TES PIEDS JE LES TOUCHE DANS L’OMBRE : Une sensibilité flamboyante

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 16 octobre 2016

 

 

Poésie

Pablo Neruda

Traduit de l’espagnol (Chili) par Jacques Ancet

Paru en mars 2016 aux éditions Seghers, Collection Poésie d’abord, Édition bilingue, 166 pages

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Pablo Neruda, Tes pieds je les touche dans l’ombre © Éditions Seghers, 2016

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SI VOUS AIMEZ  le Chili, l’océan Pacifique et la cordillère des Andes, si vous aimez l’amour, la terre, le pain, la neige et le feu, si vous aimez la poésie pourvu qu’elle soit portée par un puissant désir de vivre et une inclination naturelle à s’émerveiller de la beauté du monde, alors vous aimerez sans doute Tes pieds je les touche dans l’ombre de Pablo Neruda.

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Photo : Pablo Neruda

Images may be subject to copyright

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LE RÉSUMÉ

Obscure est la nuit du monde sans toi mon amour,
et c’est à peine si j’aperçois l’origine, à peine si je comprends le langage,
avec difficulté je déchiffre les feuilles des eucalyptus. 

P. N.

Quarante ans après la disparition du Prix Nobel chilien, la fondation Pablo Neruda a exhumé, à l’issue d’un important travail de catalogage de ses archives, vingt et un poèmes demeurés jusqu’à ce jour inédits. Saluée dans le monde entier comme un événement littéraire de premier ordre, cette découverte consacre Pablo Neruda comme un poète inépuisable par l’ampleur, la force et la postérité de son oeuvre.
À la lecture de ces textes écrits entre 1956 et 1973, chacun entendra résonner, par-delà le tombeau, la voix si puissante et familière de celui qui incarne à jamais une foi inébranlable en l’amour humain.

Source : Éditions Seghers

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   

Pour Pablo Neruda qui reçut le prix Nobel de littérature en 1971 et qui est comme entré, depuis sa disparition, dans le temps suspendu et doré de la légende, « notre coeur est comme une feuille et le vent la fait palpiter ª». Dans un recueil posthume de vingt et un poèmes inédits, paru chez Seghers en édition bilingue, Tes pieds je les touche dans l’ombrele poète chilien fait se lever sous sa plume un souffle littéraire, unique, qui irrigue le texte d’une sensibilité flamboyante. Au fil de cette collection disparate de textes retrouvés dans les archives de l’écrivain, on reconnaît immédiatement la signature poétique de cet amoureux de la vie qui célèbre avec le même enthousiasme contagieux la beauté des femmes ou de la nature, l’ivresse de l’amour, l’attachement à la terre natale ou la passion des mots qui embrasent l’être. Comme une feuille réagit au moindre des frémissements du vent, le poète est réceptif au murmure de l’être, aux bruissements de l’émotion et du sentiment. Où qu’il se trouve, Neruda se met en devoir d’écouter le chant intime du monde, cette pulsation secrète qui nourrit tous les élans, du plus naturel, du plus sensuel au plus politique. Et sans jamais se lasser, il restitue dans sa poésie le mouvement incessant de la vie à l’oeuvre, des printemps, où « les montagnes de la mort renaissent, [où] l’eau redevient matière vive, chant, et [où l’] herbe cachée ressuscite ᵇ ». Lieu intime du déploiement sensible, le couple offre au poète l’occasion d’écrire quelques-uns de ses plus beaux textes. Attentif à tout ce qui dans la passion amoureuse traverse le coeur, embrase les sens et brûle l’âme, Pablo Neruda « écoute passer à travers [s]on amour la cascade du ciel ªª ». La portée mystique du sentiment, du désir amoureux et de la force vitale débouche sur une vision pacifiée du monde, où l’homme non seulement accueille avec bienveillance les émotions qui l’inondent, mais où il fait corps également avec la nature. Parfois malgré elle, comme le Chilien, écrasé entre la cime des Andes et « le tonnerre vert de l’océan ᵇ», qui s’entête à marcher, « sans peur, sans tristesse ᵇ», parce que tout, « la neige, la mer, le sable, sera chemin ᵇ» et que sans fin, il faut lutter. Conscient de ce que son écriture doit à cette écoute patiente de l’univers, des autres et de soi, Pablo Neruda, malicieusement, rend grâce alors à la « merveilleuse oreille ᵉ» qui  fonde l’essentiel de son art poétique : « Écoute, conserve, étire ton silence jusqu’à ce qu’en toi mûrissent les paroles º». Poésie passionnée au rythme enlevé, aux images empruntées au végétal, aux éléments – l’eau, le feu, l’air – et au quotidien – le pain, le vin – , Tes pieds je les touche dans l’ombre est un recueil qui, malgré son manque d’unité, ravive le goût de la poésie. À lire et à écouter avec ferveur.

