MA PEAU NE PROTÈGE QUE VOUS : Quand la poésie tourne à la dérobade récréative

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 22 mai 2015

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Poésie

Laure Cambau

Paru en mars 2015 aux éditions du Castor Astral, Collection Poésie, 117 pages

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Laure Cambau, Ma peau ne protège que vous © Le Castor Astral, Collection Poésie, 2015

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SI VOUS AIMEZ les déguisements d’enfant et les masques qui tombent, si vous aimez les chimères et le goût doux-amer de la désillusion, si vous aimez la poésie quand elle flirte avec le prosaïsme, alors vous aimerez sans doute Ma peau ne protège que vous de Laure Cambau.

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Laure Cambau

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LE RÉSUMÉ

Pour Laure Cambau, pianiste et poète, il n’existe ni murs ni frontières entre parole et musique… Sur le fil électrique des voyelles, les oiseaux des consonnes se posent : «De la musique avant toute chose.» Au centre d’un monde profondément absurde, dans un désordre programmé de tous les sens, qui sont les héros de cette mythologie du quotidien ? Un infirmier, une folle, un architecte soliloquent en parallèle et remplacent les divinités antiques dans un «Olympe à l’envers». Une fugue à trois voix dans la déraison du monde.

Source : Le Castor Astral

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR       

Voile, bouclier ou rempart, la peau s’interpose. C’est son rôle d’être dans l’entre-deux, de délimiter, de séparer. Le dedans du dehors, le privé du public, le «je» du «tu». Avec son titre un rien paradoxal, Ma peau ne protège que vous, le nouveau recueil de Laure Cambau, floute les frontières de l’intime dans un jeu de masques brûlant. «Déguisée en petit matin», une femme qui pourrait être la poétesse se montre à peine, s’esquive, s’éclipse, disparaît, sautillant d’un mot à l’autre  comme une enfant malicieuse. «Soluble dans la page», elle ne donne à voir que son «fantôme de papier». Elle est le secret qui «nage sous des pavés», qui court sous les mots. Car la poésie selon Laure Cambau naît de la rencontre mystérieuse du verbe et de la passion. «Je brûle donc je suis» écrit-elle à la manière de Descartes. Mais ici, aucun éloge de la pensée rationnelle. Dans ce recueil, où rien ne se dit vraiment, mais où tout se chante dans le désordre sonore de l’émoi et de la sensation, l’auteur recentre sa quête poétique autour de l’éclat musical. Elle joue sur les mots qu’elle fait sonner, claquer, résonner dans l’espace clos de la page comme un chef d’orchestre buté et excentrique. Elle flirte avec l’absurde, renverse les idées communes, bouscule les évidences dans une joyeuse prolifération de néologismes et d’inventions verbales. De ces adolescentillages où un «pianodeur» diffuse «sous les nez extasiés de [s]es odorateurs» des «épices de chambre», «eauderien odeurien eaudetroisfoisrien» se dégage comme un parfum de dérobade récréative, comme si au bout du compte, l’important n’était pas tant de triturer la matière verbale que d’échapper à toute lecture intime. Pourtant, le texte, alourdi en son centre par un «Polyloque à trois voix», absurde et tragique, dépasse ce qui s’apparentait d’abord à une ambition ludique et semble bien s’interroger sur la vocation de la poésie dans un monde où la vie comme la mort ne riment plus à rien. Au final, dans ce recueil où le mélange des genres se fait dans une espèce de brouhaha potache, les ruptures de ton, systématiques, finissent par altérer la ligne mélodique d’une voix qui hésite encore à se trouver.

O.d’Harnois

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Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur

Photo dans le cours de l’article : Laure Cambau – Photo à la une de l’article : Olympe de Claude Lalanne  Sculpture photographiée par  O.d’Harnois

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1 comments

Répondre cleoballatore
23 mai 2015

La photo est magnifique.

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