SAUF : Antoine Emaz apprivoise le silence

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 11 juillet 2013

 

 

Poésie

Antoine Emaz

Paru en décembre 2011 aux Editions Tarabuste, Collection Reprises, 340 pages

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Antoine Emaz, Sauf © Editions Tarabuste, 2011

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SI VOUS AIMEZ la poésie contemporaine, la simplicité du verbe et l’exploration continue du rythme, si vous aimez les ciels d’hiver noyés de sang, les bruines grises où craque le silence et les souffles du temps où l’âme s’émiette, alors vous aimerez sans doute Sauf d’Antoine Emaz.

 

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Photo : Antoine Emaz © Michel Durigneux

Photo : Antoine Emaz © Michel Durigneux

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LE RÉSUMÉ

« Quand on marche dans un pré immense, un matin de givre, rien ne se dit ni dedans ni dehors.

L’eau de l’étang, d’un argent froid, terne, sous le soleil bas. Violence, espace dur, acéré. Plus grand d’être dénudé. Silence. Flaques d’eau dans l’herbe déjà gorgée.

Silence vaste.

Celui qui doit se taire est occupé à se réduire au silence. Le silencieux, lui, n’a rien à dire. Seulement reposer dans le rien dire.

Etre marche dans un pré immense, un matin de givre. »

 Source : Sauf, Antoine Emaz, page 16

 

L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   

Pour Antoine Emaz, poète français, « alimenter le moulin biographique » n’est pas une nécessité, quand l’écriture d’après lui devrait à elle seule justifier toute une oeuvre. « Je ne vois pas bien, explique-t-il, quoi dire d’autre qui serait un peu nécessaire, ou éclairant, au-delà, autour ou en-deçà des poèmes.» Auteur d’un travail poétique important et d’études littéraires sur André du Bouchet, Eugène Guillevic et Pierre Reverdy, Antoine Emaz est né en 1955 et vit à Angers. De lui, il n’y a rien de plus à savoir. Pour cet écrivain qui s’efface derrière les mots, l’important est ailleurs, dans le silence existentiel qui souligne les murmures et les balbutiements de l’être. Antoine Emaz adosse ainsi son travail de création à l’entrelacement du verbe et du blanc mélodieux, comme si la poésie contemporaine, presque malgré elle, retrouvait l’essence même de la musique et du rythme. Aventurier du texte, le poète « revendique le droit à la contradiction, au risque, à la tentative, voire au ratage ». Dans le sillage d’Apollinaire, il abolit le signe de ponctuation, va plus loin, finit par éradiquer la majuscule. Déstructurés, les vers s’amenuisent, s’épuisent en un souffle où le mot, réduit parfois à une seule syllabe, meurt dans un soupir. Car la voix des vivants, ce n’est pas autre chose que ce miracle de la parole, porté sur l’aile du vent, jusqu’à notre dernière heure. Et l’inspiration du poète s’éteint alors avec sa vie, quelque part « au bout » de tout, là où les livres perdent leur sens dans l’éclat terni de la mémoire. Etre « sauf » n’est alors qu’un entêtement à parler, pour rien, pour tout, pour redonner sens au monde dans le déroulement labile des mots qui désignent et qui rassurent. Je suis « là », « dans la couleur qui tremble » et soudain, « entre ciel et terre », « tout se tient ». Dans cet univers où l’intime sentiment d’exister s’exacerbe au contact de la nature, la poésie n’a pas d’autre vocation que d’ « enrober d’encre » les événements, les émotions qui viennent à nous dans le chaos désordonné de la vie. L’ordre naturel des saisons s’impose alors comme un cadre structurant, où les mots s’organisent autour du silence universel. Sauf est un recueil de poésies à lire au rythme régulier d’un battement de coeur.

O. d’Harnois

 

 

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Nota bene : toutes les photographies sont soumises au droit d’auteur – Photo à la une de cet article : Antoine Emaz photographié par Michel Durigneux. Image mise en ligne sur le site « Poètes au potager »

4 comments

Répondre UN JOUR, UN POÈTE : Antoine Emaz – Lectures au coeur
18 août 2016

[…] ❖ Sauf d’Antoine Emaz par Odile d’Harnois : Antoine Emaz apprivoise le silence […]

Répondre Sarah
20 juillet 2013

délicieusement votre

Répondre Lectures au Coeur
21 juillet 2013

🙂

Répondre francisroyo
11 juillet 2013

Très heureux de vous voir parler d’Antoine Emaz, pour qui j’ai une fervente admiration.

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