CRUELLEMENT LÀ : La musique intime d’une âme

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 31 mars 2015

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Poésie

Friederike Mayröcker

Traduit de l’allemand (Autriche) par Lucie Taïeb

Titre original : ich sitze nur GRAUSAM da

Paru en novembre 2014 à l’Atelier de l’agneau, Collection Transfert, 124 pages

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Friedericke Mayröcker, Cruellement là © Atelier de l’agneau éditeur, Collection Transfert, 2014

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SI VOUS AIMEZ l’amour quand il est éternel, si vous aimez les textes qui explorent avec audace les tréfonds de l’âme, si vous aimez la poésie quand elle est expérimentalealors vous aimerez sans doute CRUELLEMENT là, le nouveau livre de Friederike Mayröcker.

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Photo Friederike Mayrocker Images may be subject to copyright

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LE RÉSUMÉ

Cette prose sensuelle habitée de puissantes visions se lit à la fois comme un « journal », dans la ligne de son livre « Brütt » et comme le récit d’un attachement irréductible à l’écriture, c’est-à-dire à la vie. Elle est traduite de l’allemand (Autriche) par Lucie Taïeb.

«il ne s’agit pas juste d’être 1 ÉCRIVAIN, dis-je à Ely, parce que j’écris avec l’âme, je m’use et me déchire, dis-je à Ely, éclaire les coins sombres du monde, avec mon âme, mon âme est 1 p. lampe de poche, mon âme est 1 p.animal.» F.M.

Friederike Mayröcker, née à Vienne en 1924 est une auteure majeure de la littérature contemporaine de langue allemande, reconnue et traduite dans de nombreux pays. Figure marquante, auprès d’Ernst Jandl, de « l’expérimentation viennoise », elle poursuit une oeuvre singulière, nourrie de ses lectures et notamment de son amour pour la littérature française (Genet, Ponge, Derrida…).

Lucie Taïeb a traduit pour l’Atelier de l’agneau une anthologie de textes d’Ernst Jandl : Groite et Dauche (2011). Elle enseigne et écrit.

Source : Atelier de l’agneau éditeur

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR    

Ecoutez-vous penser. Dans le silence attentif où brusquement vous vous figez, entendez-vous se lever le murmure, le flux obstiné, indomptable, incessant de votre pensée qui coule, roule, s’écoule, de l’aube jusqu’au soir, sans autre répit que l’absence du sommeil et du rêve ? C’est de ce mouvement irrépressible et continu de l’âme, dont il est question dans CRUELLEMENT là, le nouveau livre de Friederike Mayröcker. 

A plus de 90 ans, la plus grande poétesse autrichienne de sa génération se joue du temps dans un texte en prose, exigeant et lumineux, qui chante l’amour de la vie. Derrière le « je » de l’écrivain, une femme apparaît sur la page, immobile. Et tout de suite, sans transition, se dessine l’ébauche d’une réflexion  littéraire sur le titre de l’oeuvre, qui semble se construire en direct au fil de la lecture. Première phrase, premier partage, première idée rapportée à Ely, l’interlocuteur privilégié, l’être aimé, l’intime. L’homme est là, omniprésent dans l’écheveau de cette pensée qui s’écrit au fil des souvenirs et des sensations. Ses gestes, ses réponses, le feu de ses regards sont ancrés dans le passé. Il a disparu. Ne subsiste plus que l’amour de la narratrice et ce curieux soliloque qu’elle lui adresse par-delà la mort, avec passion, avec constance, elle qui « ne bouge absolument pas [et qui] reste assise cruellement là », présente, vivante, sensible à tout ce qui, malgré le chagrin de la séparation, l’entoure et l’émerveille encore.

L’empreinte des peintres et des compositeurs, les souvenirs d’enfance, les émotions qui s’y rattachent et les fleurs, les fleurs et leurs parfums nourrissent les élans lyriques de cette musique intime de l’âme. Page après page, dans le flou des images et des époques qui se superposent, Friederike Mayröcker esquisse les contours sensibles, inaltérables, cristallisés d’un coeur de femme. Elle fait exploser les bornes chronologiques du temps. Le passé, jamais, ne meurt vraiment. Il co-existe avec le présent qu’il sous-tend en permanence. L’éternité n’est pas loin et c’est le sensible qui la construit. Les premiers émois d’enfant, la tendresse maternelle, les champs de boutons d’or ne cessent jamais de déployer au tréfonds de l’âme tous leurs fastes secrets. Et tandis que les méfaits de l’âge malmènent le corps et le tirent vers l’oubli et la mort, l’âme, elle, n’en finit pas de murmurer. L’amour et le printemps semblent éternels et « l’instant d’un baiser le temps [se met] à fleurir ».

Difficile et exigeante, cette prose expérimentale qui cherche, en immergeant le lecteur dans le magma informe d’une pensée qui s’élabore, à capter ce qu’il y a de plus intime dans l’être, de plus déterminant, cette prose sensuelle qui s’appuie sur les traces mémorielles du ressenti n’omet rien de ce qu’il y a de précieux, larmes ou rires, dans l’émotion. CRUELLEMENT là est un texte à lire comme on écoute une symphonie de Bach.

O.d’Harnois

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Pour en savoir plus 

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 Le site de l’éditeur : Atelier de l’agneau éditeur

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D’autres articles critiques :

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1. Ritta BADDOURA : Friederike Mayröcker Flux indomptable – L’ORIENT LITTÉRAIRE

 

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Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur

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0 comments

Répondre ammon1945
31 mars 2015

Ta présentation est lumineuse,merci !

Répondre Lectures au Coeur
1 avril 2015

Ravie qu’elle vous plaise, merci à vous.

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