LES NUMÉROTÉS : Les codes poétiques d’un enfant du siècle

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 9 février 2019

 

POÉSIE

Les Numérotés

Alexandre Bonnet-Terrile

Préface de Jean-Yves Reuzeau

Paru en juin 2018 aux éditions Le Castor Astral, 64 pages

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Alexandre Bonnet-Terrile, Les Numérotés © Éditions Le Castor Astral , 2018

Illustration de couverture : Encre de Chine de Manel Benladghem

 

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SI VOUS AIMEZ les lettres, les chiffres et les codes surtout s’ils sont secrets, si vous aimez les pudeurs adolescentes et une certaine élégance dans la retenue, si vous aimez  les textes brefs, éclatés, où miroite le sens, alors vous aimerez sans doute Les Numérotés d’ Alexandre Bonnet-Terrile.

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 Alexandre Bonnet-Terrile

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PRÉSENTATION DE L’ÉDITEUR

« J’aurai dix-huit ans en mai et ma biographie se réduit à peu de choses. » Mais ici, la magie opère aussitôt. Poèmes brefs, incandescents, d’une concision en lame de rasoir. Chaque mot est pesé. Chaque poème s’inscrit à sa juste place dans un ensemble étonnamment construit selon un système numéral.

L’adolescence est un cycle à la fois d’une brièveté surprenante et d’une durée qui peut sembler infinie quand on le traverse. Le précipité de sensations de ce recueil parle du corps qui se fait et se défait, de l’enfant trop vite grandi, d’une peur latente face au voyage inconnu, là où naissent les histoires.

Le but du poète est de se réunir tout entier dans un langage qu’il crée, qu’il impose. « Affolé, je tombai dans un poème au creux duquel je connus mon premier véritable repos. Quel confort, alors, loin de la pensée. »

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR

Lancé dans l’arène littéraire par Le Castor Astral en juin 2018 avec un premier livre intitulé Les Numérotés, Alexandre Bonnet-Terrile — 20 ans en 2019, lauréat du Prix Apollinaire Découverte 2018 — démarre sa carrière poétique sur les chapeaux de roue. Mais c’est sans prétention que l’écriture pudique de cet enfant du siècle renouvelle les codes de la poésie et insuffle du mystère à l’évocation de tourments adolescents.


Suivi de quelques textes en prose rassemblés sous le titre Par amour ignorant, le recueil du jeune poète se compose de quarante-quatre poèmes tous numérotés par un nombre à quatre chiffres. Or, quand on a grandi à l’ère numérique, on n’est pas sans savoir que le choix du nombre à quatre chiffres n’est pas anodin : il renvoie à la fois à la notion de sécurité et de secret. Le nombre à quatre chiffres évoque les codes d’accès de nos téléphones portables ou les codes pin de nos cartes bancaires. Il protège notre vie privée de toute intrusion. C’est la même démarche qu’Alexandre Bonnet-Terrile adopte avec Les Numérotés. Dans un monde où le précieux de la vie intime se voit exposé en ligne, en réseau et en boucle, comment ne pas chercher à coder aussi ses poèmes pour préserver intact la chair sensible de chaque souvenir, de chaque émotion ? Si chaque nombre renvoie au secret des événements, des personnes ou des moments, chaque poème, en éludant toutes circonstances, n’en restitue que l’intensité au travers d’un maillage minimaliste de détails visuels, de sensations, de souvenirs littéraires et de parfums. Alexandre Bonnet-Terrile joue de l’ellipse avec le brio des âmes qui ne s’attardent ni sur la date ni sur la circonstance, mais qui vont droit à l’essentiel : le sentiment. Dans un siècle qui renoue au quotidien avec les formes brèves de l’écriture — il suffit de penser au texto —, le poète participe ainsi d’un mouvement littéraire plus large qui redonne du poids et de la force aux mots, qui leur offre une nouvelle épaisseur en y condensant l’émoi.


Nourrie de cette angoisse qui accompagne toutes les transitions, toutes les métamorphoses de l’âge, la poésie des Numérotés rend compte de la difficulté de devenir adulte. La disparition de l’enfance, la fin de la jeunesse sont vécus comme une petite mort :

« Est-ce qu’il existe un dernier soir de jeunesse ?  Est-ce le dernier soir ? »

La souffrance qui en découle irradie dans chaque poème comme la lumière des voyages sans retour. Le souvenir des joies d’autrefois exacerbe un sentiment de perte qui engendre une forme de mélancolie. La peur de devenir adulte, la peur de la solitude, de l’amour, de l’abandon, si elle parasite la pensée, si elle paralyse, sous-tend le texte avec une constance qui témoigne de sa sincérité. Quand l’avenir effraie et qu’aller de l’avant devient une souffrance, le poème s’efforce, recroquevillé sur les bonheurs enfuis, de retenir le temps, encore un peu, juste assez pour s’habituer à l’idée de vivre et de devoir vieillir.


Un recueil, tendre et sincère, à offrir à nos adolescents.

Odile d’Harnois

 

 

 

 

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Photographie © Odile d'Harnois

Photographie © Odile d’Harnois

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EXTRAIT  CHOISI

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Poème 0900

Maman regarde
Le fromage blanc déborde tu me parles
Je suis froid maman
Regarde
Qui va là dans l’armoire
C’est de la vie derrière les portes
Je m’épuise
Et les tabourets loin d’ici dans la cuisine sont des tours
Et mon voyage est encore long
Sans amour viens avec moi

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Pour en savoir plus

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❖ Une biographie

Né en 1999, Alexandre Bonnet-Terrile n’a jamais payé en francs. Il est déjà publié en revue, ses poèmes surgissant dans Les Hommes sans épaules ou Place de la Sorbonne. Il a participé à l’édition 2017 de la Biennale des poètes en Val-de-Marne. Aujourd’hui, Alexandre Bonnet-Terrile est en classe préparatoire littéraire à Paris.

Source :  Éditions Le Castor Astral

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❖ Le site de l’éditeur :  Éditions Le Castor Astral

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