DÉNEIGER LE CIEL : André Bucher débusque les délicatesses du sentiment

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 5 février 2016

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André Bucher

Paru en 2007 et 2015 chez Sabine Wespieser éditeur, Collection SW Poche, 146 pages

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André Bucher, Déneiger le ciel © Sabine Wespieser éditeur, Collection SW Poche, 2015

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SI VOUS AIMEZ la neige, ses flocons de plume, ses silences et ses blancs, si vous aimez la montagne en hiver, le froid qui cingle et la lutte contre les éléments, si vous aimez les paysages intérieurs lorsqu’ils se fondent dans la glace et le givre des brouillards, alors vous aimerez sans doute Déneiger le ciel, le roman d’André Bucher.

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Photo André Bucher

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RÉSUMÉ

David a soixante ans et vit dans une ferme isolée, sur les hauteurs. Pour la première fois en vingt-six ans, il a décidé de ne pas déneiger la commune. Mais ce 23 décembre glacial, quand son vieil ami berger, puis celui qu’il nomme son « fils de rechange », l’appellent à l’aide, il n’y tient plus. Son tracteur est en panne, il part à pied. Commence alors une nuit hallucinée. Pour résister au froid et à l’ivresse de la neige omniprésente, David se grise de ses souvenirs, chante et danse. Dans cette veille au pays des ombres, là où la frontière entre ciel et terre a disparu, la nature déchaîne ses sentiments comme les éléments, convoquant les fantômes du passé et les ombres du présent. L’image de sa femme, tuée par un chauffard, celle de sa fille, venue lui annoncer son divorce, Muriel encore, qu’il voudrait savoir aimer, ou une mystérieuse disparue que charrie la rivière… mènent autour de lui un bal étrange.

Source : Sabine Wespieser Éditeur

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR             

Le blues, cela ne se commande pas. Cela s’invite sans prévenir au détour d’un hiver précoce ou d’une chanson de John Lee Hooker. Pour David, qui a l’habitude de la solitude et qui connaît les caprices de la montagne par coeur, il aura suffi d’une nuit, une seule et longue nuit de marche entêtée dans des congères encore fraîches, pour pelleter son chagrin, couche après couche, jusqu’à ce qu’enfin, l’horizon se dégage et que le ciel débarrassé de tous ses « lambeaux de brouillard », comme une « peau morte », s’épure enfin.

Car c’est à la confluence du rythme et du sentiment que s’écrit Déneiger le ciel, le roman d’André Bucher. En choisissant comme épigraphe une citation du bluesman américain Robert Johnson, l’écrivain place la quête de sens de son héros sous le signe de la musicalité. Depuis quarante ans qu’il vit dans la vallée du Jabron, le rythme de la marche qui s’ajuste sur celui du souffle, le romancier le connaît bien. Lancé, à pied, dans la tourmente gelée d’un « paysage lunaire, neige et brume confondues », son héros solitaire a les mots qui lui collent au corps et la mémoire du blues qui lui vrille le coeur. Dans le silence glacial de la nuit, « la poudreuse partout étalée » invite à l’épanchement, au murmure, au flux désordonné du souvenir. Les fragments de chanson s’enchaînent, bribes de mélodies, tessons dépolis d’un passé qui affleure, d’une douleur qui n’a pas fini de s’exprimer. Du groupe de rock Steppenwolf à Bob Dylan, les références musicales cherchent ainsi à combler le « vide absolu » d’un présent qui ne s’accepte pas et dont l’horreur paraît confortée par la neige et sa blancheur étale qui noie jusqu’au tracé des chemins. 

Mais la neige se veut aussi page blanche, où écrire une nouvelle histoire, ancrer un nouveau départ. Romancier des grands espaces, André Bucher amène le coeur de l’homme à entrer en résonance avec la nature. Quand l’hiver est si rude qu’il lui réinjecte « le sens de la survie », quand un enfant s’apprête à naître dans la nuit de Noël et qu’un vieil ami lui offre en gage d’affection son plus grand trésor, David sent monter en lui « toute une gamme de sentiments, toute une palette de sensations » qui sont déjà comme les signes annonciateurs d’un nouveau printemps.

Récit poétique, où l’écrivain débusque toutes les délicatesses du sentiment, Déneiger le ciel invente une langue sensible qu’il faut lire dans le secret d’une chambre, à l’écart du bruit du monde. Le jeu littéraire (musicalité de la phrase, métaphores filées, double sens concret/abstrait) sous-tend le lyrisme d’une oeuvre qui remet l’homme, à sa juste place, dans la nature. À découvrir avant la fin de l’hiver.

Odile d’Harnois

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 Pour en savoir plus


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 Sabine Wespieser Éditeur : Le site

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Blog de l’auteur : André Bucher, entre terre et ciel

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3 comments

Répondre Myopaname
29 février 2016

Incorrigible wordpress… qui ne me dit pas que mes mots ont eu une réponse 🙁
Mais une petite balade et je vous trouve !
Oui j’ai aimé ce tout petit livre, immense en descriptions et émotions à fleur de peau…
Merci pour vos mots … touchée de la perception que vous en avez.
Au plaisir, au détour d’un mot

Répondre Myopaname
16 février 2016

Un livre où la nature est un personnage à part entière avec une écriture sans fioritures, en toute simplicité chargée d’émotions ! J’ai aimé !

Répondre lecturesaucoeur
23 février 2016

Vous avez aimé le roman d’André Bucher, j’en suis très heureuse. Votre sensibilité qui affleure joliment dans vos articles s’accorde bien avec la délicatesse de « Déneiger le ciel » …
Merci pour votre commentaire que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire.
Très belle journée !

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