UN JOUR, UN POÈTE : Katerìna Anghelàki-Rooke

In: Un jour un poète

On: 4 décembre 2017

 

Photographie © Odile d'Harnois

 

 

 

 

 

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Notre amour avait un pouvoir sur le monde

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Notre amour avait un pouvoir sur le monde :

chacun était sous le charme

quand nous passions à pas lents comme si

nous emmenaient à la fête

une barque et des chansons.

Débraillés, le duvet de la couverture

encore dans le cou

nos voix ressemblaient

aux voluptés du rossignol et du chacal

emmêlées dans l’air.

Nous savions les réponses

aux anges gardant les portes

qui sévèrement séparent la tristesse

de la terre et celle du ciel.

(— Oui, nous allons rester …

— Tant que cela dure …

— Nous admirons le renard quand il court …

— Nous écrirons des poèmes jusqu’au bout de la vieillesse

jusqu’à l’extrême douleur physique … )

Il est rare qu’on étreigne

il est rare qu’on redoute

la mort autant

que lorsque dans nos mains

l’amour

devient le sceptre

du pouvoir sur le monde.

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Katerìna Anghelàki-Rooke (Athènes, 1939) – Les papiers dispersés de Pénélope, Hiver 75 – Printemps 76

Traduction : Michel Volkovitch

 

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Photographie © Odile d'Harnois

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Pour en savoir plus

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Katerìna Anghelàki-Rooke (Athènes, 1939)

Images may be subject to copyright

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❖ Née en 1939 à Athènes, Katerìna Anghelàki-Rooke est une poétesse grecque. Marquée par Sylvia Plath, Nìkos Karoùzos et les philosophies orientales, sa poésie est amoureuse, charnelle, méditative, parcourue par un amour quasi religieux de la nature. Elle a publié une dizaine de recueils, dont Les papiers dispersés de Pénélope (1977), Le triomphe de la perte constante (1978), Amour contraire (1982), Les prétendants (1984), Nature vide (1993), La chair beau désert (1995). Elle a également traduit, pour ne citer qu’eux, Pouchkine, Lermontov, Maïakovski, D.Thomas, S.Heaney. 

Source :  Anthologie de la poésie grecque  contemporaine  (1945-2000),  Poésie⎢Gallimard

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2 comments

Répondre Agnès Lise
4 décembre 2017

Très beau poème qui m’a beaucoup interpellée. Amitiés. Agnès-Lise

Répondre Guy Allix
4 décembre 2017

Magnifique poème des le titre même. Une poésie véritablement habitée et charnelle très loin des faiseurs et des cuistres.
Merci Odile pour cette lecture matinale qui donne du sens à ma journée, et qui fait croire au jour.

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