PONGE, PÂTURAGES, PRAIRIES : Hommage à Francis Ponge

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 30 mai 2015

 

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Critique littéraire

Recueil de textes

Philippe Jaccottet

Paru en avril 2015 aux éditions Le Bruit du Temps, 60 pages

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Philippe Jaccottet, Ponge, pâturages, prairies © Le Bruit du Temps, 2015

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SI VOUS AIMEZ les hommes qui rendent hommage à leurs amis défunts, si vous aimez les vergers et les prairies, si vous aimez la critique littéraire quand elle est faite par un poète qui réfléchit sur son art, alors vous aimerez sans doute Ponge, pâturages, prairies de Philippe Jaccottet.

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 Philippe Jaccottet

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LE RÉSUMÉ

Philippe Jaccottet a bien connu Francis Ponge, rencontré juste après la guerre à Paris, alors que lui-même travaillait pour l’éditeur suisse Mermod qui publia notamment Le Carnet du bois de pins et d’autres écrits de l’auteur, déjà reconnu, du Parti pris des choses. De l’admiration qu’éprouvait le jeune poète pour son aîné, qu’il allait souvent voir rue Lhomond dans ses années parisiennes, est née une amitié qui s’est poursuivie, malgré l’éloignement géographique, jusqu’à la mort de Ponge, en 1988. Le présent livre réunit deux textes, écrits à la suite de cette disparition, et une postface, écrite en 2013. Le premier de ces textes, publié dans le numéro d’hommage de la NRF en 1988, relate la cérémonie au cimetière de Nîmes, étonnamment modeste pour un écrivain si glorieux. Jaccottet y est frappé par la lecture, au cours de l’office d’un psaume de David, « L’éternel est mon berger, il me conduit dans de verts pâturages », et d’un poème de Ponge, Le Pré, qui semblent se répondre à travers les siècles. Et, à partir de là, il s’interroge sur le devenir de la parole poétique. Le second texte, écrit peu après le premier mais qu’il ne se résolut longtemps pas à publier, approfondit la réflexion sur ce qui le sépare de Ponge, admirateur de Malherbe et hostile à toute ouverture vers ce qui est hors de portée, vers l’invisible. Ce faisant, il est amené, plus ouvertement peut-être qu’il ne l’a jamais fait auparavant, à préciser, tout au long de ces cinq chapitres, le cœur même de sa poétique propre et de ce qui lui apparaît comme le critère ultime : quelle parole (ou quelle musique) nous semble « tenir », face à la mort, et pourquoi. Comment définir ce qu’il nomme « l’énigme du pur » ? Ce qui le conduit à donner des exemples, et évoquer les modèles qui furent les siens, Rilke, Hölderlin, Rimbaud, Dante, Shakespeare mais aussi tel haïku de Buson qu’il rapproche d’un des plus fameux poèmes de Goethe.

Source : Le Bruit du Temps

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR     

Alors que la notoriété de Francis Ponge ne cesse de croître à l’étranger et que se multiplient en Amérique latine ou au Japon les traductions d’une oeuvre à l’indéniable modernité, le poète suisse Philippe Jaccottet publie, aux éditions Le Bruit du Temps, Ponge, pâturages, prairies, un hommage sincère à cette figure majeure du paysage littéraire contemporain. S’il n’était sans doute pas nécessaire pour Jaccottet de revenir sur la force d’une amitié nourrie si longtemps pour un aîné qui «[lui] avait été proche presque autant qu’un père», il lui paraissait en revanche important de préciser tout ce qui en matière de poésie les éloignait l’un de l’autre. Tandis que Ponge, avec le Parti pris des choses et ses «exploits, émerveillants, d[e] jongleur», «ne s’encombr[e] pas d’invisible», tandis que sa méthode rigoureuse, sévère, à la «mathématique jubilante», en  amenant le poète à «parler de n’importe quoi : galet, cageot, lessiveuse, pomme de terre», ne s’embarrasse d’aucun lyrisme, Jaccottet au contraire, volontiers hanté par «l’énigme du pur», défend l’idée que la parole poétique, portée par un désir de «reculer les limites», ne peut en effet se réduire au «style concerté» de Malherbe. Mais au bout du compte, ce que Philippe Jaccottet exhume au fil d’une démarche intellectuelle qui se démarque par son honnêteté, ce ne sont pas tant les points de divergence de deux esprits qui avaient parfois du mal à se comprendre que les points de convergence qui se lèvent autour d’une même appétence pour les «verts pâturages». Rien dans la nature ne touche plus Jaccottet que les «vergers et [les] prairies». Pour lui, l’herbe devient ici symbole spirituel de pure limpidité. Mais rien non plus ne semble mobiliser davantage Francis Ponge que «la vérité verte», moins «chose à atteindre» qu’«à attendre», et qui est comme exsudée de son poème Le Pré. Point de jonction à la confluence de deux approches contradictoires de la poésie, l’herbe des «verts pâturages» résonne par-delà la mort comme un motif insistant de réconciliation textuelle. Réflexion critique et témoignage précieux, qui nous éclairent à la fois sur l’originalité de l’oeuvre de Francis Ponge et la poétique de Philippe Jaccottet, Ponge, pâturages, prairies est un petit livre à mettre entre les mains de tous les amateurs de poésie.

O.d’Harnois

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Pour en savoir plus

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 France Culture : Philippe Jaccottet entre en Pléiade

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Colloque du Centre Culturel International de Cerisy (Août 2015) : FRANCIS PONGE : Ateliers contemporains 

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 Société des Lecteurs de Francis Ponge

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2 comments

Répondre UN JOUR, UN POÈTE : Francis Ponge – Lectures au coeur
8 septembre 2016

[…] ❖ À propos de Francis Ponge : PONGE, PÂTURAGES, PRAIRIES de Philippe Jaccottet par Odile d’Harnois : Hommage à Francis Pon… […]

Répondre ggunice
1 juin 2015

Merci beaucoup pour cette belle critique. Pour ceux qui ne connaîtraient pas Jaccottet, je le présente de façon très succincte ici .

litteratureportesouvertes.wordpress.com

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