LE PERDANT : Une géopoésie du bord de mer

In: Les Coups de coeur Notes de lecture

On: 6 décembre 2017

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Poésie

Erwann Rougé

Paru en septembre 2017 aux éditions Unes, 43 pages

 

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Erwann Rougé, Le perdant © Éditions Unes, 2017

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SI VOUS AIMEZ les bords de mer, la marche à pied et les ciels gorgés de lumière où l’oeil s’abandonne et se perd, si vous aimez les grandes marées, le battement des vagues entre deux rafales et les remous tumultueux du coeur, si vous aimez la poésie quand elle calque patiemment son souffle sur celui de la nature, alors vous aimerez sans doute Le perdant d’Erwann Rougé.

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Photo : Erwann Rougé

Photo : Erwann Rougé

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LE RÉSUMÉ

 » s’élaguent les enfances. s’enlèvent les embâcles, les herbes coupées.

nous ouvrons les clapets, renforçons les berges, les digues de l’oubli, le clair unique au-dessus de nos gouffres. tout cela ensemble.

c’est jour de grande marée où tout un monde guette les traversées. « 

Source : Extrait du recueil Le perdant d’Erwann Rougé

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR

Une vague s’échoue sur le sable, s’évanouit dans les fracas sourds du coeur qui s’ajuste au battement régulier de la mer … 

C’est là, entre ciel et terre, sur la plage où se mélangent l’eau, le sable et la lumière, c’est là précisément, en bordure de mer, dans cet espace géographique transitionnel que le poète breton Erwann Rougé puise son inspiration. Dans une prose qui épouse le rythme ondulatoire de la vague, Le perdant, paru en septembre 2017 aux éditions Unes, joue du caractère polysémique de son titre pour mieux perdre le lecteur et l’amener, au détour d’un bref passage en territoire maritime, à se recentrer, à se retrouver, peut-être plus serein et comme réconcilié avec lui-même et le monde. 

Terme emprunté au vocabulaire des marins, « le perdant » désigne d’abord la marée basse. Construit autour de ce mouvement descendant des eaux de la mer, le recueil d’Erwann Rougé se divise en trois moments qui marquent les temps forts d’une marche amoureuse sur la plage : le reflux des eaux, la chasse mortelle d’un épervier et la marée montante. Le spectacle éblouissant de la nature, auquel participent les marcheurs comme une infime partie d’un tout qui les dépasse, sert de révélateur poétique à l’émotion littéraire. Une analogie structurelle se met en place entre le mouvement de la mer et les remous de la vie intérieure. Car « le coeur touche à la mer » et rien de ce qui vient de la nature n’est inconnu à l’Homme. Le propre de l’humain n’est-il pas aussi de perdre,  jusqu’à la vie même ? 

Comme un écho au « retrait de l’eau », la parole aussi s’épuise, tandis qu’autour du couple, « la vasière crépite de mille mots piqués par les becs d’oiseaux ». « Perdre la marée » revient alors à accueillir, en soi, « l’arrivée du manque », la noyade du désir, comme si la mer tout à coup se voulait miroir où puiser une leçon de sagesse. Car si elle est douloureuse, « la sensation irrémédiable de la perte » n’en est pas moins naturelle. Point culminant du recueil, la descente en piqué d’un épervier sur sa proie remet la mort à sa place, dans un ordre immuable du monde. Ni tragique, ni injuste, simplement attendue comme une nécessité physique. Après le choc visuel qui rappelle à chacun l’éphémère de toute vie, la promenade se poursuit et « tout recommence. la coulée immobile, le glissement de ciel pur ». De nouveau, la marée monte et aussitôt, l’eau « dilue la mort », la vie reprend ses droits et l’amour redevient complice.

Géopoésie du bord de mer, Le perdant d’Erwann Rougé réinvente le rapport de l’Homme à son environnement naturel. La précision du vocabulaire permet ici de peindre un tableau riche en sensations diverses. La vue, l’ouïe, l’odorat sont sollicités à tour de rôle dans cette évocation passionnée, picturale, d’un paysage maritime qui est proposé dans sa vérité sensible plutôt que dans un effort d’idéalisation. Le ciel qui « tranche » les corps « de bleu », « les cris d’oiseaux qui dispersent le vide », les gravelots, les pluviers,les chevaliers, les courlis, les brises marines et le soleil qui arrache la peau, « les miasmes de goémon » contribuent à recréer l’atmosphère singulière du lieu. Enfin, texte délicat, infiniment pudique, Le perdant ouvre jusqu’au coeur des chemins sensibles qui chantent le bonheur de marcher à deux, côte à côte, les jours de grande marée, et la joie de vivre, à sa juste place, en harmonie avec les éléments. 

Un beau livre à recommander aux passionnés de poésie comme aux amoureux du bord de mer. 

O. d’Harnois

 

 

 

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Pour en savoir plus

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❖ Erwann Rougé est né en 1954 à Rennes

Outre six livres parus aux Éditions Unes entre 1986 et 2014, Erwann Rougé a notamment publié L’oubli (Calligrammes, 1983), Nous, qui n’oublie pas (La lettre volée, 2005), Paul les oiseaux (Le dé bleu, 2005), Breuil (Al Manar, 2011) ou Passerelle (L’amourier, 2013). Il a fondé les éditions Dana et Approches, et est l’auteur de nombreux livres d’artistes.

Source :  Éditions Unes

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❖ Le site de l’éditeur : Éditions Unes 

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❖ Encyclopédie de L’Agora ⎢Géopoétique : L’écrivain Kenneth White, inventeur de la géopoétique  

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1 comments

Répondre Barbara Auzou
6 décembre 2017

Merci beaucoup!!!

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