UN FILM, UN UNIVERS : Neruda

In: Chroniques Ciné

On: 9 novembre 2016

♥️♥️♥️♥️

 

 

Drame

Un film réalisé en 2016 par

Pablo Larraín

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visuel-neruda

© Wild Bunch

Sortie dans les salles françaises le 4 janvier 2017

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SI VOUS AIMEZ Pablo Neruda, si vous aimez la poésie et le cinéma, si vous aimez les jeux fictionnels qui servent de révélateur à la vérité intime des êtres, alors vous aimerez sans doute Neruda de Pablo Larraín.

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Photo-Neruda-film

Photo : Luis Gnecco

© Wild Bunch 

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SYNOPSIS

1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète. Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.

Source : Wild Bunch

L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   ♥️♥️♥️♥️

Il n’est pas toujours aisé de porter à l’écran la vie des grands hommes sans tomber dans l’hagiographie ou la caricature. Dans un film intitulé sobrement Neruda, le cinéaste chilien Pablo Larraín (No, 2012) relève l’épineux défi de mettre des images sur un moment clef du parcours politique et littéraire de l’un des poètes les plus révérés du Chili. Pablo Neruda, de son vrai nom Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto, fils de cheminot, poète, écrivain, diplomate, homme politique et penseur chilien, combat pour la liberté qu’il chante dans sa poésie. Après avoir critiqué ouvertement le gouvernement, le sénateur Neruda, membre du parti communiste chilien depuis 1945, échappe de peu à une arrestation commandée par le président Videla. Paradoxalement, pour filmer avec une vraie lucidité la vie de ce héros national, le réalisateur chilien choisit d’avoir recours à la fiction. Face à la figure de Pablo Neruda, interprétée avec gourmandise par Luis Gnecco, le cinéaste oppose un personnage de papier, creux comme une illusion portée par le vent, une invention littéraire qui va permettre de faire sortir Neruda du champ doré de la légende. C’est Gael García Bernal, comédien à la renommée internationale, qui se glisse dans la peau de cette marionnette poétique au regard aussi intense que son nom est romanesque. Faire-valoir critique de Neruda, le personnage fictif d’Óscar Peluchonneau, redoutable inspecteur chargé de procéder à l’arrestation du poète, a ainsi pour mission de révéler, au sens photographique du terme, la part d’obscur du grand homme. Quand au début du film, une mystérieuse voix off dénonce l’hypocrisie de l’intellectuel qui se plonge dans les délices lascives d’une vie de pacha à mille lieues de l’existence laborieuse des travailleurs qu’il prétend défendre, il s’agit d’Óscar qui entre en scène. Partout où passe le poète, de Santiago à Valparaiso, du Sud noyé de brumes à la Cordillère blanche sous la neige, l’inspecteur Peluchonneau passe au crible de ses investigations critiques la légende du poète, pointe les compromissions du fils de prolétaire qui évolue dans le cercle de l’aristocratie, insiste sur la contradiction intime de ce défenseur des droits de l’homme qui opprime avec un naturel confondant toutes les femmes qui croisent son chemin. Le projet artistique de Pablo Larraín se concrétise à l’écran par une esthétique moderne, où l’image, imparfaite, parasitée par les surexpositions et les reflets dans l’objectif, mime l’aveuglement qui préside nécessairement à la naissance de toute figure mythique. Au terme de cette mise à l’épreuve de la légende, seule, l’oeuvre du poète conserve sa pureté originelle. Du Poema triste à Los Enemigos, déclamé à l’unisson par les ouvriers sur les chantiers ou dans les bidonvilles, la puissance des vers, comme détachés du poète et du caractère anecdotique de son existence, témoigne que les textes les plus grands n’appartiennent plus à celui qui les écrivit, mais bien à tous ceux qu’ils inspirent et nourrissent de leur beauté. À recommander aux amateurs d’art et de poésie.

O.d’Harnois

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Pour en savoir plus

❖ Quinzaine des réalisateurs : L’interview de Pablo Larraín pour Neruda (2016)

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❖ Un recueil de poésie de Pablo Neruda a été présenté sur Lectures au Coeur :

Tes pieds je les touche dans l’ombre de Pablo Neruda par Odile d’Harnois: Une sensibilité flamboyante

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❖ Autres poésies de Pablo Neruda sur Lectures au Coeur :

UN JOUR, UN POÈTE : Pablo Neruda : Ode à la tomate

3 comments

Répondre Elisa Tixen
15 novembre 2016

Intéressant, merci pour le partage 🙂

Répondre Caroline D
10 novembre 2016

Oh, comme j’irai le voir ce film. Moi qui traine depuis quelques semaines, entre cuisine, chambre et bureau, ce livre que vous aviez suggéré « vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée »…
Merci Odile. J’ai hâte à ce film.

Répondre lecturesaucoeur
15 novembre 2016

Il faut garder à l’esprit que le film de Pablo Larrain n’est ni un biopic au sens traditionnel du terme ni un poème de Neruda, mais une création originale autour de la légende du poète.
Bon film, Caroline.

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