NAGEUR DU PETIT MATIN : La mer, la poésie et le cancer

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 10 décembre 2015

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Poésie

François de Cornière

Paru en juin 2015 aux éditions du Castor Astral, Collection Poésie, 163 pages

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François de Cornière, Nageur du petit matin © Éditions Le Castor Astral, Collection Poésie, 2015

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SI VOUS AIMEZ le sable et les dunes dévorées de soleil et de vent, si vous aimez la mer, le glissement de son eau sur la peau et l’appel bleu du large, si vous aimez la poésie quand elle se coule dans la vérité brute du témoignage, alors vous aimerez sans doute Nageur du petit matin de François de Cornière.

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Photo François de Cornière

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LE RÉSUMÉ

«Mon projet, s’il en est un, a été de fixer des moments de bonheur, de souffrance, de doute, de peur, d’amour, à côté de celle qui était ma femme et que j’ai accompagnée (mais elle aussi m’accompagnait) pendant dix ans dans ce qu’on appelle «une longue maladie». Je n’avais pas écrit depuis des années. J’étais conscient du risque d’écrire «cela». Le poète ne devait pas se noyer dans des poèmes trop «sentimentaux», et le nageur avec. Ecrire ces poèmes d’une «vie ordinaire» a été une façon de respirer (ou de retenir mon souffle). comme lorsque je nage. Ne pas sombrer. Et tenir un cap. Je voulais que ces poèmes finissent par former un tout, une sorte de récit, un «livre» dont on pourrait tourner une dernière page. Dignement. Les poèmes qui constituent Nageur du petit matin sont parfois proches de la note. du croquis. du récit. Ils sont volontairement cela. Une «histoire»’ écrite avec des mots simples avec ma voix aussi. Et pas mal de silence.»

Source : François de Cornière pour Le Castor Astral

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR              

Quand le cancer s’invite dans les tête-à-tête amoureux et qu’il travaille, invisible et sournois, à séparer les couples unis, quand la maladie s’installe, brutale comme un raz de marée, et qu’il faut vaille que vaille se cogner le front contre l’irrémédiable, celui des deux qui assiste, impuissant, à la défaite de son conjoint n’a pas d’autre choix pour traverser une épreuve qui l’entame que de se construire une ligne de défense intime, où la vie réussira à vaincre l’irrésistible ascendant de la mort. C’est cette expérience, extrême et douloureuse, que François de Cornière retrace dans un recueil intitulé Nageur du petit matin. Dans un livre divisé en cinq moments qui rapportent de manière chronologique les grandes étapes d’un long processus de détachement, l’auteur revisite, au bord de l’émotion, toute une décennie de combat contre la maladie. Des premières années de souffrance jusqu’à la seconde ultime, des premiers instants de lutte  partagée jusqu’à la dispersion des cendres, la mer offre au poète un lieu de consolation, où puiser le courage de voir peu à peu disparaître sa compagne. Pour le « nageur du petit matin » qui « se lave à l’intérieur » des émotions qui le rongent et voudraient le happer, l’emporter, le submerger, les mouvements maîtrisés de la brasse ou du crawl apaisent et régulent les battements d’un coeur qui se sait menacé par les vertiges du vide. Lisse et calme ou « criblée [sous la pluie] de lourdes gouttes rebondissantes et grises », la mer offre ainsi au corps, débordant de vitalité, sa revanche quotidienne sur l’âme et le coeur, recroquevillés sur l’inéluctable. Espace personnel, où viennent se nicher tous les souvenirs d’une vie à deux, espace préservé, où la lumière du sentiment s’accroche au « souffle des vagues », à « la plainte heureuse d’[une] cornemuse en haut de la falaise », aux « plages en bandes claires », aux « rochers balisés de l’autre côté des îles », la mer, le temps d’une nage, distille les poisons bienfaisants de l’oubli. Et « cette impression alors de n’être plus qu’un corps un dos couché sur l’eau » ouvre comme une récollection, une parenthèse nécessaire à la respiration de l’être. Quand vient le temps du deuil et que le silence résonne jour après nuit des murmures obsédants du passé, quand « ce grand vide au creux du ventre cette impression d’être  à moitié » nourrit l’angoisse de vivre, c’est la mer encore qui ravive le goût de résister à la tentation de l’abîme. Et le rythme berceur des eaux, peu à peu, calme la douleur et ramène, étroitement enlacés, le goût de la poésie et « la douce envie de vivre ». Entre témoignage et littérature, le Nageur du petit matin de François de Cornière s’écrit au coin de la simplicité avec des mots empreints d’une grande pudeur. De page en page, tandis que le nageur lutte contre les éléments et trouve dans le sport le moyen d’anesthésier sa douleur, l’homme retient son souffle. Au bord des mots choisis par l’écrivain, le chagrin se resserre, s’amenuise, se tait, contracté dans l’effort du poète qui voudrait tout en dire sans pourtant s’y noyer. De cette écriture contrainte, qui masque les contours exacerbés d’une sensibilité à vif,  se lève un chant un peu froid, d’où la raison a banni toutes les tempêtes. L’amour, l’amer, sans plus de vagues que celles qui viennent lécher les sables mouillés du temps …

O.d’Harnois

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 Pour en savoir plus 

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❖ Les éditions du Castor Astral : Le site

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2 comments

Répondre Michel Baglin
11 décembre 2015

Bel article
Et très beau recueil
Merci

Répondre NAGEUR DU PETIT MATIN : La mer, la poésie et le cancer | musnadjia423wordpress
10 décembre 2015

[…] Source : NAGEUR DU PETIT MATIN : La mer, la poésie et le cancer […]

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