GENS DE GUERRE : Comment écrire l’agonie

In: Ses notes de lecture

On: 23 janvier 2017

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Poésie

Patrick Wateau

Paru en janvier 2017 aux éditions Obsidiane, Collection Les Solitudes, 74 pages

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Patrick Wateau, Gens de guerre © Éditions Obsidiane, 2017

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SI VOUS AIMEZ la poésie quand elle cherche à rendre compte des limites de l’humanité, si vous aimez les textes inventifs qui tordent le cou au sens pour explorer l’impensable, si vous aimez les écritures tendues, ramassées et brûlantes comme la guerre, alors vous aimerez sans doute Gens de guerre de Patrick Wateau.

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Photo : Patrick Wateau

Images may be subject to copyright

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LE RÉSUMÉ

« On ne connaît que la fin de soi à soi, mais la connaît-on vraiment ? Et ce qui est intelligible à notre pensée l’est-il à proportion de ce qu’il y a d’exprimable dans le langage ? Gens de guerre interroge avec sa condition d’énigme. Placés intérieurement au for extérieur, ses poèmes attendent dans la bestiole. C’est la bestiole qui attend. Elle attend une parole ni vraiment intérieure, ni vraiment extérieure, mais aussi bien l’une que l’autre. Par là ni l’une ni l’autre, seulement inconnue».

Source : Patrick Wateau

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR    ♥️♥️♥️

Dans un court recueil intitulé Gens de guerre, le poète Patrick Wateau interroge la condition humaine en se penchant sur le moment charnière de l’agonie qui vient clore chacune de nos existences. Comment mettre en mots cette étape de résistance ultime contre les forces irréductibles de la mort ? Comment traduire cette coulée de l’être dans le vide ? La conscience qui s’efface, la parole qui se tarit, le corps qui retourne à la matière ? Dans un texte qui s’articule comme un triptyque autour de cette incontournable bataille – rappelons-nous que le mot « agonie » vient du grec agônia, lutte, angoisse -, Patrick Wateau laisse à entendre que nous sommes tous, de par notre seule appartenance au genre humain, « gens de guerre » et qu’à ce titre,  le corps, « le corps empire » qui donnait son épaisseur à la vie, devient le théâtre d’un affrontement sans merci, d’où il finit nécessairement par sortir vaincu. Pour traduire cette expérience limite, le poète invente un langage qui puise sa force au-delà du sens. Les images disloquées s’enchevêtrent, fusionnent, se répandent en un magma verbal qui cherche à restituer le chaos biologique à l’oeuvre dans un corps qui se meurt. Les vers sont brefs, le rythme haletant, les silences chargés d’angoisse. Symbolisée par les yeux, la conscience bascule, glisse comme happée par l’abîme.  Mais jusqu’au bout, la quête de sens se poursuit. Le temps se déploie-t-il sur un axe linéaire ou en boucle ? Le passage à la chair animale, à la « viande », au « boyal » avant le retour à la poussière signe l’entrée de l’être dans le grand cycle de la vie. Comment dès lors penser l’existence face à cette incessante « ronde terrienne » ? Plus lyrique que les deux pièces, abstraites, qui l’encadrent, le poème central de Gens de guerre épingle alors le caractère scandaleux de la fugacité intrinsèque de la vie. Écartelés entre le désir de durer et la peur de disparaître, les vivants résistent comme ils peuvent à l’angoisse qui les étreint. Quant au poète, « avec les morts dans le plancher [il] écrit le mal à mot jusqu’à la vide idée du vide ». Mais sous les mots qui retracent le « vieux fil de mémoire », qui témoignent pour la longue liste des disparus, des « effacés », transparaît aussi une part de miracle. Car « tant que dure une vie toute limite sait l’infini ». Oeuvre puissante et dense au style ramassé, Gens de guerre tranche dans le vif, court droit à l’essentiel et rend au langage tout le poids des questions de vie et de mort dont on n’a pas la clef. À découvrir.

O.d’Harnois

 

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Pour en savoir plus

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❖ Patrick Wateau 

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né en 1959, est peintre écrivain. Le prix Antonin Artaud lui a été décerné pour l’ensemble de son œuvre poétique. Peintre depuis 2004, il tente de traverser les signes personnels d’incandescence, avec quoi l’énigme n’en a jamais fini.

Source : Patrick Wateau, peintre écrivain

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❖ Le site de la maison d’édition : Obsidiane

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❖ Le site de l’auteur : Patrick Wateau, peintre écrivain

2 comments

Répondre Manache
24 janvier 2017

Merci

Répondre lecturesaucoeur
24 janvier 2017

🙂

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