FUGITIVES : Alice Munro sonde les coeurs avec un impitoyable talent

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 22 décembre 2013

 

Nouvelles

 Alice Munro

Prix Nobel de Littérature 2013

Paru en 2009 aux Editions Points, Collection Points Poésie, 384 pages

Titre original : Runaway

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Alice Munro, Fugitives © Editions Point, Collection Points Poésie, 2009

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SI VOUS AIMEZ les nouvelles, les histoires ancrées dans le quotidien, l’opacité tremblante de l’être et le mystère qui l’anime, si vous aimez les récits habilement composés et les écritures sobres, efficaces et précises, alors vous aimerez sans doute Fugitives, un recueil de nouvelles d’Alice Munro.

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Photo : Alice Munro 

Images may be subject to copyright

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RÉSUMÉ

Elles fuguent. S’échappent. S’en vont voir ailleurs. Elles : des femmes comme les autres. Par usure ou par hasard, un beau matin, elles quittent le domicile familial ou conjugal, sans se retourner. En huit nouvelles, Alice Munro met en scène ces vies bouleversées. Avec légèreté, avec férocité, elle traque les marques laissées par le temps et les occasions perdues.

Source : Editions Points

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR    

En huit nouvelles, elle sonde le coeur des femmes autour de leur désir de fuite. L’oeil est vif, la plume est impitoyable. Alice Munro, écrivain canadien de langue anglaise, a le talent obstiné. Son genre, c’est le récit, court, poli, étincelant et dur comme un diamant. Depuis le début, elle a choisi la nouvelle comme cadre littéraire à son observation du monde. Car cette vieille dame au regard pétillant, qui vient tout juste d’être récompensée du prestigieux prix Nobel de littérature, a le don de plonger au coeur de l’être. Les gens, elle les comprend et les femmes, elle les connaît par coeur. Carla, Juliet, Lauren, Nancy, Penelope, Robin sont autant de déclinaisons subtiles de l’âme féminine. Entre elles, des liens ténus se tissent au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture du recueil. Tenaillées par la même ambivalence, elles rêvent de fuite et de nouveaux départs, mais engluées dans le quotidien, elles ont du mal à se construire un avenir. Elles essaient toutes de s’en aller, d’échapper à ce qui les ronge, de coller au plus près de leurs aspirations. Certaines vont plus loin que d’autres. Carla prend un bus, Penelope disparaît sans laisser d’adresse, Sara se laisse mourir. La plupart composent avec la réalité et la complexité de leurs sentiments. Lauren, 11 ans, comprend très vite « que la seule chose à faire [est] de prendre son mal en patience », qu’elle est encore trop jeune pour tenter l’aventure, mais qu’un jour viendra, où le démon de la fugue la convaincra de franchir le cap, cette espèce de point de non-retour, où le coeur se noie dans l’élan. Car ce que l’auteur canadienne réussit à capter en virtuose de l’écriture, ce sont ces instants éphémères, fragiles, lourds de conséquences, où soudain tout bascule, où les limites s’abolissent, les interdits s’effondrent, les digues une à une sont balayées par la violence insoupçonnable de l’élan. Intime, vital. Cette force intérieure qui rapproche ou qui éloigne les êtres, quand il s’agit soudain de survivre et que le sentiment s’épuise dans le nécessaire besoin d’échapper à ce qui tue. Il y a celles qui partent et celles qui restent. Mais les noeuds qui encombrent leurs coeurs ont la même puissance dévastatrice et les tableaux qu’Alice Munro nous en donne ont la même intense gravité. Avec tendresse mais sans pitié, l’écrivain fouille dans le secret des coeurs, n’hésite pas à mettre noir sur blanc les bonnes et les mauvaises raisons, à exhiber le trivial, l’incongru, ou l’impudique. Toutes ses héroïnes « pourraient faire autre chose ». « [Elles] pourraient avoir une autre vie. » Mais Alice Munro en a décidé autrement. Elle bâtit des univers clos qui s’apparentent à de terribles pièges, où selon son tempérament, chacune de ces fugitives en puissance n’aura d’autre alternative que de s’enferrer dans la résignation ou de s’en extirper de manière aussi définitive que radicale. Cependant, derrière ces portraits de femme, ne nous y trompons pas, ce sont autant de figures d’hommes qui surgissent ici ou là et qui impriment durablement leur marque sur le cours de chacune de ces destinées féminines. A découvrir sans attendre.

Odile d’Harnois

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Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur

Photo à la une de l’article : Alice Munro

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4 comments

Répondre UN FILM, UN UNIVERS : Julieta – Lectures au coeur
30 mai 2016

[…] – Hasard, Bientôt, Silence -, tous trois tirés du recueil de nouvelles de la Canadienne Alice Munro : Fugitives. À partir de ces trois textes condensés pour ne plus faire qu’une seule histoire, le cinéaste […]

Répondre culturieuse
23 décembre 2013

Tellement aimé que je viens d’acheter « Secrets de polichinelle ».

Répondre Lectures au Coeur
23 décembre 2013

🙂

Répondre Polina
22 décembre 2013

Encore une lecture qui me fait diaboliquement envie !

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