MON VIEUX ET MOI : L’amour ne suffit pas toujours

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 1 août 2012

 

 

Roman

Pierre Gagnon

Paru en 2010 aux Editions Autrement, Collection Littératures, 90 pages

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Pierre Gagnon, Mon vieux et moi, © Editions Autrement, Collection Littératures, 2010

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RÉSUMÉ

A la retraite, le narrateur décide d’adopter Léo, 99 ans, que rien ne prédestinait à venir s’installer chez lui. C’est le début d’une grande aventure faite de tout petits riens. De silences qui veulent dire beaucoup, de tendresse, de rires pour conjurer le déclin…  Mon vieux et moi, est-ce que ça peut durer toujours, comme dans les romans d’amour ?

Source : Editions Autrement

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L’EXTRAIT

« Léo est devenu vieux. Les vieux oublient, s’étouffent, font répéter, voient trouble, tombent, n’en veulent plus, en veulent encore, ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour, font des miettes, oublient de prendre leurs médicaments, nous engueulent tant qu’on serait tenté de les engueuler à notre tour, pètent sans le savoir, répondent quand on n’a rien demandé, demandent sans attendre de réponse, échappent puis répandent, ont mal, rient de moins en moins, gênent le passage, s’emmerdent, souhaitent mourir et n’y parviennent pas… »

Mon vieux et moi, p.49

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L’AVIS DE LECTURES AU CŒUR

D’une étonnante brièveté, le texte de l’écrivain canadien Pierre Gagnon, Mon vieux et moi, est plus proche de l’ébauche romanesque que de l’œuvre aboutie. Mais certaines esquisses dégagent une telle force qu’elles sont capables de nous hanter comme un souvenir. C’est le cas de ce récit d’une grande simplicité, où l’auteur, en quelques traits bien sentis, expose la cohabitation affectueuse de Léo, un vieillard de 99 ans, et d’un jeune retraité mordu par la culpabilité (sa tante est morte dans une maison de retraite avant qu’il ait songé à s’occuper d’elle). Avec beaucoup de délicatesse et de pudeur, Pierre Gagnon  inventorie les petits riens, qui, au fil de leurs jours, amènent le narrateur et son vieux presque centenaire à s’attacher l’un à l’autre. Mais l’amour ne suffit pas toujours. Et l’écrivain n’élude aucune des problématiques liées au grand âge. Il brise en douceur la chape de silence qui pèse sur les difficultés de la fin de vie. Pour les aidants, qui prennent en charge leurs aînés, la vie quotidienne peut très vite devenir une épreuve de tous les instants. Le manque chronique de sommeil nécessité par l’obligation de surveiller nuit et jour les allées et venues de Léo, l’angoisse de le voir se blesser ou déclencher une catastrophe finissent par conduire le narrateur, bien malgré lui, à baisser les bras et à se séparer du vieil homme. Motivé par le désir de bien faire, le jeune retraité se heurte contre sa volonté à ses propres limites physiques. Les aidants ont besoin d’aide, surtout quand ils  commencent eux-mêmes à vieillir. Mon vieux et moi est un petit roman, qui fait tomber, en quelques chapitres faciles à lire, les illusions les plus communément répandues sur le sujet. A lire pour la sincérité mâtinée de tendresse, avec laquelle Pierre Gagnon aborde les difficultés inhérentes au grand âge.

 

Odile d’Harnois

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Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur 

Photo à la une de l’article : Pierre Gagnon .

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2 comments

Répondre eeddaht
2 août 2012

Très claire et très belle présentation d’un livre que j’aimerais lire, parce qu’il me concerne de près, vu que je côtoie au quotidien les personnes âgées et leurs aidants. Merci pour cette lecture, bonne soirée.

Répondre Lectures au Coeur
3 août 2012

Merci, Thaddée.
Très bonne journée.

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