UN JOUR, UN POÈTE : Sylvia Plath

In: Un jour un poète

On: 12 décembre 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La cueillette des mûres

 

Personne sur le chemin, et rien, rien sinon des mûres,

Des mûres de chaque côté, des mûres partout,

Une allée de mûres, qui descend en crochets, et une mer

Quelque part au bout, qui se soulève. Des mûres

Aussi grosses que mon pouce, aussi muettes que des yeux

Ébène dans les haies, et pleines

De jus bleu-rouge, qu’elles abandonnent sur mes doigts.

Je n’avais pas demandé de telles soeurs de sang ; elles doivent m’aimer.

Elles sont accommodantes, elles se font toutes petites pour tenir dans ma bouteille à lait.

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Là-haut passent les chocards en volées noires, cacophoniques —

Bouts de papier brûlé qui tournoient dans un ciel orageux.

Leur voix est la seule voix, elle proteste, proteste.

Je ne crois plus que la mer apparaîtra.

Les hautes prairies vertes s’embrasent, comme illuminées de l’intérieur.

J’atteins un buisson de baies si mûres que c’est un buisson de mouches.

Suspendant leurs ventres bleu-vert et leurs ailes en un paravent chinois.

Le sirupeux festin de baies les a tout étourdies ; elles croient au paradis.

Un crochet encore, et les baies et les buissons finissent.

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Il ne manque plus que la mer maintenant.

D’entre deux collines un vent soudain s’abat sur moi

Et me gifle le visage de son linge fantôme.

Ces collines sont trop vertes et douces pour avoir goûté le sel.

J’emprunte le sentier aux moutons qui les sépare. Un ultime crochet me mène

À la face nord des collines, et cette face est de roc orange

Et ne donne sur rien, rien sinon un grand espace

De lumières, blanches et d’étain, et un vacarme comme d’orfèvres

Frappant, frappant encore un métal intraitable.

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Sylvia Plath (1932-1963) – La cueillette des mûres (1961) in La Traversée

Traduction : Valérie Rouzeau

 

 

 

 

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Blackberrying

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Nobody in the lane, and nothing, nothing but blackberries,

Blackberries on either side, though on the right mainly,

A blackberry alley, going down in hooks, and a sea

Somewhere at the end of it, heaving. Blackberries

Big as the ball of my thumb, and dumb as eyes

Ebon in the hedges, fat

With blue-red juices. These they squander on my fingers.

I had not asked for such a blood sisterhood ; they must love me.

They accommodate themselves to my milkbottle, flattening their sides.

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Overhead go the choughs in black, cacophonous flocks —

Bits of burnt paper wheeling in a blown sky.

Theirs is the only voice, protesting, protesting.

I do not think the sea will appear at all.

The high, green meadows are glowing, as if lit from within.

I come to one bush of berries so ripe it is a bush of flies,

Hanging their bluegreen bellies and their wing panes in a Chinese screen.

The honey-feast of the berries has stunned them ; they believe in heaven.

One more hook, and the berries and bushes end.

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The only thing to come now is the sea.

From between two hills a sudden wind funnels at me,

Slapping its phantom laundry in my face.

These hills are too green and sweet to have tasted salt.

I follow the sheep path between them. A last hook brings me

To the hills’ northern face, and the face is orange rock

That looks out on nothing, nothing but a great space

Of white and pewter lights, and a din like silversmiths

Beating and beating at an intractable metal.

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Sylvia Plath (1932-1963) –  Blackberrying (1961) in Crossing the water

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Photographies © Odile d'Harnois

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Pour en savoir plus

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Photo : Sylvia Plath

Sylvia Plath (1932-1963)

Images may be subject to copyright

 

 

 

 Sylvia Plath, née le  à Jamaica Plain, dans la banlieue de Boston, et morte le  à Primrose Hill (Londres), est une poétesse américaine, qui a écrit aussi un roman, des nouvelles, des livres pour enfants et des essais. Si elle est surtout connue pour sa poésie, elle tire également sa notoriété de The Bell Jar (en français, La Cloche de détresse ), roman d’inspiration autobiographique qui décrit en détail les circonstances de sa première dépression, au début de sa vie d’adulte.

Depuis son suicide en 1963, Sylvia Plath est devenue une figure emblématique dans les pays anglophones, les féministes voyant dans son œuvre l’archétype du génie féminin écrasé par une société dominée par les hommes, les autres voyant surtout en elle une icône dont la poésie, en grande partie publiée après sa mort, fascine comme la bouleversante chronique d’un suicide annoncé.

Source : Wikipédia

 

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Sylvia Plath : biographie, actualités et émissions France Culture

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La légende de Sylvia et Ted ⎢Un article de Jean-Luc Douin, Le Monde des livres du 22 juin 2006

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Sylvia Plath par Valérie Rouzeau ⎢France Culture/Ça rime à quoi – YouTube

Le 31 octobre 2009, dans l’émission “Ça rime à quoi” diffusée sur France Culture, Sophie Nauleau recevait la poétesse et traductrice française Valérie Rouzeau pour évoquer la poésie de Sylvia Plath, et plus particulièrement son ultime recueil “Ariel”

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Sylvia Plath – Sylvia et ses fantômes ⎢France Culture/Attention à la littérature – YouTube

L’émission « Attention à la littérature », par Claude Mourthé et Catherine Lemire, a été diffusée le dimanche 20 février 2000 sur France Culture

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