UN FILM, UN UNIVERS : Fais de beaux rêves

In: Chroniques Ciné

On: 6 décembre 2016

♥️♥️♥️

 

Drame

Un film réalisé en 2016 par

Marco Bellocchio

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Titre original : Fai Bei Sogni © Ad Vitam

Sortie dans les salles françaises le 28 décembre 2016

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SI VOUS AIMEZ l’Italie et les années 60-70, si vous aimez la psychanalyse et les films qui entretiennent le suspense, si vous aimez les cinéastes culottés qui travaillent en douceur à lever les derniers tabous, alors vous aimerez sans doute Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio.

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 Photo : Barbara Ronchi, Nicolò Cabras

© Ad Vitam

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SYNOPSIS

Turin, 1969. 
Massimo, un jeune garçon de neuf ans, perd sa mère dans des circonstances mystérieuses. Quelques jours après, son père le conduit auprès d’un prêtre qui lui explique qu’elle est désormais au Paradis. Massimo refuse d’accepter cette disparition brutale. 
Année 1990. 
Massimo est devenu un journaliste accompli, mais son passé le hante. Alors qu’il doit vendre l’appartement de ses parents, les blessures de son enfance tournent à l’obsession…

Source : Ad Vitam

L’AVIS DE LECTURES AU COEUR  ♥️♥️♥️

Réalisé en 2016 par l’Italien Marco Bellocchio, un cinéaste réputé pour son goût de la polémique, Fais de beaux rêves s’attaque cette fois en douceur à deux des piliers les plus solides de la société italienne : la famille et la religion. Drame centré autour de la figure maternelle, Fais de beaux rêves raconte l’histoire de Massimo, un enfant de neuf ans, qui perd sa mère dans des circonstances mystérieuses et qui construit peu à peu sa vie d’homme autour de cette déchirure intime. Maintenu par ses proches dans l’ignorance de la vérité, le jeune garçon développe au fil du temps une série de troubles qui témoignent de son inconsciente perspicacité. Que signifient ses plongeons dans le canapé du salon ? Pourquoi un jour ouvre-t-il une fenêtre pour jeter du quatrième étage une statue qui appartient à son père ? Pourquoi enfin choisit-il à l’âge d’homme d’exercer le métier de journaliste ? C’est qu’au fond de lui, même s’il ne l’a jamais verbalisé, Massimo sait depuis toujours ce qui est arrivé à sa mère. Exploration psychanalytique du tréfonds de l’être, Fais de beaux rêves s’inscrit dans la lignée de ces films qui à l’instar d’ Un secret (2007) de Claude Miller, veulent mettre en lumière l’étonnante capacité des enfants à débusquer malgré eux les grandes vérités qu’on leur cache. 

Mais le réalisateur italien va bien au-delà du simple récit. Il voudrait amener le spectateur à réfléchir sur les sujets tabous que sont en Italie la maternité et le suicide. Révérée sur tout le territoire comme un prolongement sacré de la Madone, la figure maternelle ne supporte en effet aucune critique et génère un respect aussi total que consensuel. Pourtant, la relation mère-enfant, ni plus ni moins que toutes les autres, n’a rien d’une sinécure. Dans un film méticuleux qui condamne le rôle dirigiste de la religion dans la sphère familiale comme la confiscation de la vérité par le corps ecclésiastique, Marco Bellocchio amène son public à réfléchir sur l’amour, maternel et filial. Et s’il souligne l’intensité extraordinaire d’une expérience affective unique qui, aussi bien dans la joie que la douleur, structure l’être et laisse sur le coeur une empreinte indélébile, il rappelle aussi que les mères sont avant tout des femmes avec leurs points de fragilité et leurs souffrances et que leurs fils, pour pouvoir se construire, ont besoin de connaître leur véritable histoire et non sa version expurgée. 

Malgré une évocation plutôt réussie de la fin des années soixante, malgré de vrais moments de grâce et la fraîcheur de jeu de Nicolò Cabras et de Dario Dal Pero qui incarnent  successivement Massimo, enfant puis adolescent, malgré une french touch de charme avec les apparitions éclair de Bérénice Bejo et d’Emmanuelle Devos, Fais de beaux rêves cultive, comme souvent dans l’oeuvre de Marco Bellocchio, un sens exagéré du détail qui alourdit inutilement le récit filmique là où une intrigue plus resserrée aurait  davantage d’impact. Un casting peu judicieux est également à déplorer. Dans une histoire qui balaie le temps sur plusieurs décennies, on peut regretter que le comédien qui interprète le père de Massimo, finisse, même maquillé avec soin, par paraître plus jeune que son fils devenu adulte. Fais de beaux rêves pourra néanmoins servir d’excellent point d’entrée pour découvrir l’oeuvre, toujours intense, de Marco Bellocchio.

O.d’Harnois

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Photographie à la une de l’article : Barbara Ronchi, Nicolò Cabras © Ad Vitam

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Pour en savoir plus

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❖ Marco Bellocchio évoque sa vision du cinéma au micro d’Hors-Champs sur France Culture : Émission du 16/09/2015 (Archive sonore)

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❖ Autres films de Marco Bellocchio présentés sur Lectures au Coeur : La Belle endormie (2012)

6 comments

Répondre anita
8 décembre 2016

Pauvre gamin, j’aimerais bien voir ce film après avoir lu ta revue
Merci du partage et très bonne journée

Répondre lecturesaucoeur
8 décembre 2016

Merci de cette visite, Anita et douce soirée 🙂

Répondre Denise
7 décembre 2016

Bonjour chère Odile, j’apprécie beaucoup votre résumé sur ce film, j’imagine poignant.
Douce fin de journée, mes amitiés.

Répondre lecturesaucoeur
8 décembre 2016

Merci, chère Denise, pour cette visite attentive.
Belle fin de fin de journée !
Amitiés

Répondre gaïa
6 décembre 2016

Merci beaucoup pour cet article très intéressant. 🙂

Répondre lecturesaucoeur
6 décembre 2016

Très heureuse que le film de Marco Bellocchio vous intéresse.
Merci de votre visite, Nadia et belle soirée 🙂

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