QUI VIENT DE LOIN : Marie-Claire Bancquart réconcilie l’inconciliable

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 8 juillet 2016

 

Poésie

Marie-Claire Bancquart

Paru en mai 2016 aux éditions du Castor Astral, Collection Poésie, 114 pages

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Marie-Claire Bancquart, Qui vient de loin © Éditions du Castor Astral, Collection Poésie, 2016

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SI VOUS AIMEZ les chats, les tournesols éclatants et le tri patient des lentilles, si vous aimez la géographie, les frontières désaffectées, le cosmos et la téléologie, si vous aimez la poésie qui s’accroche au réel pour mieux questionner le mystère de la vie, alors vous aimerez sans doute Qui vient de loin de Marie-Claire Bancquart.

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Photo : Marie-Claire Bancquart

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LE RÉSUMÉ

« Qui vient de loin » : qui vient d’une chambre d’hôpital dont la porte, selon l’usage, n’indique pas de nom, mais un numéro. La véritable guérison physique et mentale est difficile car le monde se dérobe : impossibilité de gravir un escalier, erreur sur la maison d’enfance, retour dans une société violente, qui perd ses origines et ses dieux. Cependant, peu à peu, se révèle la vitalité profonde des « petites » choses, herbes, cailloux, et des animaux familiers. Le monde redevient vivable.

Source : Éditions Le Castor Astral

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   

Au commencement était la maladie. Dans son nouveau recueil intitulé Qui vient de loin, Marie-Claire Bancquart évoque son retour à la vie après un séjour critique à l’hôpital. Pour qui revit après s’être dangereusement approché de la frontière poreuse qui sépare les vivants des morts, quelque chose d’essentiel change qui transforme le rapport de l’être à l’univers tout entier. Une lucidité nouvelle ainsi qu’une irrésistible inclination au bonheur poussent soudain à savourer, si modestes soient-elles, toutes les « découvertes du mystère quotidien ». Aux yeux de la convalescente, « peler un avocat » ou « fendre un blanc d’oeuf en neige comme on découperait un nuage » n’ont plus rien de banal. Parce que brusquement, le retour à la vie exacerbe l’intensité des sensations, parce que tout à coup, les soleils de l’existence sont plus éclatants et que le noir est plus noir « comme le contraste ombre / éclat quand on roule entre des piliers, dans la montagne », l’écrivain a l’intuition que « tout sujet touche l’immensité, frôle un abîme » et que chaque seconde peut, pour peu qu’on sache être à l’écoute, nourrir sans fin la même capacité d’émerveillement. Mais pour Marie-Claire Bancquart qui transcende le quotidien, la mission du poète ne s’arrête pas à la description minutieuse du réel. Il s’agit surtout de jouer les éclaireurs, les explorateurs, de répertorier les limites, de mettre à nu les frontières pour tenter d’« unir [c]es espaces » vertigineux à la croisée desquels l’homme inconsidérément se dresse : l’avant de la vie envisagé comme un lieu dédié au mystère de l’origine et l’au-delà de la mort comme un trou noir, un espace de dilution où l’être bascule dans l’inconnu. Dans un coeur que les dieux ont déserté et qu’aucune religion n’apaise, seuls les mots sont en mesure de « donner forme à l’inconnu ». Pourquoi vivre, puisqu’enfin il faut mourir, s’interroge Marie-Claire Bancquart. De sa quête, téléologique, il résulte que l’homme n’a pas d’autre choix que de « conquérir » modestement sa place dans l’univers aux côtés des bêtes, des herbes et du vent. Quant au poète, il lui faut inlassablement creuser les distances, traverser « l’épaisseur multiple des mots », débusquer « le goût obscur de mort inclus dans notre vie » et travailler autant que faire se peut à réconcilier l’inconciliable. De cette écriture qui s’appuie sur des images concrètes, métaphores ou comparaisons culinaires, horticoles, météorologiques, Marie-Claire Bancquart tire une poésie aussi humble qu’intense au discours faussement naïf. Texte où la géographie intime de l’auteur rejoint les grandes questions existentielles de l’humanité, Qui vient de loin nous rappelle que l’homme s’écrit comme un mystérieux trait d’union entre l’être et le néant, entre la vie et la mort, entre deux abîmes indescriptibles qui nous bornent, qui nous échappent, qui nous délimitent. Comme un « mystère qui se resserre [sans fin] autour de nous ». 

O.d’Harnois

 

 

1 comments

Répondre caroline d
11 juillet 2016

un grand merci Odile, je chercherai ce livre…

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