LA CORDE FOLLE – ECRIVAINS ET CHOSES DE SICILE : Leonardo Sciascia cherche à définir l’âme sicilienne

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 26 juillet 2013

 

Recueil d’essais

Leonardo Sciascia

Paru en 2013 aux éditions Denoël, 224 pages

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Leonardo Sciascia, La Corde folle © Editions Denoël, 1975, 2013

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SI VOUS AIMEZ la Sicile et l’attachement des hommes à leur terre, si vous aimez les particularismes régionaux, les identités culturelles originales et fortes, si vous aimez l’histoire et la littérature,  alors vous aimerez sans doute La Corde folle, le premier recueil d’essais de Leonardo Sciascia.

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Photo : Leonardo Sciascia - Images may be subject to copyright.

Photo : Leonardo Sciascia 

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RÉSUMÉ

« Une terre difficile à gouverner parce que difficile à comprendre. »

Ainsi s’exprime le grand écrivain sicilien Leonardo Sciascia à propos de son pays natal.En onze courts récits, Leonardo Sciascia s’interroge sur ce qu’il nomme la « sicilitude » : cette identité forte et fière qui fait la réputation de l’île et de son peuple. A travers l’art populaire et le cinéma, le rôle et la puissance de la mafia, ou l’attitude des Siciliens à l’égard des femmes et des traditions religieuses, il remonte aux origines de ce mode de vie à la sicilienne qui fait la fierté de ses habitants. Entre passion et indignation contenue, Sciascia pose un regard démystificateur sur sa terre d’origine. Faisant preuve d’une ironie et d’une irrévérence que seul un enfant du pays pouvait se permettre, Sciascia donne à cette vision de la réalité sicilienne une valeur universelle et, quarante ans plus tard, une valeur intemporelle.

Source : Editions Denoël

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   

Les Siciliens ne sont pas seulement des Italiens. Il y a quelque chose en eux de rebelle qui les singularise au point que leur île semble se dissocier de manière irrémédiable de la nation à laquelle ils se trouvent politiquement rattachés. Quelque chose de rebelle, d’impalpable et d’évident qui a suscité chez l’écrivain Leonardo Sciascia (1921-1989) le désir d’analyser l’âme sicilienne et d’enquêter inlassablement sur les raisons exogènes, historiques, politiques, religieuses qui l’ont ainsi forgée. Paru en 1970, le premier recueil d’essais de l’écrivain, intitulé à l’origine Le Cliquet de la folie, se construit ainsi autour d’un seul motif central : la réalité sicilienne. Pour cet enfant du pays, né dans la province d’Agrigente et mort à Palerme, l’île natale constitue un pôle aimanté, vers quoi convergent inlassablement son travail de réflexion en tant qu’essayiste comme son oeuvre littéraire.

« Sicile et sicilitude », le premier fragment du recueil, pose les bases d’une réflexion sur ce que c’est d’être sicilien et d’emblée s’interroge sur l’existence d’une culture sicilienne autonome. Fortement marquée par son insularité et par les invasions successives qu’elle a connues au fil du temps – « les cavaliers berbères et normands, les soldats lombards, les avides barons de Charles d’Anjou, les aventuriers venant de « l’avare pauvreté de Catalogne », l’armée de Charles Quint et celle de Louis XIV, les Autrichiens, les garibaldiens, les Piémontais, les troupes de Patton et de Montgoméry; et pendant des siècles, continuel fléau, les pirates algériens » – la Sicile développe au fil du temps une « peur existentielle » liée à un sentiment d’insécurité chronique, qui est comme le point de départ d’une construction identitaire originale et forte.

Au fil des onze essais proposés dans La Corde folle, Leonardo Sciascia mène une enquête précise et rigoureuse en interrogeant tour à tour les livres d’histoire nationale ou locale, le patrimoine poétique ou les traditions religieuses. Il convoque toute une galerie de personnages historiques ou de figures littéraires (Verga, Pirandello), qui ont contribué chacun à leur façon à édifier cette idée de la sicilitude. Et c’est ainsi qu’au détour d’un paragraphe, une anecdote, toujours signifiante, nous apprend ici que la première représentation du Così fan tutte de Wolfgang Amadeus Mozart, le 4 octobre 1811, fut un « échec total et définitif » ou nous rappelle un peu plus loin à quelles mesures d’austérité le vice-roi Domenico Caracciolo dut recourir suite au tremblement de terre qui ravagea la ville de Messine du 5 au 7 février 1783.

De cette analyse riche, documentée et toujours fine se dégagent en demi-teinte l’amour et la fascination d’un homme pour sa terre natale. Animé du désir de comprendre tout ce qui a bercé son enfance, Leonardo Sciascia creuse avec une passion inextinguible le sillon d’une quête qu’on devine personnelle. Le titre du recueil, La Corde folle, renvoie à une réplique de Pirandello, qui y résume sa conception de la vie : « Vous devez savoir que nous avons tous comme trois ressorts dans la tête : le ressort du sérieux, celui de la civilité, celui de la folie ». La Corda pazza (la corde folle) anime la Sicile d’une vitalité singulière, dont l’ambivalence semble à elle seule concentrer dans un même mouvement l’affection et la défiance de l’écrivain. La Corde folle est un texte captivant pourvu que l’aridité documentaire de certaines pages ne constitue pas un obstacle insurmontable à la lecture.

Odile d’Harnois

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Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur

Photo à la une de l’article : Leonardo Sciascia

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10 comments

Répondre 102: Of Genius. Starts with Cister. Ends with Pessoa. | Almofate's Likes
11 mars 2014

[…] Landscape of Socotra Island | eMORFES * Piopio | work in progress * A Chief Speaks | Lady Budd * La Corde folle – Ecrivains et choses de Sicile : Leonardo Sciascia cherche à définir l’âme si… | Lectures au Coeur * De concert | Odile d’Harnois – Photographie et poésie * Tivoli […]

Répondre Notes
27 juillet 2013

Je vais me laisser tenter par ce livre…. après mon escape pour un auteur japonais 🙂

Répondre Lectures au Coeur
27 juillet 2013

Et cet auteur japonais, est-ce que vous me le conseilleriez ? J’avoue que vous avez éveillé ma curiosité.. 😉

Répondre Notes
28 juillet 2013

JIl s’agit d’Haruki Murakami : j’ai choisi le roman 1Q84. J’ai déjà les trois tomes.

Lectures au Coeur
29 juillet 2013

J’ai entendu dire beaucoup de bien de ce roman que je n’ai pas lu. Qu’en avez-vous pensé de votre côté ?

Notes
29 juillet 2013

Je donnerai mes impressions dans un article, je n’ai pas encore commencé la lecture de cette trilogie… J’ai encore quelques pages à lire d’un autre roman.

Lectures au Coeur
30 juillet 2013

Dans ce cas, bonne lecture 🙂

Notes
1 août 2013

merci ! 🙂

Répondre manh14
27 juillet 2013

Je suis allé en Sicile. Je n’ai pas tout compris, mais on ne peut tout comprendre, n’est-ce pas. J’ai été fasciné et je le suis toujours. j’en ai tiré un poème que je publierai un jour…J’y retournerai. Je vais lire La Corde folle…Elle me fera patienter. Amitiés.

Répondre Lectures au Coeur
27 juillet 2013

Un poème sur la Sicile ?
Je comprends cette fascination. Certains paysages suscitent d’emblée l’inspiration, comme si leur beauté naturelle, en nous ravissant, nous investissait immédiatement d’une mission de partage poétique…
Bien amicalement,
Odile

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