OMBRES ET LUEURS DE L’INVOLUTÉ : Une architecture végétale de la mémoire

In: Ses notes de lecture

On: 28 juin 2018

 

PROSE POÉTIQUE

Ombres et lueurs de l’involuté

François Folscheid

Paru en mars 2018 aux éditions du Petit Pavé, 80 pages

*

 

Ombres et lueurs de l'involuté de François Folscheid

François Folscheid, Ombres et lueurs de l’involuté © Éditions du Petit Pavé, 2018

Illustration de couverture : peinture de Teresa Rubio, Topografia 8, 2015

 

*

.

SI VOUS AIMEZ la Loire, la douceur des retours au pays natal et l’exaltation qui préside aux renaissances inespérées, si vous aimez les textes mélancoliques qui pointent la solitude originelle, si vous aimez la prose poétique, les métaphores et le lyrisme, alors vous aimerez sans doute Ombres et lueurs de l’involuté de François Folscheid.

.

.

*

Photo : François Folscheid 

Images may be subject to copyright

 

*

.

.

.

LE RÉSUMÉ

Le retour est d’enfance, il scintille d’étoiles dans les poches d’amertume, il aspire à remonter le fleuve à dos de saumon jusqu’au sentiment de clairière qui est au fond de soi. On ne doit pas se décevoir. L’océan attend. Ressortir de la malle les poissons de bois, les confettis jaunis, les Pinocchio démembrés ; brûler les cahiers d’écolier, les chagrins enfouis, les peurs enracinées, et se jeter dans l’étincellement des rives pour renaître à soi-même.
Quand, poisson nu, tu verras le diadème, la couronne de sang de la naissance, un long frisson vibrera les eaux matricielles et, de l’œuf bercé, un chant nouveau brisera la coquille. Poisson, oiseau deux fois né, tu nageras alors vers ce pourquoi tu as traversé la longue nuit fluviale.

Extrait d’Ombres et lueurs de l’involuté, François Folscheid, Éditions du Petit Pavé, p.41

.

.

L’AVIS DE LECTURES AU COEUR

Après de longues années de mariage et de vie commune, l’expérience du divorce peut s’avérer bouleversante. C’est ce douloureux mais incontournable retour à soi qu’évoque l’écrivain François Folscheid dans un texte bref intitulé Ombres et lueurs de l’involuté

Paru aux éditions du Petit Pavé en mars 2018, cet opuscule de quatre-vingt pages de prose poétique joue la carte de l’introspection pour dresser un état des lieux du séisme personnel que déclenche la scission du couple. La fin de l’alliance amoureuse, où la vie s’envisageait à deux, débouche sur un retour à la « solitude originelle », la solitude des franchissements majeurs, celle de la naissance ou de la mort. Mais de cette phase de transition où l’incertitude et le doute investissent l’âme et le coeur surgit aussi l’espoir de renaître et de « naviguer, ferme et droit, sur les flots incertains. »

Bâti sur l’idée que la mémoire s’organise selon les règles de l’architecture végétale de l’involuté, le texte de François Folscheid se déplie, se déroule feuille à feuille, tel un bourgeon qui s’ouvre, tandis que les souvenirs du narrateur, enroulés autour de l’axe sûr et inamovible que constitue la période d’enfance, s’égrènent un à un au fil des chagrins et des émotions. Quand l’amour s’enfuit et que l’avenir doit être réinventé,  « quand la souffrance s’enroule sur elle-même » et que l’être se replie sur soi, remonter « le fleuve d’enfance » se révèle plus nécessaire qu’une immersion de l’être dans des eaux lustrales. Apaisant comme un baume, le retour au pays natal sur les bords de la Loire participe de cette démarche purificatrice qui doit permettre à l’être non seulement de se reconstruire, plus solide que jamais, mais aussi de remonter à la source de la douleur, d’en comprendre enfin les tenants et les aboutissants. Premiers émois, émerveillements adolescents, regret d’un amour inabouti, désillusions jalonnent cette plongée dans le passé où les pluies tourangelles, comme « un philtre magique », « mène[nt] directement aux ombres et aux lueurs de l’involuté ». Lancinante, obsessionnelle, la thématique du retour — sur soi, aux origines, en enfance, au pays natal etc… — rythme ainsi l’écriture lyrique de ces pages, secrètement portées par l’espoir d’une deuxième chance. Mais la vie est cruelle et les histoires d’amour ne s’écrivent qu’une fois.

