ETRE UN ÉCRIVAIN – La Vie poétique, 4 : Récit autobiographique d’une difficile naissance en littérature

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 27 août 2015

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Récit autobiographique

Jean Rouaud

Paru en mars 2015 aux éditions Grasset, 352 pages

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Jean Rouaud, Etre un écrivain © Editions Grasset, 2015

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SI VOUS AIMEZ les récits autobiographiques, si vous aimez la pluie, la Loire Inférieure et les années soixante-dix, si vous aimez les styles empreints d’une forte personnalité et les textes qui réfléchissent sur la naissance des vocations littéraires,  alors vous aimerez sans doute Etre un écrivain, quatrième volume de La Vie poétique, de Jean Rouaud.

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Photo : Jean Rouaud

Images may be subject to copyright

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RÉSUMÉ

« Le jeune narrateur de la Recherche du temps perdu résume assez bien la situation : “Puisque je voulais un jour être un écrivain, il était temps de savoir ce que je comptais écrire.” Ce qui semble tomber sous le sens. Mais quand l’époque assimile le Texte à la Révolution et le Roman à la Réaction, la question ne devient plus quoi écrire, mais comment. Et là, après avoir retourné en vain la phrase dans tous les sens comme “Belle Marquise vos beaux yeux d’amour mourir me font”,  mieux vaut jouer mal du violon folk et s’intéresser au Guignolo de Saint-Lazzo. Quand se présente l’opportunité d’écrire un billet d’humeur dans un quotidien régional, c’est le moment de prendre conscience que le réel existe bel et bien, et qu’il serait temps de s’y confronter. Et pas seulement par l’écriture. Quoi faire de sa vie mérite aussi qu’on se pose la question. »

Source : Jean Rouaud

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR             

Depuis la parution de son premier roman, Les Champs d’honneur (Prix Goncourt 1990), Jean Rouaud poursuit sans trêve le même travail d’exploration intime et familiale. Son dernier texte en date, Être un écrivain, n’échappe pas à la règle secrète qu’il semble ainsi s’être imposée et qui préside à l’écriture de chaque nouvel opus. Quatrième volet d’une Vie poétique qui évoque ses difficultés à embrasser la carrière littéraire de ses rêves, Être un écrivain cherche à démonter les rouages, y compris les plus humbles ou les plus secrets, les mécanismes obscurs, inconscients parfois, qui l’ont conduit avec une impérieuse évidence à devenir l’auteur et l’homme qu’il est aujourd’hui. Dans un texte toujours soucieux de précision et de vérité, Jean Rouaud creuse la mémoire pour remonter le fil du temps et retrouver les souvenirs, même anecdotiques, qui sauront susciter en lui comme une résurrection intense et spontanée du passé, seule capable de lui apporter les réponses qu’il espère. Car l’écrivain, en quête de sens, n’en finit pas de s’émerveiller d’une aventure littéraire qu’il n’avait de prime abord aucune raison logique de vivre. Tellement d’obstacles s’étaient dressés sur sa route avant qu’il ne publie Les Champs d’honneur ! Natif d’une commune rurale de la Loire Inférieure, fils de petits commerçants, le jeune Jean, armé d’une seule maîtrise de Lettres, n’avait pour unique atout que la force de son désir. Alors que l’époque elle-même paraissait vouloir le dissuader d’écrire en prônant sous l’impulsion du structuralisme et de son chef de file, Roland Barthes, la mort du roman et l’obsolescence du style, il s’obstine pourtant, expérimente sans succès la chanson et la nouvelle, joue finalement les chroniqueurs dans un journal local. Mais leitmotiv de longues années d’apprentissage solitaire de l’écriture, la certitude, chevillée au corps, de devenir écrivain ne l’abandonne jamais et le pousse après un licenciement expéditif à monter à Paris dans l’espoir d’y faire publier un premier roman. Vocation littéraire, coup de chance ou destinée écrite à l’avance dans les pages plombées par le malheur de l’histoire familiale, l’aventure est suffisamment singulière pour interpeller celui qui en est à la fois le héros et le rapporteur. Malgré des prises de position personnelles et parfois contestables (critique littéraire, histoire, politique…), Être écrivain se lit avec plaisir. Ecrit dans un style à la forte personnalité qui affiche sans embarras un goût prononcé pour la digression, ce quatrième volume de La Vie poétique est un beau texte, dont la lecture est à recommander à tous les écrivains en puissance.

Odile d’Harnois

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Nota bene : toutes les photographies sont soumises au droit d’auteur – Photo à la une de l’article : Jean Rouaud – Images may be subject to copyright

 

4 comments

Répondre Elisa
28 août 2015

Toujours intéressant de lire ces témoignages de parcours où naissent des vocations, où se prennent des positions, où changent les directions… Merci pour ce billet qui donne envie 🙂

Répondre Lectures au Coeur
30 août 2015

Merci et bon courage pour ce « roman qui bouillonne » ! 😉

Répondre domicano
27 août 2015

Merci Odile pour cet excellent article qui me donne envie de connaitre cet auteur. J’aime beaucoup ce thème du rapport à l’écriture.

Répondre Lectures au Coeur
28 août 2015

Très heureuse que cet article vous ait plu.
Très belle journée à vous Dominique !

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