ROME, LE MYSTÈRE (67) : Fuite

In: Rome le mystère

On: 6 février 2019

Photographie © Odile d'Harnois

Fuite

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à A.M.C.

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Mon âme, allons-y. N’aie pas peur

de tout ce froid et ne regarde pas le lac,

s’il te fait penser à une plaie

livide et brûlante. Oui, les nuages

s’accumulent sur les pins pour les assombrir.

Mais nous nous rendrons là où l’enchevêtrement

des branches est si dense que la pluie

ne parvient pas à humidifier le sol : légère,

tambourinant sur la voûte obscure,

elle accompagnera notre chemin.

Et nous, nous foulerons la couche molle

des aiguilles tombées et les massifs frisotés

de lichens et de myrtilles ; nous trébucherons

sur les racines, membres désespérés

tâtonnant sur la terre ; nous nous collerons

aux troncs, pour y prendre appui ;

et nous fuirons. Avec toute la force

de la chair et du cœur, nous fuirons :

loin de ce monde empoisonné

qui m’attire et me repousse. Et toi, tu seras,

dans la pinède, le soir, l’ombre penchée

qui veille : et moi, rien que pour toi,

sur la route douce et sans but,

une âme accrochée à son amour.

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Madonna di Campiglio, 11 août  1929

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Antonia Pozzi (1912-1938) – Fuite in La Vie rêvée, Journal de poésie 1929-1933

Traduit de l’italien par Thierry Gillybœuf

*

Fuga

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ad A.M.C.

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Anima, andiamo. Non ti sgomentare

di tanto freddo, e non guardare il lago,

s’esso ti fa pensare ad una piaga

livida e brulicante. Sì, le nubi

gravano sopra i pini ad incupirli.

Ma noi ci porteremo ove l’intrico

dei rami è tanto folto, che la pioggia

non giunge a inumidire il suolo: lieve,

tamburellando sulla volta scura,

essa accompagnerà il nostro cammino.

E noi calpesteremo il molle strato

d’aghi caduti e le ricciute macchie

di licheni e mirtilli; inciamperemo

nelle radici, disperate membra

brancicanti la terra; strettamente

ci addosseremo ai tronchi, per sostegno;

e fuggiremo. Con la piena forza

della carne e del cuore, fuggiremo:

lungi da questo velenoso mondo

che mi attira e respinge. E tu sarai,

nella pineta, a sera, l’ombra china

che custodisce: ed io per te soltanto,

sopra la dolce strada senza meta,

un’anima aggrappata al proprio amore.

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Madonna di Campiglio, 11 agosto 1929

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Antonia Pozzi (1912-1938) – Fuga estratto da La Vita sognata

Photographie © Odile d’Harnois

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Antonia Pozzi (1912-1938)

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1 comments

Répondre Caroline D.
6 février 2019

Et cette chaleur qui monte en moi…

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