Alors qu’une surabondance de métaphores affaiblit quelquefois l’intention poétique de l’ensemble, pourtant pétri de délicatesse, les Ombres et lueurs de l’involuté évacuent avec un soin méticuleux tout ce qui, dans le déchirement amoureux, éclate, de rage ou de passion. Ne subsiste que la mélancolie, où l’auteur, habilement, joue des contrastes. Contrastes entre l’ombre et la lumière, entre le chagrin de la séparation et la joie. Joie de se souvenir, joie d’avoir aimé, malgré tout, et de vivre encore comme de ressentir le bonheur des aubes qui se lèvent ou des renaissances qui se préparent dans l’obscur désordre du coeur. Un texte à découvrir, un auteur à suivre.

Odile d’Harnois

 

 

Photographie © O.d'Harnois "Ombres et lueurs de l'involuté" de François Folscheid

Photo © Odile d’Harnois

.

.

.

.

EXTRAIT  CHOISI

   Fais-toi une vie d’argile forte, de cette terre où se concentrent et irradient les puissances des racines, du feu et du sel. Allez ! va, sur la route droite de midi, flamberge au vent, le dos tourné aux vapeurs du passé !

   Cette voix, je l’ai maintes fois entendue, et de ce qu’elle me dit je veux à présent faire mon mot d’ordre et ma loi. Dès lors, je ne manierai plus que l’idée claire et l’enclume du soleil. Je forgerai un dire net et sans ombre, aux arêtes blanches et lisses. Arrimé au centre du réel, je serai à l’abri du chant des sirènes et je pourrai naviguer, ferme et droit, sur les flots incertains.

   Las ! je ne puis tenir longtemps la ligne droite, car mon soleil est pâle et mon enclume friable. La mélancolie s’y infiltre sans peine et l’involuté de nouveau se reforme : enroulement, repli, boucle de soi en soi, et ce fond de gris et de brume au-dedans. Ainsi au coeur du présent, pourtant tout entier aligné dans l’axe du réel, maintes images et impressions d’hier et de jadis me traversent, me pénètrent — horloge à rebours, sable revisité après l’inversion du sablier. Ainsi au centre même de la roue du temps, les sortilèges et les mirages de l’inépuisable, de la tentaculaire mémoire !

Extrait d’Ombres et lueurs de l’involuté, François Folscheid, Éditions du Petit Pavé, p.25-26, 2018

.

 

 

 .

.

—————

Pour en savoir plus

.

.

❖ Une biographie

François Folscheid est né en Touraine (France), d’un père artiste peintre en émaux et d’une mère musicienne. Il découvre la poésie avec les surréalistes, Mallarmé, Yves Bonnefoy, et aussi William Blake et Khalil Gibran. Après une vie professionnelle pour l’essentiel en région parisienne, il est revenu vivre en Val de Loire, près du fleuve natal.

Il est membre du groupe de lecture de Saumur, Les Poédiseurs, et de l’association Poésie à l’Ouest de Cholet.

Source : Les éditions du Petit Pavé

.

.

❖ Le site de l’éditeur : Éditions du Petit Pavé

.

.

❖ Autres ouvrages présentés sur Lectures au Coeur 

D’infiniment de pluie et d’aubeFrançois Folscheid © Éditions du Petit Pavé, 2015

➽ cf l’article d’Odile d’Harnois : D’infiniment de pluie et d’aube : Un délicat chemin de renaissance

.

.

.

0 comments

Leave A Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

[ + ]
%d blogueurs aiment cette page :