manqué avec l’Afrique

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 6 mai 2016

 

 

Journal de voyage

Ludovic Degroote

Paru en novembre 2015 aux éditions Unes, Collection Unes Éditions, 90 pages

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Ludovic Degroote, zambèze © Éditions Unes, Collection Unes éditions, 2015

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SI VOUS AIMEZ les voyages qui dépaysent,  si vous aimez l’Afrique, sa faune, sa flore et ses « ciels d’incendie », si vous aimez la poésie des grands espaces et les plongées au plus intime de l’être, alors vous aimerez sans doute zambèze de Ludovic Degroote.

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Photo Ludovic Degroote

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LE RÉSUMÉ

« est-ce une chance pour ma paresse de n’être pas romancier, un écrivain voyageur absorbe témoignages et sources, livres et documentation, c’est admirable ; ici, je ne sais pas ce que je fais, entre poème et dérives, fragments lâches et proses méditatives, j’avance à l’aveuglette, en croisant les espaces, ainsi que je l’ai toujours fait, et ainsi qu’au fond nous faisons tous dans la vie, parce qu’il nous manque l’instant d’après »

Extrait de Zambèze, page 61

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR       

Été 2013. À l’occasion d’un voyage familial en Zambie, le poète français Ludovic Degroote se lance depuis Lusaka dans un périple touristique qui le conduit non seulement à suivre le cours tumultueux de l’un des plus grands fleuves d’Afrique, le Zambèze, mais aussi à se perdre dans les méandres les plus secrets de l’être. Désireux de confronter à la réalité ses rêves d’enfant fasciné par l’ensorcelant attrait du continent africain, Ludovic Degroote ouvre dans sa carrière littéraire ce qui s’apparente à une parenthèse expérimentale. Jour après jour, il consigne dans un cahier qui ne le quitte pas tout ce qui, au fil de cette équipée familiale, le surprend, l’émeut, le fascine. Dans un texte qui porte le nom du fleuve et qui ballotte le poète librement au gré de sa fantaisie ou de son humeur, l’écrivain condense ses impressions de voyageur en fragments visuels, intenses et colorés, où viennent se greffer des rêveries méditatives qui s’effilochent sur la page comme les nuances du soleil couchant sur les eaux argent ou bleues du Zambèze. Ces lambeaux de carte postale, ces filets de lumière, ces pièces de puzzle s’assemblent au petit bonheur dans le chaos de l’émotion et de la découverte. Des éléphants soudain traversent le fleuve et « au milieu de la procession, un tout petit bout de trompe émerge par saccades ». Le goût du détail couplé à l’intensité de la sensation cisèle les images que le texte, tel une eau puissante, porte comme des îles, minuscules trophées que la mémoire arrache à l’instant. Guidé par les exigences littéraires d’une oeuvre qui s’écrit sur le vif, mais qui a du mal à trouver son unité, Ludovic Degroote s’efforce ainsi en résistant à tous les poncifs du récit de voyage de rendre compte d’un dépaysement qui le déroute. Contraint de s’interroger sur ce qui l’empêche d’apprécier chaque moment de son passage en Afrique, il recentre son écriture sur l’intime. Il prend le risque de plonger en son for intérieur pour en ramener à fleur de texte les raisons secrètes qui transforment un circuit de découverte en rendez-vous manqué avec tout un continent. Face au spectacle ensorcelant que la nature orchestre à chaque instant dans des paysages à couper le souffle, la peur, de l’inconnu, des accidents, des maladies, de la mort qui s’abat sans prévenir, la peur et tout son cortège d’angoisses, de « pieuvres [qui] vous entraîne[nt] par le fond», gâchent la qualité de l’instant et précipitent l’oeuvre dans une quête identitaire qui débouche sur une vérité universelle : où qu’on aille et « quoi qu’on écrive, on écrit de l’intérieur ». En voyage, on emporte avec soi toute son histoire, toutes ses failles, toutes ses faiblesses. Même à l’autre bout du monde, le poète n’en finit pas de composer, au plus intime du coeur, avec sa « propre géographie ». Et son oeuvre, comme les eaux puissantes du Zambèze sous des « ciels d’incendie », son oeuvre charrie tout ce qu’il y a en lui d’irréductible et de vie.

O.d’Harnois

1 comments

Répondre Caroline D
9 mai 2016

Bel hommage… et bel extrait que tu nous donnes à lire, ça résonne en moi, ça donne envie d’y voir plus loin…merci, Odile.

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