UN ETE SANS LES HOMMES : Un roman sous le signe de la comédie de remariage

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 21 mars 2012

Roman

Siri Hustvedt

Paru en 2011 aux éditions Actes Sud, 213 pages

Traduit de l’américain par Christine Le Bœuf

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Siri Husvedt, Un été sans les hommes © Actes Sud, 2011

Titre original : The Summer without Men

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RÉSUMÉ

Bouleversée par la trahison de son mari, Boris, scientifique de renom, qui, après trente années de mariage, entame pour la première fois une aventure avec une femme plus jeune qu’elle, Mia, poétesse new-yorkaise, cherche refuge sur les terres de son enfance. Le temps d’un été, elle s’installe dans le Minnesota, où elle retrouve sa mère, qui vit désormais dans une maison de retraite. Peu à peu, au fil de ses rencontres et des amitiés qu’elle noue avec des femmes de tous les âges, les sémillantes octogénaires qui évoluent dans le cercle d’amies de sa mère, une jeune voisine, Lola, mère de deux adorables bambins, un groupe d’adolescentes qu’elle initie à la poésie, Mia, rassérénée, reprend doucement goût à la vie.

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L’AVIS DE LECTURES AU CŒUR

Encadré par deux références cinématographiques, Un été sans les hommes revendique à la fois sa parenté avec le septième art et sa très grande modernité. En choisissant comme épigraphe un extrait du film de Leo McCarey, The Awful Truth, Siri Hustvedt place son roman sous le signe de la comédie de remariage, un genre cinématographique en vogue dans les années 30. Comme le réalisateur américain, la romancière met en scène un couple séparé, qui finit bon an mal an par se retrouver. De même que chez Leo McCarey, la séparation ne constitue pas ici l’événement qui signe la fin d’une histoire. Elle n’est plus qu’un aléa. Et en obligeant Boris et Mia à se confronter à leur solitude, elle réactive au contraire la relation amoureuse. La crise conjugale est envisagée par Siri Hustvedt comme une occasion de renouvellement, une source de réflexion et d’enrichissement personnel. Elle n’est qu’une étape dans le cheminement du couple, une marche à gravir pour atteindre un stade supérieur de la communion entre deux âmes. Quand le roman s’achève sur l’expression technique « fondu au noir » (disparition progressive de l’image qui devient noire), la crise est maîtrisée. Fin du film. La vie reprend son cours.

Récit écrit à la première personne, Un été sans les hommes se présente comme le journal de bord estival de Mia. Mosaïque de souvenirs et de sensations, où s’entremêlent des croquis esquissés à la main, des citations philosophiques et des extraits de poèmes, le roman de Siri Hustvedt explore la douleur de l’épouse abandonnée par l’homme qu’elle aime tout en interrogeant le monde moderne sur la place qu’il accorde aux femmes. Féministe, au sens noble du terme, la romancière cherche à définir le féminin dans son rapport à l’autre. Elle dresse ainsi une galerie de portraits attachants qui révèlent peu ou prou la difficulté qu’il y a encore aujourd’hui à être femme. Mais Siri Hustvedt sait aussi dépasser les simples clivages de sexe pour embrasser toute la complexité des relations amoureuses. Son texte s’émaille de fines analyses psychologiques qui suggèrent, comme passées au filtre du regard féminin, les souffrances intimes des hommes. D’une grande modernité, Un été sans les hommes est aussi un texte sans tabou, subtilement subversif, où la sexualité est revisitée à la lumière du lien affectif. Audacieux et vivant, le roman de Siri Hustvedt interpellera tous ceux qui veulent s’émerveiller de la capacité de l’humain à se réinventer.

       Un été sans les hommes redonne foi en l’avenir.

Odile d’Harnois

 

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Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur 

Photo à la une de l’article :  Siri Hustvedt

Images may be subject to copyright

 

0 comments

Répondre O. d’Harnois
26 mars 2012

Un grand merci pour vos encouragements.
Je ne manquerai pas de lire « Tout ce que j’aimais », cet autre roman de Siri Hustvedt dont vous parlez fort bien sur votre blog.

Bonne journée.

O. d’Harnois

Répondre bandedelitteraires
25 mars 2012

Bel article, bravo !

Je conseille aussi « Tout ce que j’aimais » de Siri Hustvedt qui est vraiment super.

Bonne continuation

C.

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