UN PRÉSENT QUI S’ABSENTE : Le rang, la ligne et l’échappée

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 28 décembre 2015

 

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 Poésie

Michel Baglin

Paru en septembre 2013 aux éditions Bruno Doucey, Collection Soleil Noir, 107 pages

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Michel Baglin, Un présent qui s’absente © Editions Bruno Doucey, Collection Soleil Noir, 2013

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SI VOUS AIMEZ le voyage et les lignes secrètes de l’être qui poussent sans fin à partir, si vous aimez la poésie quand elle se  voile de mélancolie, si vous aimez les textes au lyrisme contenu, mais qui vacillent, fragiles, au bord de l’émotion, alors vous aimerez sans doute Un présent qui s’absente de Michel Baglin.

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Photo Michel Baglin

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LE RÉSUMÉ

« On me dit que la poésie n’est qu’affaire de langage
Mais je sais bien moi que le chant des hommes
est un sang qui revigore le mien
Qu’il m’aide à mieux embrasser le paysage,
à sentir plus fort, à voir plus grand
et que le moindre poème m’aura donné du large » 

Source : Un présent qui s’absente, page 103

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR             

Dans Un présent qui s’absente, un recueil paru aux éditions Bruno Doucey en 2013, l’écrivain français Michel Baglin travaille le motif de la ligne avec l’intensité secrète des « émotions anciennes ». De poème en poème, il creuse le sens autour de ce qui apparaît comme un schéma fondateur. La ligne, à la fois lien et continuum, lie, attache, relie, rattache et sans fin poursuit. Elle évoque à la fois le cours de l’existence, les choix de vie et les itinéraires de voyage. 

Motif complexe où la simplicité du dessin se superpose à la richesse du sens, la ligne évoque d’abord le cours irrépressible du temps qui conduit sans surprise des « pays perdus au fin fond de l’enfance » à « la mort qui prend ses aises ». Pour se soustraire à l’emprise inexorable du temps qui passe, et bouscule, étouffe, étrangle, asphyxie, seule, l’absence – oubli, rêve ou poésie – mime l’échappée, les fuites en avant et les départs d’autrefois où sur les bords de la Marne, il fallait « fugu[er] à vélo pour retrouver  l’herbe et l’eau, et cette odeur terreuse de liberté et d’interdit ». Poésie voilée de mélancolie, où les désillusions de l’homme mûr côtoient les brumes dorées du souvenir, Un présent qui s’absente ramène sans fin au point de départ, « recroquevillé sous l’avalanche des jours ».

De l’enfance passée dans les gares, « du côté des grandes lignes »,  à rêver de voyages fabuleux, Michel Baglin a conservé « la mémoire des mains ouvrières », humbles et industrieuses, des femmes et des hommes au milieu desquels il a grandi. Pour cet exilé de l’intérieur, issu d’un monde où la noblesse d’un destin se construit nécessairement à la force du poignet, le dessin contradictoire de la ligne souligne à la fois la nécessité intime de fuir vers d’autres horizons et le besoin impérieux de ne pas trahir ses origines. Ainsi, « même si [ses mains] sont devenues blanches », l’écrivain, de texte en texte, de livre en livre, ne cesse de revenir à sa ligne de départ, la lignée originelle et ouvrière.

Mais de ce tiraillement intime, de cette contradiction essentielle – partir ou rester – naît un fort sentiment d’exclusion et un violent désir d’« être au monde », de trouver sa place « pour enfin descendre dans le paysage ». Comme les migrants de tous pays qu’on pointe du doigt comme des étrangers, le poète, sorti du rang par amour de la liberté, ressent son altérité comme une faiblesse qui le cloue au pilori, à l’écart du plus grand nombre. Poésie fraternelle qui voudrait réduire tous les fossés qui creusent l’incompréhension entre les êtres, Un présent qui s’absente souligne ainsi la difficulté d’être perçu au sein de sa propre famille comme un marginal, un autre dont on ne peut reconnaître ni accepter la singularité. Dans un texte qui voudrait endiguer la puissance d’un penchant naturel au lyrisme dans les rails apaisants de la raison, les vers les plus beaux, les plus lumineux, les plus intenses sont ceux qui se lèvent sans contrainte dans la fugacité de l’émotion.

De la beauté de la ligne, au final, Un présent qui s’absente souligne l’ineffable, quelque chose, presque rien, qui transparaît dans une manière de dynamisme, un mouvement qui porte, qui bouscule, qui entraîne, qui transporte de bonheur et d’espoir, « une vie, une voile, un vol, un grain de lumière dans les sillons du vent ».

O.d’Harnois

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 Pour en savoir plus 

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❖ Les éditions Bruno Doucey : Le site

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7 comments

Répondre Découvertes 2016 et poésie | A r t s & S c i e n c e s
22 janvier 2017

[…] Baglin Un présent qui s’absente 2013 aux éditions Bruno Doucey,  112 p. extrait de p. 66-67 Résumé dans la chronique littéraire sur le site Lectureaucœur.fr du […]

Répondre CHEMINS D'ENCRE : Un écrivain en quête de sens – Lectures au coeur
17 juin 2016

[…] – Un présent qui s’absente : Le rang, la ligne et l’échappée […]

Répondre Caroline D
29 décembre 2015

L’extrait de la page 103 me parle beaucoup, et me donne envie du reste.
Merci Odile pour ces découvertes partagées avec coeur et intelligence.
En te souhaitant de continuer dans l’année qui vient – avec ce même plaisir, si palpable.
Je continuerai de te lire.

Répondre lecturesaucoeur
1 janvier 2016

Merci, Caroline, pour ce commentaire qui me touche beaucoup …
Je vous souhaite une très belle année 2016 sous le signe de la poésie et de la créativité.
All the best for you and yours!!!

Répondre Guy Allix
28 décembre 2015

Encore un superbe article, Odile. Écrit avec l’intelligence du coeur et de l’émotion sur l’ami Michel Baglin, qui mérite largement que nous nous détournions de notre ligne pour venir nous abreuver aux mots de ses poèmes. Un vrai !

Répondre lecturesaucoeur
28 décembre 2015

Merci, Guy.

Répondre UN PRÉSENT QUI S’ABSENTE : Le rang, la ligne et l’échappée | musnadjia423wordpress
28 décembre 2015

[…] Source : UN PRÉSENT QUI S’ABSENTE : Le rang, la ligne et l’échappée […]

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