LE SERMON SUR LA CHUTE DE ROME : Un roman qui cisèle l’éphémère

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 26 mars 2013

 

Roman

Jérôme Ferrari

Paru en 2012 chez Actes Sud, Collection Actes Sud Littérature, Domaine Français, 202 pages

Prix Goncourt 2012

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Couverture_Sermon chute de rome

Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la chute de Rome © Actes Sud, 2012

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RÉSUMÉ

Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l’impulsion de ses nouveaux gérants. A la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en « meilleur des mondes possibles ». Mais c’est bientôt l’enfer en personne qui s’invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d’irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l’âme humaine à se corrompre.

Source : Actes Sud

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR    

Bien avant Paul Valéry dans La Crise de l’Esprit (1919), Saint Augustin, évêque d’Hippone, expliquait déjà dans son sermon de décembre 410 combien les civilisations sont mortelles. Quelques mois plus tôt, la ville de Rome avait été mise à sac par les Wisigoths d’Alaric Ier et les ondes de choc provoquées par la nouvelle n’en finissaient pas d’ébranler les esprits. C’est sur cette prise de conscience augustinienne – le monde naît, grandit et meurt comme un homme – que Jérôme Ferrari a bâti son dernier roman.

A partir d’un subtil réseau de références historiques et philosophiques au célèbre Père de l’Eglise, Le Sermon sur la chute de Rome cisèle l’éphémère. Tandis qu’à l’arrière-plan, des mondes entiers s’effondrent sous les coups de boutoir d’impensables cataclysmes (les invasions barbares ou les deux guerres mondiales du XXe siècle), la famille Antonetti au premier plan est soumise aux inéluctables lois du cycle de la vie. Du grand-père corse, Marcel, aux petits-enfants, Matthieu et Aurélie, c’est la même impuissance à maîtriser son destin qui semble bien se répéter de génération en génération. Chahutés par la vie, malmenés par la maladie et la mort, les personnages de Jérôme Ferrari tentent en vain de s’inscrire durablement dans le temps du bonheur. Mais tout change, tout passe et s’efface, comme si chacun d’entre eux était voué à retrouver au terme d’un combat perdu d’avance l’absence originelle. Et quand Matthieu abandonne ses études de philosophie pour ouvrir un bar avec Libero, son ami de toujours, les dés sont déjà joués. L’aventure n’est qu’un détour fallacieux pour les emmener chacun à leur point de chute, le mariage pour Matthieu, le dégoût de soi et la violence pour Libero. De ces destinées marquées par l’illusion et l’échec, il ne reste bientôt plus qu’un goût de cendres, et le doute, cette même inquiétude qui taraude Saint Augustin dans ses tout derniers instants : « Les mondes passent, en vérité, l’un après l’autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien ». Roman de l’éphémère, Le Sermon sur la chute de Rome envisage ainsi l’absurdité de la vie avec un pessimisme radical.

Ecrit dans une langue classique et plutôt élégante, le texte de Jérôme Ferrari se distingue par une respiration qui lui est propre. En alternant des phrases courtes avec de très longues périodes, l’écrivain joue sur le souffle. Les mots précipités, sans pause ou presque, investissent alors la page, mimant dans cette espèce de halètement littéraire, comme un sentiment irrépressible d’urgence à vivre. 

Prix Goncourt 2012, Le Sermon sur la chute de Romemalgré de véritables qualités de composition et d’écriture, ne suscite pourtant pas une totale adhésion. La construction kaléidoscopique, où divers fragments du temps se juxtaposent autour de la figure historique de Saint Augustin et de la famille fictive des Antonetti, conserve quelque chose d’emprunté et d’artificiel, qui nuit à l’harmonie du récit comme à l’émergence d’une réelle émotion littéraire.

Odile d’Harnois

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Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur

Photo à la une de l’article : Jérôme Ferrari

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