LA CHUTE DE LA GRANDE ROUE : Le poème comme une bulle de beauté

In: Les Coups de coeur Notes de lecture

On: 8 novembre 2017

.

Poésie

Werner Lambersy

Paru en juin 2017 aux éditions du Castor Astral, Collection Poésie, 160 pages

Dessin de couverture : Jean-Marie Pouchin

 

*

La chute de la grande roue de Werner Lambersy

Werner Lambersy, La Chute de la grande roue © Éditions du Castor Astral, 2017

*

.

.

.

SI VOUS AIMEZ les grandes roues, les ciels clairs et les promesses secrètes de l’horizon, si vous aimez la terre où s’ancre chacun de nos pas, l’humilité du quotidien et les bonheurs éphémères de la vie, si vous aimez les chants mélancoliques et la poésie pourvu qu’elle soit empreinte de tendresse, alors vous aimerez sans doute La Chute de la grande roue de Werner Lambersy.

 

.

.

.

.

*

Photo_Werner-Lambersy

Photo : Werner Lambersy

Images may be subject to copyright

*

.

.

.

.

LE RÉSUMÉ

Arrivé tard, pour presque aussitôt disparaître, l’être humain se retrouve devant le tricot quantique et la pelote des planètes, comme son ancêtre lointain sur le seuil de sa grotte, à contempler la chute de la Grande Roue du firmament nocturne … Et l’on en revient, de la même façon, à l’enfant que l’on est resté, lorsqu’on se rassemblait autour du grand fournil.

La Grande Aventure est là, dans le poème près des choses et des gens, car nous n’aurons rien d’autre à absorber pendant l’épopée obscure de la matière de l’âme et de l’instant lumineux de l’amour.

Source : Éditions du Castor Astral

.

.

L’AVIS DE LECTURES AU COEUR

« La grande roue est tombée ». C’est sur ces mots, tranchants comme le réel, que s’ouvre le recueil de poésie de Werner Lambersy. Le constat est sans appel et la chute irréversible. Le symbole de l’enfance  glorieuse qui se grisait d’espace, d’azur et de vertige gît, défait, sur le sol. La grande roue n’est plus ce passage extraordinaire qui servait de lien entre la terre et le ciel, qui ouvrait sur l’horizon, qui libérait l’avenir et tous ses possibles et qui, source de joyeux effroi, donnait brusquement des ailes. Métaphore du temps qui passe, la roue a tourné et l’enfance s’est évanouie, à jamais perdue. De ce temps de fête, où l’être s’enivrait de rêve et s’émerveillait « du vent qui soufflait / là-haut » et « du tremblement des / vitres quand on n’est / que deux à se tenir », le poète a conservé l’amour du « bel étonnement ». Car si la chute de la grande roue signe l’entrée dans un âge nouveau où l’avenir se contracte, elle marque aussi pour le poète l’amorce d’un travail d’écriture où l’oeil cherche, à terre, au milieu des débris dorés de la mémoire, tout ce qui dans le quotidien et la banalité de la vie résiste à la brûlure du temps pour laisser éclater quelque « bulle de beauté » et prolonger ainsi le désir enfantin de s’émerveiller.

Recueil publié aux éditions du Castor Astral en juin 2017, La Chute de la grande roue s’organise ainsi autour d’une traque minutieuse du beau. Parce qu’il défend l’idée que « l’absence de beauté conduit / à la haine », Werner Lambersy s’attache dans chacun de ses poèmes à réenchanter le monde de tous les jours. Celui qu’on traverse le matin en marchant dans « la crotte sage d’un chien », celui des « poubelles pleines [et des ] sapins morts » au lendemain de Noël, celui de la crise et du chômage, de la grève où l’on brûle « de gros / pneus de tracteurs comme des / feux de Sioux », celui des transports en commun, des bus, du TGV, des autoroutes et de leurs péages, celui des photos numériques qu’on fait à la butte Montmartre en prenant « le lent funiculaire des / mots tendres / qu’on dit en marchant », un monde si terre à terre qu’on en oublierait presque de le regarder, mais un monde qui touche, qui désespère, qui émeut et qui fait sourire. À la manière d’un Robert Doisneau, Werner Lambersy contemple ce qui l’entoure avec une précision de photographe et une tendresse d’humaniste. En quelques mots, il dessine un paysage, plante un décor, esquisse un portrait. Il compose des scènes de la vie ordinaire, où il suffit d’une seule étincelle de beauté, fulgurante et subversive, pour déchirer la grisaille ambiante : un papillon qui se pose sur le toit de l’auto, « un vieil arrosoir qui rouille les yeux », un visage qui s’éclaire dans la foule. 

Enfin, en privilégiant un vers court, toujours en déséquilibre, le poète confère au texte, volontiers mélancolique, une forme de fragilité qui vient conforter l’idée que chaque poème se développe comme une bulle, un écrin fragile où abriter des fragments réenchantés du monde. Quant à l’alternance, constante et désordonnée, de vers pairs et impairs, elle entretient une impression d’écriture sur le fil, prête à basculer, comme une chanson qui s’éteint. Récompensé par le Prix « Gauchez-Philippot », La Chute de la grande roue est un recueil à lire, et à relire, pour se réconcilier avec le quotidien. 

O.d’Harnois

 

 

 

 

 

—————

Pour en savoir plus

.

.

❖ Werner Lambersy

est né à Anvers en 1941. Issu d’un milieu néerlandophone, il a choisi d’écrire en français et vit à Paris. Auteur d’une soixantaine d’ouvrages, traduit en plus de vingt langues, il est notamment l’auteur d’une anthologie personnelle, L’éternité est un battement de cils ( Actes Sud ) et de La Perte du temps ( Le Castor Astral ), prix Théophile Gautier et prix Stéphane Mallarmé.

Source : Éditions du Castor Astral

.

.

❖ Le Prix « Gauchez-Philippot » a été attribué à Werner Lambersy pour son recueil de poèmes La Chute de la grande roueCastor Astral, 2017. 

Décerné par la Ville de Chimay, le Prix Gauchez-Philippot récompense alternativement un recueil de poèmes et un roman ou recueil de nouvelles d’un auteur belge de langue française.

Werner Lambersy est l’auteur d’une œuvre abondante, essentiellement poétique, couronnée par de nombreux prix, dont le Prix triennal de poésie 1981 pour Maîtres et maisons de thé, le Prix Mallarmé 2015 pour La Perte du temps  ou encore le Prix Théophile Gautier de l’Académie française, Médaille de bronze, 2016 pour La Perte du temps.

.

.

 Dans le ciseau du souffle : un portrait de Werner Lambersy⎢Un film de Christophe Derouet on Vimeo

.

.

.

1 comments

Répondre Guy Allix
9 novembre 2017

Merci Odile pour ce très beau partage.
Werner est des plus vrais poètes de ce temps.

Leave A Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :