L’OURLE : Un roman de l’entre-deux

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 12 septembre 2016

 

Roman

Alain Galan

Paru en 2012 aux éditions Gallimard, Collection Blanche, 127 pages

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Alain Galan, L’Ourle © Éditions Gallimard, Collection Blanche, 2012

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SI VOUS AIMEZ le bois, les arbres, la forêt, si vous aimez les romans ambitieux qui évoquent le désir d’éternité, la mémoire et l’oubli, si vous aimez les écritures sobres et précises mais portées par une discrète poésie des images, alors vous aimerez L’Ourle d’Alain Galan.

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Photo : Alain Galan

Images may be subject to copyright

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RÉSUMÉ

On disait : l’ourle… A personne parmi nous l’idée ne serait venue de dire « l’eurée du bois », « l’orle de la forest ». L’ourle, c’était autre chose. La sauvagerie, l’écart, la vieille méfiance des bêtes et des hommes.

C’est pour l’ourle que je suis revenu. Pour cette ultime lisière lorsque monte le soir avec ses sortilèges et sa sombre magie. Le temps, un fil à l’endroit, un fil à l’envers, y tisse sa toile. Et la mémoire s’embrouille à vouloir retenir, dans ses rest, les ombres incertaines.

C’est pour l’ourle que je suis revenu. Pour le silence. Et pour l’oubli.

Source : Alain Galan

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   

Auteur d’une douzaine de romans et récits parmi lesquels le déjà célèbre Louvière (Gallimard, 2010), Alain Galan nous livre avec L’Ourle un roman mélancolique à l’écriture exigeante. Dans un style précis et sobre, l’écrivain tisse un subtil réseau d’échos et de métaphores poétiques autour du thème central du bois pour évoquer la maladie, la mort, le cancer qui ronge de l’intérieur, la brièveté de la vie, l’écriture, le désir d’éternité, la mémoire et l’oubli.

De retour dans sa contrée natale, la vallée de la Vézère en Corrèze, le narrateur trouve refuge à La Grave, dans « une maison austère », « un peu à l’écart ». Là, à proximité de la forêt, il entre volontairement dans un univers de l’entre-deux. Dans un pays, où « tout favorise le repli sur soi, la misanthropie et la claustration », il se met à l’écoute des arbres, qui, décimés par différentes maladies, deviennent à ses yeux comme des figures fraternelles, fantômes d’eux-mêmes qui tentent comme lui, dans un dernier sursaut d’énergie, un ultime « regain de vie », de laisser derrière eux une trace, quelque jeune pousse qui les propulsera dans l’avenir.

Entre le monde d’où il vient et où il ne réussit plus à trouver sa place, et la forêt qui le fascine, le narrateur s’installe à la lisière, dans la zone trouble de l’entre-deux, à mi-chemin de la civilisation et de la sauvagerie. Rongé de l’intérieur par un cancer qui a fini par emporter sa mâchoire, il s’identifie aux épicéas dévorés par les scolytes, espèce d’insectes xylophages auxquels on prête également le nom de typographes. Mais ancien journaliste, il s’identifie aussi à l’envahisseur qui semble graver dans le bois « le tènement d’un livre sans fin, un codex au moyen duquel les insectes auraient voulu transmettre à l’Homme leur alphabet rituel ». A mi-chemin entre l’homme et l’arbre, entre l’homme et la bête, il dessine les contours d’une humanité mise en péril par la maladie et qui se raccroche à la littérature pour se maintenir et se projeter dans le futur. Hélas, comme les châtaigniers qu’elle décime en nombre, la maladie de l’Encre semble gagner la « forêt éditoriale » et détruire la littérature à la racine ! Terrassé par la maladie et les désillusions, le narrateur s’attache alors au silence de Pierre, le galbeur de cercueils, qui apprivoise la mort en parlant doucement aux feuilles de bois qui emporteront les défunts dans leur dernière demeure. Ou bien il s’émeut de retrouver Sylvain (du latin silva : la forêt), un ancien ami d’enfance. Là où l’avenir s’étiole, le passé soudain s’étoffe au point de devenir envahissant. Trop nombreux, trop insistants, les souvenirs finissent par étouffer celui qu’ils assiègent. C’est ce que rappelle avec force l’étrange folie, qui s’empare de la mère de Sylvain avant de la tuer à petit feu.

Sans échappatoire, il ne reste plus alors au narrateur qu’à se contenter du présent et à suivre la philosophie des Mayas, qui prétendaient qu’« écrire revenait à apprendre sagement à mourir ». Ecrire, mais consentir à n’être qu’une infime partie de l’univers, que l’écriture elle-même ne saurait préserver ni de l’oubli ni de l’ensevelissement. Peintes sur les arbres malades, les apparitions mystérieuses (une femme avec des bois sur la tête, un homme à tête de loup, le fantôme d’une écolière…) qui mettent en émoi le village suggèrent enfin combien l’art est à la fois puissant et dérisoire, lui qui est capable le temps d’une saison de ressusciter le passé, mais qui s’efface aux premières pluies.

Poétique leçon d’humilité, L’ Ourle est un beau texte, qui nous interroge avec élégance sur notre rapport au temps. À lire à l’ombre d’un arbre.

 Odile d’Harnois

          

4 comments

Répondre caroline d
14 septembre 2016

ah oui alors…
merci Odile

Répondre lecturesaucoeur
16 septembre 2016

Il y a parfois des livres qui marquent le coeur aussi fort qu’une belle rencontre …
Belle et douce soirée, Caroline.

Répondre Cat
12 septembre 2016

Je note ce livre, moi qui adore les arbres pour leur force! Belle soirée

Répondre lecturesaucoeur
13 septembre 2016

Si vous aimez les arbres, vous allez vous régaler avec ce roman !
Bonne lecture, Cat et excellente soirée

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