NOUONS-NOUS : Une mosaïque de micro-récits sur le thème de l’amour

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 14 février 2014

 

Recueil de fragments

Emmanuelle Pagano

Paru en octobre 2013 aux Editions P.O.L, Collection Fiction, 208 pages

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Emmanuelle Pagano, Nouons-nous © Editions P.O.L, Collection Fiction, 2013

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SI VOUS AIMEZ les textes courts, empreints de poésie, les notations sensibles sur les mystères du sentiment amoureux, si vous aimez les histoires ancrées dans le quotidien et la beauté âpre des jours ordinaires, alors vous aimerez sans doute Nouons-nous, un recueil de fragments d’Emmanuelle Pagano.

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Emmanuelle Pagano © Radio France - 2013 / Vincent Josse

Emmanuelle Pagano © Radio France – 2013 / Vincent Josse

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.RÉSUMÉ

L’amour plus des copeaux de bois, du produit pour les vitres, une clochette, du shampoing, des oiseaux, des écharpes, des appareils photos, des ponts, des cordes, un vélo, des instruments de musique, une canne à pêche, des brosses à cheveux, des fusils de chasse, des livres, des gélules, du carton, des lampes, des agates, des élastiques, une malle, des fruits, des lentilles de contact, des échantillons, des bateaux, des pansements, de la peinture, des arbres, des agendas, un mouchoir en tissu, du liquide vaisselle, des box, du scotch, des ballons, du savon, des soldes, une mouillette, des connexions internet, des marées, des archives, des paquets cadeaux, une pince à épiler, du mica, des mains courantes, des trams, un faon, des maquettes, un vaporisateur d’eau, des cours de médecine, des montres, des coussins brodés, des plumes, des clés, un chat, du sel, des écorces, des poupées, une émeraude, des avions, un foulard, des fleurs, des manèges, des téléphones, des crayons de couleurs, des boîtes aux lettres, une fève, des tatouages, des télés, des cartes, des miroirs, un kit de couture, des mathématiques, des chaussures, des poissons, des valises, des jeux de société, un éboulis de pierre, des bouchons auriculaires, des carnets, des bocaux en verre, des calendriers, des pantins, une table de mixage, des grains de sable, du yoga, des poids en laiton, des éclairages automatiques, un aspirateur, des trains, des fagots, des éoliennes, des insectes, et une pelote de fil.    

Source : Éditions P.O.L

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   

La sensibilité est la même, à fleur de mots. Comme dans ses textes précédents, Emmanuelle Pagano laisse affleurer dans Nouons-nous la même délicate empathie. Elle semble capter partout où elle passe les sensations les plus ténues, les sentiments les plus secrets, les notes sensibles les plus légères, les plus imperceptibles. Autour du thème de l’amour et du couple, l’écrivain rassemble cette fois une mosaïque de micro-récits, où les points de vue et les situations se succèdent pour dresser un état des lieux singulier de la difficulté qu’il y a à se lier. Evocation empreinte de mélancolie, Nouons-nous (Nous-On-Nous) décline la beauté fragile de ce pas de deux qu’un rien suffit à désaccorder. Sous le lien amoureux patiente le dénouement. L’incommunicabilité, les silences hostiles, les séparations à petit feu couvent dès le début, comme si tout était déjà écrit et qu’il n’y avait plus qu’à dérouler les phrases, une à une, jusqu’au retour du vide, comme un abîme ouvert entre les anciens amants.

Minutieusement, avec ce soin étrange du détail qui chez elle, transfigure le réel, l’écrivain s’attarde sur ce qui dans le quotidien touche au plus près des corps et de l’émotion, du désir de se fondre, de communier dans l’amour. Marcher dans son ombre, projetée au sol, s’allonger sur le sable à ses pieds et s’endormir, bercé par ses lectures à haute voix. S’approcher au plus près du mystère de l’autre et souffrir. De ne jamais surmonter ce handicap, d’être éconduit, rejeté ou d’abandonner à son tour. Il y a des ruptures sans bruit dans cette approche poétique du sentiment amoureux, des nuits d’insomnie, des étreintes passionnées, charnelles et magiques, des chagrins qui épuisent tout ensemble le corps et l’âme, et puis il y a « des livres, des livres, des livres, et des carnets japonais pour écrire ».

Il ne manque qu’un mouvement, un sens, une direction à cet ensemble de fragments qu’aucun ordre ne vient justifier. La collection a beau être soignée, elle a quelque chose d’éteint qui s’apparente à l’ébauche d’un projet mort-né. Et malgré un titre d’une grande beauté, Nouons-nous a perdu de cette intensité poétique, de cette force verbale impérative qui dans Les Adolescents troglodytes ou L’Absence d’oiseaux d’eau, bousculaient et emportaient le lecteur dans les eaux puissantes d’un style singulier.

Odile d’Harnois

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Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur

Photo à la une de l’article :Emmanuelle Pagano © Vincent Josse

 

3 comments

Répondre Polina
28 février 2014

Une lecture parfaite pour s’aérer l’esprit, y compris entre deux « gros pavés » classiques 😉 !

Répondre sallyhelliot
17 février 2014

merci pour ce chemin…j’irai y plonger mes yeux.

Répondre Lectures au Coeur
17 février 2014

Bonne lecture, Sally !

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