EN MER EN VERS : Paraphrase et quête d’intensité

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 30 septembre 2016

 

 

Poésie expérimentale

Sylvie Nève

Paru en juin 2016 aux éditions Les Contemporains favoris, Collection Oeuvres complètes, 152 pages

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Sylvie Nève, En mer En vers © Éditions Les Contemporains favoris, 2016

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SI VOUS AIMEZ la mer, ses tempêtes, ses abîmes, si vous aimez la poésie pourvu que pareille à la mer, elle s’offre à vous,  « inouïe démesurée », «cyclopéenne», si vous aimez les écritures qui recyclent des textes plus anciens, alors vous aimerez sans doute En mer En vers de Sylvie Nève.

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Photo : Sylvie Nève

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LE RÉSUMÉ

 « Après les deux sœurs de Barbe bleue : Anne et la jeune épouse, il me fallait croiser deux frères : Caïn et Abel, peut-être, un jour… Une invitation à donner lecture dans une saurisserie de Boulogne-sur-Mer me pousse vers Maupassant et ce « conte de la Bécasse » : En Mer, que je réécris et expanse, y trouvant tout ce que je désirais : deux frères, la Mer du Nord, prose au cordeau… 

    Un peu plus tard, une compagnie de théâtre lyonnaise, La Ruche, me demande de réécrire en vers Le Chancellor : réécrire Jules Vers-ne ! Gageure… Renouvelée, la demande se fit insistante : le roman, peu connu, inspiré du naufrage de la Méduse, est sombre… et nulle « expansion » en vue. Mais la nave va… et se fit, cette fois, conte impansé. 

   Enfin Rimbaud vint, ivre, et il me fallut, après son Dormeur, il y a bien longtemps, réécrire, expansé, son Bateau. »

Source : Éditions Les Contemporains favoris – Texte de Sylvie Nève

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR     

Écrire pour lire, et cri, et l’ire, écrire, à voix haute, à tue-tête, tirer à hue et à dia, le texte, le contexte, les mots, l’émotion et tendre, tendre le flux, le souffle jusqu’à plus soif, jusqu’à l’intense, extinction de voix, disparition probable de l’être et du verbe, un point, c’est tout. 

Dans un livre intitulé En mer En vers, Sylvie Nève revisite avec une vitalité toute moderne des textes écrits par trois grands écrivains du XIXe siècle : Guy de Maupassant, Jules Verne et Rimbaud. Au point de jonction de ces oeuvres qui appartiennent à trois genres littéraires différents – la nouvelle, le roman et la poésie – , la mer sert à chaque fois de catalyseur à la création littéraire. La poétesse française qui dès la fin des années 70, inventa le genre nouveau du «poème expansé» poursuit ainsi son oeuvre de réécriture de textes plus ou moins anciens, parfois tombés dans l’oubli. 

Pour nous transporter sur les eaux familières, enivrantes ou traîtresses des étendues marines, dans les vapeurs de soleil qui assèchent la peau, abrutissent l’esprit, étiolent le coeur, et nous jeter sans préavis au coeur des tempêtes qui broient le marin, au milieu de ces naufrages qui précipitent l’âme, comme les bateaux, au fond brutal des abîmes, Sylvie Nève joue de tous les procédés stylistiques d’amplification : répétition, liste, accumulation, énumération de verbes, de noms, d’adjectifs, jeu de mots, homophonie, calembour, néologisme. C’est qu’il s’agit pour la poétesse d’insuffler un nouvel élan au texte, de le revitaliser, de le repulper, de lui apporter un surcroît d’énergie pour en faire le vecteur extime d’émotions puissantes portées par l’urgence de vivre. Le poème expansé, toujours en vers, re-cycle alors le texte ancien, balaie les scories littéraires, les marqueurs du temps, ancre la mémoire de l’écrit dans un passé qui s’évanouit, chante la pulsion vitale de l’instant qui égratigne la page, qui agrippe le présent avec cette ferveur que seuls, les naufragés peut-être, sont en mesure d’imaginer. 

Reste que cette quête d’intensité qui s’écrit, se crie, se met en scène(s), qui se théâtralise, repose sur l’ambition équivoque de créer, mais aussi  de s’approprier d’autres faits d’écriture. Portée par un enthousiasme littéraire rageur, Sylvie Nève ravive ainsi dans une espèce de constante ambiguïté le genre de la paraphrase tombé en désuétude depuis le XVIIe siècle.

Et si le Bateau ivre de Rimbaud et le conte de Maupassant, étirés, amplifiés, expansés jusqu’au mal de mer, encadrent posément le roman de Jules Verne, réduit comme peau de chagrin à un texte plus court – ce que l’auteur appelle un impansé – , le livre de Sylvie Nève, En mer En vers, balance entre une admiration déférente continûment portée aux maîtres et un violent désir de s’en détacher. 

Tirer à hue et à dia, le texte, le contexte, les mots, l’émotion et tendre, tendre le flux, le souffle jusqu’à plus soif. Écrire jusqu’à l’intense, un point c’est tout.

O.d’Harnois

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Pour en savoir plus

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❖ Le site des maisons d’édition : Les Contemporains favoris

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❖ Le site de l’auteur : Sylvie Nève

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❖ Sur la paraphrase en tant que genre littéraire : Paraphrase et métatextualité

 

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