ENTRE CIEL ET TERRE : Éblouissant d’humanité

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 21 août 2016

 

Roman

Jón Kalman Stefánsson

Paru en 2011 aux éditions Gallimard, Collection Folio Poche, 272 pages

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Jón Kalman Stefánsson, Entre ciel et terre © Éditions Gallimard, Collection Folio Poche, 2011

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SI VOUS AIMEZ l’Islande, la mer, les livres et la pêche, si vous aimez les paysages grandioses et l’affrontement constant de l’homme et de la nature, si vous aimez les romans d’initiation graves et mélancoliques, alors vous aimerez sans doute Entre ciel et terre de Jón Kalman Stefánsson.

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Photo : Jon Kalman Stefansson
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RÉSUMÉ

Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts. 

Source : Éditions Gallimard

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR  

Traduit de l’islandais par Eric Boury, Entre ciel et terre a été le premier roman de Jón Kalman Stefánsson à paraître en France au printemps 2010. L’auteur, né à Reykjavík en 1963, figure parmi les écrivains les plus réputés de son pays. Il nous offre avec ce récit de pêcheurs d’Islande au dix-neuvième siècle une oeuvre magistrale, éblouissante d’humanité.

Pour Stefánsson, la littérature est dotée de forces aussi puissantes que celles de la nature. Comme la montagne ou comme la mer, les mots aussi ont le terrible pouvoir de tuer. C’est la cruelle expérience que le jeune héros de ce roman doit endurer à la mort de son meilleur ami. Alors qu’une même et dévorante passion des livres lie les deux hommes dans un univers de pêcheurs, où tous deux passent pour des originaux, Bárdur, distrait par la lecture du Paradis perdu de Milton, oublie d’emporter sa vareuse en partant en mer. Il meurt de froid dans la tempête. Accablé de chagrin, le jeune survivant devra alors décider s’il veut continuer à vivre ou s’il préfère mourir.

Scindé en deux parties égales, où le récit plonge d’abord le garçon dans la douleur et le deuil avant de lui offrir l’opportunité de renaître à la vie, Entre ciel et terre entraîne le lecteur dans les paysages hostiles d’une Islande vécue comme le lieu d’un affrontement sans merci entre des forces universelles de vie et de mort. Coincé entre la montagne et la mer, entre le froid et les tempêtes, l’homme tire sa grandeur de sa lutte permanente pour survivre. Mais, malmené par la vie depuis son plus jeune âge, le jeune héros aspire à une compréhension du monde qui dépasse le combat quotidien des pêcheurs contre les éléments naturels. La littérature, pense-t-il, est seule en mesure de lui apporter ce qui lui manque. Cet amour presque viscéral que l’adolescent voue aux mots lui permet de croiser d’autres marginaux, également passionnés de lecture, qui lui donneront le courage de poursuivre son chemin. En dépit de la douleur. Car en vérité, si les mots tuent quelquefois, ils ont aussi le pouvoir de sauver.

Bouleversant d’humanité, le roman de Jón Kalman Stefánsson nous happe dans un tourbillon constant d’émotions fortes. Dans ce récit d’initiation, le lecteur s’attache littéralement aux pas du héros. Il le suit non seulement dans ses pérégrinations, mais aussi dans les méandres plus intimes de son questionnement métaphysique. Et ce faisant, il est amené à réfléchir, presque malgré lui, sur ce qui fait la part d’essentiel de son existence. Au fil du texte, il arrive que le lecteur, captivé, emporté par la force d’envoûtement du récit, par sa poésie grave et mélancolique, réalise qu’il pourrait bien, comme Bárdur, à l’heure de partir au bureau, oublier lui aussi sa vareuse.

Oeuvre sensible s’il en est, le roman de Stefánsson ne saurait laisser personne indifférent. Entre ciel et terre est en effet l’un de ces textes, rares, qui  offre comme un surcroît de vie et donne l’impression vive d’accueillir toute la beauté du monde.

Odile d’Harnois

2 comments

Répondre Caroline D
21 août 2016

Je note en grosses lettres sur ma liste… Cette chronique, Odile, me donne très envie de courir me le procurer. Et sans même l’avoir lu, j’ai déjà envie de le prêter à quelqu’un.
Merci.

Répondre lecturesaucoeur
22 août 2016

ENTRE CIEL ET TERRE fait partie de ces lectures vivifiantes, dont on se souvient. Merci de votre intérêt, Caroline et très belle semaine … peut-être sous le signe de la lecture …

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