ROME, LE MYSTÈRE (42) : Je ne sais si …

In: Rome le mystère

On: 1 septembre 2017

 

Photo : La fleuraille de la mer © Odile d'Harnois

 

 

 

 

 

 

Je ne sais si …

.

Je ne sais si entre le sourire du vert été

et ta verte différence il existe une différence

ne sais si je rime par enchantement ou par travaillante

peine. Ne sais si je rime par enchantement ou par raison

et ne sais si tu le sais que je rime entièrement

pour toi. Trop de soleil a imprégné la mer dans sa

prison tranquille, où la fleuraille de la mer ne

veut pas mettre main aux bâtiments qui ont sombré.

L’aube lointaine se meut par grisailles. Je ne sais

si entre les pâles rochers je rencontrais le regard,

je ne sais si entre les monotones cris rencontrais

ton regard, je ne sais pas si entre la montagne

et la mer, existe aussi un fleuve. Je ne sais si

entre la côte et le désert se retrouve un fleuve accosté,

je ne sais si à travers la brume tu t’accostes. Je ne

sais si tu tombes ou tu trembles, tu ne sais si je pleure

ou désespère. Désespérer, désespérer, désespérer, tout

ça c’est fabriquer. Tu ne sais pas si je pleure

ou désespère, tu ne sais si je ris ou désespère. Je

ne sais si entre les pâles rochers ton sourire.

.

———————–

Amelia Rosselli (1930-1996) – Je ne sais si … in La Libellule – Panégyrique de la Liberté, Ypsilon éditeur, 2014

Traduction française : Marie Fabre

.

.

.

*

.

.

.

Io non so se …

.

     Io non so se tra il sorriso della verde estate

e la tua verde differenza vi sia una differenza

io non so se io rimo per incanto o per travagliata

pena. Io non so se rimo per incanto o per ragione

e non so se tu lo sai ch’io rimo interamente

per te. Troppo sole ha imbevuto il mare nella

sua prigionia tranquilla, dove il fiorame del

mare non vuole mettere mano ai bastimenti affondati.

L’alba si muove a grigiori lontana. Io non so

se tra le pallide rocce io incontravo lo sguardo,

io non so se tra le monotone grida incontravo

il tuo sguardo, io non so se tra la montagna

e il mare, esiste pure un fiume. Io non so se

tra la costa e il deserto rinviene  un fiume accostato,

io non so se tra la bruma tu t’accosti. Io non

so se tu cadi o tu tremi, tu non sai se io piango

o dispero. Disperare, disperare, disperare, è

tutto un fabbricare. Tu non sai se io piango

o dispero, tu non sai se io rido o dispero. Io

non so se tra le pallide rocce il tuo sorriso.

.

———————–

Amelia Rosselli (1930-1996) – Io non so se … in La libellula, Ypsilon éditeur, 2014

 

 

                                                                  Photographie © Odile d'Harnois

.

.

—————

Pour en savoir plus

 .

.

Amelia Rosselli (1930-1996)

Images may be subject to copyright

.

.

.

❖ Amelia Rosselli 

 est née le 28 mars 1930, à Paris, de Carlo Rosselli, fondateur avec son frère Nello Rosselli du mouvement antifasciste « Giustizia e Libertà », et d’une mère anglaise, Marion Cave. Carlo Rosselli et son frère avaient été obligés de fuir l’Italie fasciste, continuant en France leur activité politique avant de se joindre aux troupes républicaines pendant la guerre d’Espagne, puis de revenir à Paris, Carlo étant blessé. En 1937, les deux frères sont sauvagement assassinés par les fascistes, laissant Marion Cave et ses deux enfants seuls à Paris. C’est le début d’une longue fuite en avant, dans laquelle se passent l’enfance et l’adolescence d’Amelia Rosselli : la famille se réfugie d’abord en Suisse, puis, chassée par l’arrivée des nazis en France, arrive en Angleterre, et va enfin s’installer aux États-Unis en passant par le Canada. De cette naissance en exil et de cette enfance passée sous les bombardements, dans de continuels déplacements, la poésie de Rosselli garde de nombreuses traces – et sa langue en porte définitivement la marque, divisée entre le français, l’anglais et l’italien. 

(…)

Lire la suite sur Terres de femmes, La revue de poésie et de critique d’Angèle Paoli

.

.

❖ La Libellula 

Poème clef dans l’œuvre d’Amelia Rosselli, La libellula, daté de 1958, marque le départ d’une poétique exposée pour la première fois dans Variations de guerre. Rosselli y compose son « délirant flux de pensée occidental » en une métrique inédite, tissée de citations empruntées aux poètes qui l’ont formée et dont elle se dégage autant qu’elle leur rend hommage. Le poème avance en un mouvement rotatoire semblable à celui des ailes de la libellule et ce mouvement même est celui d’une libération clairement indiquée par le sous-titre « Panégyrique de la liberté », que Rosselli traduit « tour du pain de la liberté ». Liberté qui s’exerce et se partage tout au long de ce « libello », diminutif de liber, selon l’étymologie latine qu’elle associe au titre : un petit livre-détonateur.

Source : Ypsilon.éditeur

.

.

Des articles à découvrir :

Marie Fabre, AMELIA ROSSELLI : Écrire, c’est se demander comment le monde est fait

(sur le site des éditions Ypsilon) in Dossier Amelia Rosselli  de la Revue Europe (n°996, avril 2012, pp.197-201)

 

.

.

1 comments

Répondre Caroline D
3 septembre 2017

D’une beauté à en faire mal.

Éblouie.

Leave A Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :