L’INVENTION DE L’AUTEUR : Jean Rouaud tente de percer le mystère de la vocation littéraire

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 25 octobre 2013

 

Récit

 Jean Rouaud

Paru en 2005 aux Editions Gallimard, Collection Folio (n°4241), 352 pages

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Jean Rouaud, L’Invention de l’auteur@Editions Gallimard, Collection Folio, 2005

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SI VOUS AIMEZ les récits autobiographiques, les pudiques évocations de l’enfance, les questionnements intimes sur les raisons qui ont conduit un être à devenir ce qu’il est, si vous aimez les écritures amples et libres, qui suivent au plus près les développements de la pensée, y compris dans ses échappées buissonnières, alors vous aimerez sans doute L’Invention de l’auteur, un récit de Jean Rouaud.

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Photo : ROUAUD Jean © C. Helie Gallimard

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RÉSUMÉ

« On m’avait prévenu. On ne se met pas tout seul en tête d’avoir envie de devenir écrivain. Ce n’est pas un appel impérieux, une voix dans le désert qui s’élève et dit: Prends ta plume (ce qui pour la solennité passe mieux que prends ta machine à écrire ou ton ordinateur) et écris. Ce n’est pas le résultat d’une bosse de la poésie que Lavater aurait localisée dans une zone rêveuse de la boîte crânienne. Et il est inutile de décortiquer une séquence d’ADN tirée de la sueur d’un manuscrit de Rimbaud dans l’espoir d’y découvrir un gène poétique. Pas plus de main à plume que de main à charrue. On ne se propose pas de devenir écrivain sans avoir fréquenté dans le haut pays de l’enfance une figure qui y ressemble, à laquelle s’identifier. »

Extrait de L’Invention de l’auteur, page 327

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR  

En 1990, Jean Rouaud remporte le prix Goncourt pour son premier roman Les Champs d’honneur. A l’époque, ce parfait inconnu de trente-huit ans ne tarde pas à défrayer la chronique, tant son histoire s’apparente aux plus remarquables des success stories. D’un seul coup, alors qu’il tient un kiosque à journaux rue de Flandres, dans le dix-neuvième arrondissement de Paris, ce fervent admirateur de Claudel et d’Eluard accéde sans préambule à la plus haute distinction littéraire de la nation et son talent, hors du commun, fait l’unanimité auprès des critiques. Quête identitaire, récit d’une famille éprouvée par la perte d’êtres chers, notamment durant la Première Guerre mondiale, Les Champs d’honneur connaissent un succès populaire immédiat. Durant les années qui suivent, Jean Rouaud consolide sa notoriété en creusant avec obstination la même veine autobiographique et familiale. En 1993, il, publie ainsi Des Hommes illustres, un roman consacré à son père. Puis, en 1996, Le Monde à peu près, un récit de son adolescence ; et Pour vos cadeaux (1998) ainsi que Sur la scène comme au ciel (1999), deux romans dédiés à sa mère. Quand le moment vient pour l’écrivain de réfléchir aux raisons qui l’ont conduit à vivre pareille aventure littéraire, Jean Rouaud se retourne de nouveau sur son passé qu’il scrute cette fois avec toute l’attention d’un homme de lettres désireux de remonter aux sources de l’écriture. Récit qui s’inscrit de nouveau et presque naturellement dans la démarche autobiographique de l’écrivain, L’Invention de l’auteur tente, à partir d’une relecture minutieuse et quelquefois psychanalytique de tout ce qui a fait sens dans l’émergence d’un désir enfantin d’écriture, de percer le mystère d’une étonnante vocation littéraire.

Récit d’introspection, L’Invention de l’auteur est donc une nouvelle fois l’occasion pour Jean Rouaud de revisiter en détective attentif et scrupuleux ces années d’enfance qui ont nourri la majorité de ses textes. La mort du père au lendemain de Noël, le 26 décembre 1963, la douleur qui s’en est suivie, l’absence qui obsède sont au coeur de cette exploration de la mémoire. A travers l’évocation délicate du Saint Joseph charpentier de Georges de La Tour, Jean Rouaud interroge la force des liens qui unissent un fils à son père, y compris par-delà la mort. Est-ce sur les traces de ce grand absent qu’il a voulu marcher en écrivant ? Qui a-t-il voulu imiter ou honorer en se lançant le défi de « bien écrire », lui qui, enfant, à cette époque révolue où il fallait tremper sa plume dans un encrier, accumulait les réprimandes pour sa désastreuse calligraphie ? Quel père de substitution s’est-il trouvé pour entretenir ce rêve de beauté littéraire et formelle qui l’a réchauffé tout au long d’une jeunesse figée au pied de ses magnifiques et douloureux tombeaux de famille ? Car l’écriture, et du plus loin qu’il s’en souvienne, l’écrivain ne la conçoit que belle, d’une beauté à renverser le souffle, lisse, ample, harmonieuse. Ce n’est pas qu’il ait tant de choses à raconter, mais l’esthétique de la phrase, il y tient. Ses textes, il les travaille, il les sculpte, l’air de rien, au fil de la pensée. De digression en parenthèses, L’Invention de l’auteur déploie ainsi tous les charmes d’un style qui s’est d’abord construit sur les bancs de l’école, entre fascination pour la belle écriture et désir d’échappées buissonnières. De ce style à nul autre pareil, libre et rond en bouche, dont les mots se lèvent dans le silence comme autant de prières, Jean Rouaud ne cesse de réécrire, avec toujours la même patiente ferveur, la trajectoire heurtée de ses origines. Et même si la vision qu’il nous livre est subjective, même si les raisons qu’il avance pour expliquer la genèse d’une vocation littéraire sont contestables, la magie du texte opère et le temps de la lecture, le charme poétique des mots nous emporte sur l’aile du temps, aux côtés de Jean, l’enfant triste qui voit croître en lui, émerveillé, un inexplicable et précieux désir d’écriture.

Odile d’Harnois

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Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur

Photo à la une de l’article : Jean Rouaud.

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4 comments

Répondre kristelsaintcyr
25 octobre 2013

Joli commentaire qui donne envie de lire le livre et aussi de découvrir l’auteur pour ceux qui ne le connaîtraient pas

Répondre Lectures au Coeur
26 octobre 2013

Merci de votre visite 🙂
Je vous souhaite un très agréable week-end !

Répondre damemiracle
25 octobre 2013

Très bonne critique Odile, merci je ne connaissais pas mon amie. Bon week-end, gros bisous 🙂

Répondre Lectures au Coeur
26 octobre 2013

Merci de votre visite et très bon week-end également !

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