O.d’Harnois

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ON AIME : le cahier de trente pages de fac-similés inédits, reproduits en couleurs..

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Notes

ª : Extrait du poème №14 – Tes pieds je les touche dans l’ombre, Éditions Seghers, 2016

ᵇ : Extrait du poème №15, Aux AndesTes pieds je les touche dans l’ombre, Éditions Seghers, 2016

ªª : Extrait du poème №4 Tes pieds je les touche dans l’ombre, Éditions Seghers, 2016

: Extrait du poème №10 Tes pieds je les touche dans l’ombre, Éditions Seghers, 2016

º : Extrait du poème №7 Tes pieds je les touche dans l’ombre, Éditions Seghers, 2016

 

 

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Pour en savoir plus

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❖  Pablo Neruda (1904-1973)

Né à Parral en 1904 et mort à Santiago en 1973, Pablo Neruda fut un poète, écrivain, homme politique et diplomate chilien. Après une enfance très proche de la nature, il publie ses Vingt Poèmes d’amour et une chanson désespérée. Ses œuvres se succèdent au long d’une vie marquée par les voyages, l’errance, l’exil : Résidence sur la terre, Le Chant général, Les Vers du capitaine, Hauteurs de Machu Picchu, Les Odes élémentaires, La Centaine d’amour… En 1971, Neruda reçoit le prix Nobel de Littérature  » pour une poésie qui par l’action d’une force élémentaire donne vie à la destinée et aux rêves de tout un continent « . Atteint d’un cancer, le poète est mis en résidence surveillée par les putschistes du 11 septembre 1973. Il meurt douze jours plus tard, officiellement des suites de sa maladie, mais les derniers éléments de l’enquête tendraient à prouver qu’il fut éliminé par ses ennemis politiques.

❖ Le site de l’éditeur : Éditions Seghers

❖ Le site de la Fondation Pablo Neruda (en anglais) : Fundación Pablo Neruda 

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❖ Autres articles critiques 

• Xavier Bordes/Traversées Pablo Neruda-Tes pieds je les touche dans l’ombre

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❖ À découvrir sur Lectures au Coeur

⇒ Un poème extrait du recueil Odes élémentaires : Ode à la tomate  (1974 pour la traduction française)

⇒ Texte mis en musique et interprété par le comédien uruguayen Jorge Drexler :  Oda al Tomate

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D’autres poèmes de Pablo Neruda

• Sur le blog littéraire La Bouche à Oreilles : Sonnet 25, La Centaine d’amour

5 comments

Répondre UN FILM, UN UNIVERS : Neruda – Lectures au coeur
9 novembre 2016

[…] • Tes pieds je les touche dans l’ombre de Pablo Neruda par Odile d’Harnois: Une sensibilité flamboyante […]

Répondre Elisa Tixen
18 octobre 2016

J’adore ! Un beau cadeau à (s’)offrir. Merci pour le partage 🙂

Répondre lecturesaucoeur
19 octobre 2016

Merci de votre visite, Élisa et belle journée à vous !

Répondre Caroline D
17 octobre 2016

Je vous lis Odile, et le cœur me serre un peu de trop vouloir tout de suite, sans le pouvoir, me jeter dans les lignes de ces poèmes. De vos mots émane tant de ce qui m’attire. J’irai voir plus loin. Parce qu’il me semble que je voudrai de ce livre qu’il traîne quelque part près de moi, parmi tous ceux dans lesquels je n’arrive toujours qu’à plonger doucement, lentement, pour m’imprégner plus profondément.

Répondre lecturesaucoeur
18 octobre 2016

Je comprends si bien, Caroline, cette impatience à découvrir une oeuvre qui attire. Je vous souhaite une belle lecture, ponctuée de minutes émerveillées et de rêveries intenses.

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