VEILLE : Journal d’une vie en suspens

In: Ses notes de lecture

On: 16 janvier 2017

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Poésie

Nathalie Michel

Paru en décembre 2016 aux éditions Lanskine, 92 pages

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Veille

Nathalie Michel, Veille © Éditions Lanskine, 2016

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SI VOUS AIMEZ le souffle des mots et les bourrasques de vent, si vous aimez la sourde intensité des veilles forcées, si vous aimez la simplicité tranchante des écritures qui se déploient dans l’urgence, alors vous aimerez sans doute Veille de Nathalie Michel.

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Editions-Lanskine-photo

© Éditions Lanskine

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LE RÉSUMÉ

Le premier livre de Nathalie Michel, » Souffle continue », se nourrissait de son expérience d’aide soignante auprès des personnes âgées, dans une vision cosmologique de la mort. Ce deuxième livre est un « journal » sensible, dense, au plus près de la terre d’une femme maraîchère. Lectures, musique, nature, animaux, lumière, faits de société irriguent ce texte, la poésie devient partie intégrante de la vie, manière de l’appréhender, manière aussi de se battre.  » Est-il donc journal ? Non pas récit des jours mais autre chose, l’en soi réel lié aux sensations émises par tout ? Béquille au poème qui ne se fait plus ? Nécessaire. » Ce texte, nécessaire, comme le sont l’air, l’eau, les mots pour dire un monde complexe et beau.

Source : Éditions Lanskine

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR      ♥️♥️

Quand le cancer ébranle l’équilibre de l’être et qu’il fait peser sur le corps une menace si violente qu’elle semble en tout semblable à une épée de Damoclès, le malade se sent comme précipité dans un état de veille permanente, un entre-deux du temps où l’on se fait malgré soi guetteur, aussi attentif à soi qu’au monde extérieur. Dans un journal de bord intitulé Veille, qui retrace une parenthèse de latence de 199 jours, un peu plus de six mois, Nathalie Michel s’appuie sur les mots pour tenter d’accéder, par-delà l’insensé, à une compréhension plus intime, neuve, de l’existence. Entre sursis accordé par la maladie et subite rechute, elle écrit au jour le jour une histoire personnelle, secrète, d’amour et de souffle. Quel sens donner à la douleur, à la vie qui s’éteint, à tout ce qu’elle brise ou broie dans son irrépressible élan ? Qui sait si « une rencontre, un amour gigantesque, le dernier » ne pourrait pas à lui seul « sauver un peu de ça, le monde cassé » ? Autour de la narratrice, comme en écho à son désarroi, des nouvelles dramatiques pleuvent sur les écrans. « Combien d’hommes ou de femmes torturés, tués, violés, traumatisés à travers le monde [chaque] jour ? » Combien de guerres effroyables, d’avions de chasse, de bombes ? Comment ne pas succomber à ce déferlement de souffrances ? Comment apprendre à vivre sans se laisser entamer par le malheur ? Comment « sur-vivre » à un amour qui se dérobe, au silence qui s’abîme dans les mots, à l’avenir qui s’efface ? Entre la terre « humide, sombre et lourd[e] » qui « grouille de vers » et qui ramène à l’essentiel – le potager et la poésie – dans un même intense désir de se nourrir, entre la terre donc et le ciel où la nuit invite au rêve après chaque jour de labeur, la poétesse scrute les paysages, les mouvements de la lumière, les frémissements de l’air, la beauté fluide de l’espace qui se régénère à chaque instant, au fil des heures trop longues et des fugitives saisons. Oui, c’est vrai, la vie traîne après elle son lot quotidien d’horreurs, mais pour qui sait l’écouter, quelque chose finit par émerger, presque rien, comme une musique ancienne, un son à peine perceptible dans le lointain, les notes sourdes, la chanson lancinante des « tourneurs de vielle ». Par-delà la mort et le drame, par-delà la maladie, la vie poursuit continûment son oeuvre. « Tout peut être saccagé mais elle restera, la trace vibrante, permanente, de la beauté » et cela peut suffire à se réconcilier avec l’instant. 

Texte marqué par un violent sentiment d’urgence, Veille pare au plus pressé, privilégie le style lapidaire, l’instantané, l’énumération verbale. Les notes de ce journal de bord jouent intensément la carte du raccourci pour faire coïncider au plus près paysage intérieur et environnement naturel. L’émotion s’ajuste ainsi à la course des jours, aux caprices du temps, au passage des saisons, aux travaux des champs. Si Nathalie Michel, en usant de la polysémie du mot « journal » – « Journal disait à l’origine la tâche du jour du paysan qui retourne à la terre » – , réussit à rendre à la poésie une manière de nécessité nourricière, son deuxième livre, Veille, en revanche, en se cantonnant dans l’énonciation brute plutôt que dans la composition, a beaucoup de mal à s’affranchir d’un style tranchant et chaotique qui, à force de miser sur le vif, tombe dans le répétitif et l’indistinct. Un texte qui sonne pourtant comme l’ébauche d’une oeuvre magistrale.

O.d’Harnois

 

 

 

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Pour en savoir plus

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❖ Nathalie Michel 

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Née en Normandie, vit actuellement entre l’Orne et la Mayenne où elle anime des ateliers d’arts plastiques et cultive des fruits et légumes. Ancienne élève à l’Ecole des Beaux arts de Caen et au Fresnoy elle a réalisé des vidéos et un court métrage avec le danseur de Body Weather Frank Van de Ven. Se consacre essentiellement aujourd’hui à l’écriture et au dessin. Participe régulièrement à la revue Lampe-tempête. Veille est son deuxième livre.

Source : Éditions Lanskine

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❖ Le site de la maison d’édition : Éditions Lanskine

2 comments

Répondre michel nathalie
23 février 2017

Bonjour, je vous remercie pour cette très belle note de lecture. Votre attention me touche beaucoup.
Amicalement,
Nathalie Michel

Répondre lecturesaucoeur
24 février 2017

Bonjour, j’ai lu votre texte avec beaucoup d’intérêt et d’émotion…
Merci de votre visite sur Lectures au Coeur.
Amicalement,
Odile

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