DE CIEL ET D’OMBRE : Poète jusqu’à la mort

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 15 janvier 2015

 

Poésie

Lionel Ray

Paru en septembre 2014 aux Editions Al Manar, 76 pages

Dessins de Julius Baltazar

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De ciel et d'ombre, Lionel Ray - Dessins de Julius Baltazar

Lionel Ray, De ciel et d’ombre © Editions Al Manar, 2014

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SI VOUS AIMEZ le silence quand il est riche de sens, si vous aimez les mouvements secrets de l’âme, l’ombre et le mystère de l’être, si vous aimez les « soleils noirs » de la mélancolie, alors vous aimerez sans doute De ciel et d’ombre de Lionel Ray.

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Photo : Lionel Ray. Images may be subject to copyright.

Photo : Lionel Ray.
Images may be subject to copyright.

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LE RÉSUMÉ

Lionel Ray a reçu de nombreux prix (Apollinaire, Artaud, Mallarmé, Supervielle, Kowalski, Guillevic, etc.) et pour l’ensemble de l’oeuvre, le prix Goncourt de poésie en 1995 et le grand prix de printemps de la Société des Gens de Lettres en 2001.

Il revisite dans De ciel et d’ombre quelques-uns de ses thèmes préférés, celui de l’identité fragile, insaisissable, sans cesse explorée, interrogée (qui suis-je ? qu’est-ce que je fais en ce monde, qui est cet autre que je suis et que je ne connais pas ?), celui du temps irréparable, de la mémoire et de l’oubli. Au seuil du grand âge, le poème plus que jamais est sa façon de prendre, d’un mot à l’autre, la mesure du temps qui passe, célébrant l’éclat du manque et du désastre. « C’est à une perception-limite entre la perte et la présence que la poésie nous invite. Je n’ai jamais voulu créer qu’un frémissement intelligible, dit-il encore. Cela ne peut se faire qu’avec une pointe d’énigme et d’émotion. »

Source : Editions Al Manar

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR      

Comme happé par la vieillesse et « [s]a spirale du sombre », Lionel Ray, dans son nouveau recueil, De ciel et d’ombre, illustré par Julius Baltazar, s’est mis en demeure de traquer « la lumière du noir ». Quand le temps s’étire et pointe, implacable, la fin de cet « étrange voyage » qu’est la vie, quand le corps déjà dit adieu et que l’éclat miellé du soleil, la joie qui lave et les fulgurances claires du bonheur surnagent à peine, emportés par l’oubli, le poète, lucide mais obstiné, poursuit dans le vaste champ des mots sa quête d’« azur parfait ». Car le « langage est horizon ». Face à la mort qui barre l’avenir, seuls les mots continuent d’ouvrir au poète de nouvelles perspectives. Seuls, ils peuvent encore approfondir l’exploration du monde et enrichir « ce parcours en [s]oi-même » qui résiste au désastre de l’âge et donne du prix à l’existence. Face au temps impitoyable, qui efface et qui gomme, l’écriture du poète devient alors comme un condensé de vie, où le poème s’apparente à une « chambre d’échos ». C’est là que dans un effort d’harmonie « le souffle mental du ciel intérieur » peut se lever afin de sauvegarder, grâce au prisme de la poésie et malgré l’émoi de la perte, quelques précieux lambeaux de souvenir.

Divisé en trois moments ( Viatique, Regards antérieurs, La lumière du noir ), De ciel et d’ombre retrace le cheminement sensible du poète jusqu’à une forme d’apaisement ultime et ce faisant, donne la part belle au silence. Il s’agit non seulement de transcrire « le frisson de vivre », mais aussi de capter, « comme du fond d’un puits », la musique secrète de l’être, ses accords mystérieux, ses dissonances essentielles. Et s’il met un point d’honneur à poursuivre sans trêve sa quête identitaire, Lionel Ray n’ignore pas que c’est d’abord dans ce mouvement perpétuel, dans ce questionnement ininterrompu que la poésie trouve sa source et sa raison d’être. Flux incessant « qui ne connaît ni la pause ni la victoire », le murmure intime, ce concert de voix intérieures, ranime sans fin le bonheur d’écrire et la joie d’exister.

Piqué par les blancs du silence qui ralentissent son rythme et lui confèrent un surcroît de gravité, le texte s’appuie sur un jeu constant d’ombre et de lumière. Autour du procédé littéraire de l’oxymore (alliance de mots contradictoires), Lionel Ray signe avec De ciel et d’ombre une manière de bilan personnel et poétique, où « [il] prend le risque de lier le masque à l’aveu ». Entre réserve et confidence, il dresse ainsi un tableau nostalgique de sa vie passée, où par délicats à-coups, il creuse le détail, l’atmosphère, la sensation, l’impalpable. Cette peinture à petits points, sous-tendue par la fougue du phrasé, s’accorde ainsi à l’élan artistique de Julius Baltazar, qui, entre calligraphie et peinture abstraite, poursuit lui aussi le frémissement incessant de la vie. Traversée lumineuse du temps sous les « soleils noirs » de la mélancolie, De ciel et d’ombre réconcilie avec majesté le beau et l’éphémère de la vie.

O.d’Harnois

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Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur – Photo à la une de l’article : Lionel Ray

Images may be subject to copyright

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Pour en savoir plus

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❖ Le site de Julius Baltazar : http://juliusbaltazar.com

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0 comments

Répondre Pierre Mendrac
3 février 2015

Lionel Ray est un grand poète, tout en subtilité, belle critique constructive de votre part, merci

Répondre Lectures au Coeur
4 février 2015

Merci à vous.

Répondre irene tetaz
16 janvier 2015

mes cafés du jour sont justement sur « pages d’ombres » de Lionel Ray…sourire…quel poète !!

Répondre irene tetaz
16 janvier 2015

..et du coup je viens de le commander…merci donc !!

Répondre Lectures au Coeur
16 janvier 2015

Bonne lecture et surtout, régalez-vous !!

Répondre Mélanie
30 janvier 2015

je m’en suis régalée… merci et bonne continuation, O! 🙂

Répondre Aquileana
15 janvier 2015

Merveilleux Billet!. Vraiment joli!. Merci beaucoup pour ce beau post.
Aquileana 😀

Répondre Lectures au Coeur
16 janvier 2015

Heureuse que cet article vous ait plu. Merci à vous.

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