LA CLEF DES CHAMPS : Une esthétique de l’éclat

In: Les Coups de coeur Les notes de lecture d'Odile

On: 18 mai 2019

POÉSIE

La Clef des champs

Philippe Rivaud

Paru en février 2019 aux éditions Le Cormier, 114 pages

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Philippe Rivaud, La Clef des champs © Éditions Le Cormier, 2019

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SI VOUS AIMEZ la profondeur secrète des légendes amoureuses, si vous aimez le beau et le sensible, si vous aimez  la poésie pourvu qu’elle soit  novatrice, alors vous aimerez sans doute La Clef des champs de Philippe Rivaud.

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Philippe Rivaud (Annecy, 1972)

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EN EXERGUE DU RECUEIL

Entre ces deux aubes, entre cette fraîcheur de fontaine assez pure pour que l’oiseau qui nous est intérieur puisse passer à jamais toute porte, et ce rougeoiement de braise qui est plutôt sur des lèvres entrouvertes le dernier feu d’une nuit sans retenue et sans promesse, je crains de ne pouvoir choisir ; et de perdre ainsi, peut-être, comme Orphée, pour un regard trop longtemps retourné, la clef du grand jour.

Philippe Jaccottet

 

Quand tu seras par devant les doux rais 

De celle-là dont les beaux yeux voient tout, 

D’elle sauras le chemin de ta vie

Dante

 

L’AVIS DE LECTURES AU CŒUR

Œuvre ambitieuse qui propose une esthétique novatrice de l’éclat,  La Clef des champs de Philippe Rivaud, un recueil de poésie paru en février 2019 aux éditions Le Cormier, entrelace habilement autour de la notion de liberté la « légende amoureuse » d’un homme parti en quête de sa vérité propre et le projet artistique du poète qui bouscule les codes littéraires avec une audace assumée.

Composée de cinq mouvements qui retracent le déroulé chronologique d’une libération intime de l’être, La Clef des champs joue d’emblée la carte de la rupture, nécessaire à toute tentative de renouvellement. Fondement de l’œuvre, la première partie d’entrée de jeu fait éclater le sens et la forme :  esquissée par le pronom personnel « je », une figure d’homme, « ensorcelé longtemps », se défait d’un lien amoureux, atrocement puissant, qui le réduisait « aux franchises de poussière du rétiaire ». Parallèlement à l’éclatement du couple, le poète donne littéralement à voir une explosion du texte : la ligne vole en éclats. Sous l’effet de ce souffle destructeur, les mots se réorganisent en menus blocs qui sculptent la page, se jouent du silence, y dessinent tous les élans du cœur, les regrets et les atermoiements, les enthousiasmes et les hésitations de qui se sépare pour mieux se retrouver. Comme dans un tableau abstrait, l’émotion – épurée, décantée – s’accroche ici « à l’extrême pointe du simple mot ».

Après cette phase d’exposition, les trois mouvements centraux se développent dans la lumière autour du motif de l’ aile/elle pour relater la naissance d’un nouvel amour. Déjà dans un précédent recueil – Le bois l’allumette (2015) – , Philippe Rivaud avait fait de l’oiseau et de son aile un symbole de plénitude et de liberté, qui soulignait, comme un discret rappel des « ailes » de Brancusi ou des « oiseaux » de Braque, l’appétence de l’homme pour la beauté du ciel et les hauteurs. Dans La Clef des champs, le poète va plus loin ; en jouant sur l’homonymie du substantif « aile » et du pronom personnel « elle », il confère à la femme aimée le pouvoir de transfigurer le couple pour en faire un espace de plénitude et de liberté partagées.  Le cinquième et dernier mouvement peut alors conclure cette quête de bonheur sur une note apaisée.

Texte sensible et musical,  La Clef des champs rend aux mots leur puissance d’enchantement. Délestés des contraintes qui les enchâssaient dans le cours de la phrase, ils résonnent sur la page blanche comme une prière s’élève dans le silence vertigineux des cathédrales. Poésie tendre et exigeante, discrètement lyrique, le recueil de Philippe Rivaud s’inscrit avec bonheur dans une démarche expérimentale qui renouvelle le genre. Une écriture à découvrir.

Odile d’Harnois

  

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Photographie © Odile d'Harnois

Photographie © Odile d’Harnois

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Pour en savoir plus


 

❖ Une biographie

Philippe Rivaud est né en 1972 à Annecy (France). Docteur en science politique, ses premiers contacts avec l’écriture l’ont porté à la chronique littéraire (1996-2001). Très influencé par l’épure poétique de Pierre Reverdy notamment. L’Heure blanche est son premier recueil de poésie.

Source : Espace Livres & Création

❖ Autres ouvrages présentés sur Lectures au Coeur 

Le bois l’allumette, Philippe Rivaud © Éditions , 2015

➽ cf l’article d’Odile d’Harnois : Le bois l’allumette : Philippe Rivaud sculpte le silence

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