LE VIN DE SOLITUDE : Un roman d’apprentissage d’inspiration autobiographique

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 29 février 2012

.

.

Roman

Irène Némirovsky

Paru en 2009 aux Editions Le Livre de Poche, Collection Littérature et Documents, 283 pages

*

Irène Némirovsky, Le Vin de solitude © Editions Le Livre de Poche, Collection Littérature et Documents, 2009

.

.

.

L’AVIS DE LECTURES AU CŒUR

Publié en 1935, Le Vin de solitude, d’inspiration autobiographique, relate « les années d’apprentissage » d’une jeune Russe, Hélène Karol, fille unique d’une grande bourgeoise sans dot et d’un Juif d’origine modeste.

Divisé en quatre parties, où chaque déménagement coïncide avec une étape du cheminement intérieur de l’enfant, le roman d’Irène Némirovsky épouse le périple de la famille Karol pour échapper au  « souffle de la révolution ». Des bords du Dniepr à Paris, en passant par Saint Pétersbourg et la Finlande, la jeune Hélène est prise à la fois dans les filets de l’Histoire et dans les tourments insidieux d’une vie familiale chaotique.

Dans ce roman subversif, où une fillette se débat au milieu d’adultes désenchantés pour trouver malgré tout la force de grandir, l’auteur dépeint un monde en perdition, dont la chute est précipitée par une absence endémique de valeurs morales. Témoin sagace des pratiques adultérines de son temps, la petite Hélène souffre ainsi de ne voir s’épanouir aucun sentiment d’amour entre ses parents. Très vite, elle perce le jeu cruel qui pousse les êtres à s’unir dans une société, où les femmes sans dot n’ont d’autre choix que d’épouser des hommes riches qu’elles n’aiment pas.

Affamée d’amour, Hélène Karol n’a d’autre réconfort ni d’autre soutien que ceux que lui prodigue mademoiselle Rose, sa gouvernante française. Elle ne tarde d’ailleurs pas à comprendre qu’elle n’a rien à espérer de sa famille. Alors que son père lui manifeste un intérêt distant, sa mère au contraire la maltraite avec une constance rageuse. Pour ne pas succomber à la dureté de son isolement affectif, la jeune fille développe bientôt une haine tenace pour sa mère. Au fil du temps, elle finit même par échafauder de cruels plans de vengeance qu’elle ne met pas à exécution par désir d’être meilleure que son adversaire. Mais une fois majeure, elle ne diffère plus son départ. En rompant les derniers liens qui l’attachent encore au passé, Hélène Karol réalise qu’elle a bu jusqu’à la lie un terrible vin de solitude. Cependant, une exaltation nouvelle naît dans son coeur à l’idée que ce faisant, elle a tout de même conquis un bien inestimable : la liberté, une liberté totale, entière qui l’enivre et la fortifie au seuil de sa vie. L’enfant qui jouait à la guerre avec ses soldats de bois et dont le livre préféré était le Mémorial de Sainte-Hélène est ainsi devenue une jeune femme courageuse, prête à se construire un destin.

Dans ce terrible récit d’enfance, qui retrace la longue et douloureuse libération de l’héroïne, l’émotion culmine dans les dernières pages. Lorsque soudain, « entre les piliers de l’Arc de Triomphe », le ciel s’éclaire sous les yeux pleins d’espoir d’Hélène Karol, le souvenir du destin tragique de l’auteur s’impose alors. Arrêtée en France en juillet 1942, Irène Némirovsky fut déportée à Auschwitz, où elle mourut le mois suivant.

                  Odile d’Harnois

.

.

.

.

.

Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur

Photo à la une de l’article :  Irène Némirovsky 

Images may be subject to copyright

 

0 comments

Laissez un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :