ZABOURE ZANE : Esquisses d’une anthropologie de la poésie féminine postmoderne en Iran

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 2 septembre 2014

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Romanthologie

Iraj Valipour

Paru en mars 2014 à l’Atelier de l’Agneau Editeur, Collection Transfert, 240 pages

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Iraj Valipour, Zaboure Zane © Atelier de l’Agneau Editeur, Collection Transfert, 2014

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SI VOUS AIMEZ  l’Orient et la poésie,  si vous aimez les essais, les analyses socio-culturelles et les textes érudits qui s’enracinent dans la philosophie et l’histoire, alors vous aimerez sans doute Zaboure Zane d’Iraj Valipour.

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Eve et sa soeur Lilith croquant dans la pomme, tissu, art populaire iranien du XIXème siècle, collection privée de l’auteur

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LE RÉSUMÉ

Le shah est parti, mais les souris ne dansent pas encore, elles chantent de drôles de psaumes (zabour, en persan). Mizbân, Zendehdel, Banishafiʻ, Jodeyri… et les autres, la plupart trentenaires, sont traduites pour la première fois.

Ces femmes (zane, en persan) revendiquent bien difficilement – entre leurs sites retirés de la toile et leurs livres de la vente – une « postmodernité ». Il ne s’agit pas seulement d’une école littéraire. A leurs yeux, l’islam radical est essentiellement moderne, et elles veulent le dépasser.

Anthropologue qui a fait de la poésie son terrain, Iraj Valipour nous propose une enquête au coeur de ce mouvement. Il la mène avec brio et empathie, érudition et fantaisie, se faisant à son tour auteur postmoderne, et inventant pour l’occasion, entre essai et roman, un genre qui pourrait s’appeler « romanthologie ».

Source : Atelier de l’Agneau Editeur

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   

Trente-cinq ans après la Révolution islamique, l’anthropologue Iraj Valipour nous livre un état des lieux très documenté de la poésie féminine en Iran. Pour cet expert de l’humain, la démarche littéraire des trente-cinq poétesses qu’il a choisi de nous présenter dans son ouvrage intitulé Zaboure Zane va bien au-delà de la simple écriture. La voix de ces insoumises lézarde en douceur les murs culturels séculaires qui emprisonne les femmes malgré elles. En instillant le renouveau de la littérature en Iran, elles font se lever de l’intérieur de leurs foyers une révolution silencieuse à la puissance subversive. Le mouvement, né dans les années soixante-dix, ne s’est pas constitué en école littéraire. Cependant, de l’aveu même de leurs auteurs, il peut être qualifié de poésie postmoderne. Dans ces « psaumes au féminin », le sens vole en éclats au profit du rythme et de la scansion. Ces jeunes poétesses de la contre-culture iranienne insufflent la force du cri aux schémas les plus anciens de la prosodie et de la métrique. Elles s’insurgent et leurs mots, teintés du mystère des vieilles prophéties, s’échappent en secret des chambres où elles écrivent pour consolider leur liberté toute neuve sur les pages dématérialisées d’Internet.  

A mi-chemin de l’essai et du roman, Zaboure Zane est une oeuvre inclassable. Divisé en quinze leçons et quatre récréations, la fiction d’Iraj Valipour conduit le lecteur sur les traces de trois intellectuels fascinés par la rupture socio-culturelle induite en Iran par la poésie féminine postmoderne. L’auteur se met ainsi en scène sous les traits d’un vieux professeur, qui dispense son enseignement à deux de ses anciennes élèves : Avaz et Gita. Au fil de rencontres informelles, placées sous le signe de la séduction, le trio s’affronte dans des joutes verbales, mi-érudites mi-amusées, où les jeunes doctorantes prennent plaisir à bousculer, en la personne de leur savant interlocuteur, un symbole de l’autorité masculine d’antan. Ce jeu de ping-pong intellectuel alterne ainsi les traductions de poésies, écrites en persan, et les analyses qu’en proposent les trois experts.

Touffu, complexe, captivant, Zaboure Zane a le mérite de proposer à son lecteur un florilège exhaustif des textes les plus marquants de la poésie féminine postmoderne iranienne de ces cinquante dernières années. Le livre d’Iraj Valipour, pareil à une malle aux trésors, regorge d’informations. Mais sous le poids de la réflexion analytique, la fiction romanesque s’étiole, comme étouffée par la surenchère documentaire. Et faute d’un espace de liberté suffisant, le récit n’arrive jamais vraiment à construire sa propre magie.

O. d’Harnois

 

 

1 comments

Répondre Shanel
2 septembre 2015

Grand article! Merci beaucoup, je vais revenir.

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