CLOUS : Un coeur crucifié

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 7 janvier 2017

♥️♥️♥️♥️

 

Poésie

Agota Kristof

Paru en octobre 2016 aux éditions ZOE, 200 pages

*

couverture_clous_agota_kristof

Agota Kristof, Clous © ZOE Éditions, 2016

*

SI VOUS AIMEZ le vent, l’automne et la mélancolie, si vous aimez la poésie pourvu qu’elle chante les déchirures secrètes de l’âme, si vous aimez les textes bilingues et les recueils qui cultivent une dimension internationale,  alors vous aimerez sans doute Clous d’Agota Kristof.

*

photo_agota_kristof

Photo : Agota Kristof (1935-2011)
© Yvonne Böhler

*

LE RÉSUMÉ

Après les trois romans de sa trilogie, Le Grand Cahier, La Preuve, Le Troisième mensonge, son dernier roman Hier, ses nouvelles C’est égal et son récit autobiographique L’Analphabète, nous pouvons lire aujourd’hui les poèmes d’Agota Kristof (1935-2011). Peu avant sa mort, elle les avait sortis de ses archives pour qu’ils soient édités.

Clous rassemblent les poèmes hongrois de jeunesse dont elle a intensément regretté la disparition au moment de quitter la Hongrie en 1956. Elle les a reconstitués de mémoire, en a ajouté de nouveaux, a choisi leur titre français mais ne les a pas traduits. Source d’inspiration de plusieurs proses, les poèmes sont restés inédits.

Ce livre bilingue constitue leur édition originale en hongrois et leur première traduction en français. Ils sont accompagnés de quelques poèmes écrits directement en français. On y retrouve le style tranchant d’Agota Kristof, ses thèmes, la perte, l’éloignement et la mort, mais aussi, largement déployés, la nature et l’amour.

Source : ZOE Éditions

L’AVIS DE LECTURES AU COEUR  ♥️♥️♥️♥️

Il arrive qu’on ne se remette jamais tout à fait de devoir un jour partir. Les poèmes de la Hongroise Agota Kristof publiés pour la première fois aux éditions Zoé en octobre 2016 témoignent de l’intensité d’un chagrin que seuls, les déracinés peuvent comprendre. Lorsqu’en 1956, Budapest est écrasée par les chars blindés des troupes soviétiques, la jeune femme s’enfuit à pied pour rejoindre l’Autriche avec son mari et leur bébé. Au terme de ce périple, ils s’installent en Suisse romande. Agota Kristof ne sait pas encore que cet exil sera définitif. Intitulé Clous, l’unique recueil poétique de sa carrière littéraire, peut-être son ouvrage le plus personnel, rassemble d’une part les poèmes hongrois de sa jeunesse qu’elle avait dû abandonner derrière elle dans sa fuite et qu’il lui fallut plus tard reconstituer de mémoire, et d’autre part une petite série de poèmes écrits directement en français. Empreinte de mélancolie, la poésie d’Agota Kristof évoque la déchirure irrémédiable d’un coeur crucifié, contraint à l’exil et qui se sent prisonnier d’une vie qu’il n’a pas choisie. Emblème de souffrance, les clous affichent ainsi la déroute intime de l’écrivain, son calvaire d’émigrante, une espèce de familiarité contrainte avec la mort (cf. Clous p.77).  Ode à la beauté grave des « aubes qui perdent leur sens », hommage aux « amis morts qui n’ont pas pu supporter l’éloignement », la poésie d’Agota Kristof chante l’automne et ces tristesses soudaines qui montent de chansons oubliées. « Sur des routes droites qui ne mènent nulle part », l’avenir se grippe, s’étiole, voué qu’il est à des désastres certains. Écriture des désillusions brutales, des espoirs brisés et des pans les plus mortifères d’un profond sentiment de résignation, Clous est cependant traversé de grandes bouffées de vent et de lyrisme, où la nature et les souvenirs de jeunesse ravivent au fil des pages un rêve inextinguible d’amour et de liberté. « J’ai le droit de m’appartenir » écrit Agota dans un ultime sursaut de résistance poétique, où les mots, s’ils ne peuvent ni la rendre à elle-même ni réécrire l’histoire, témoignent juste assez de sa souffrance pour justifier son parcours d’exilée et nourrir son entreprise littéraire. Exacerbé par de nombreuses ruptures de rythme ainsi que par l’usage privilégié de l’enjambement et du contre-rejet, le style d’Agota Kristof se démarque par une accroche visuelle et sensorielle étonnamment moderne. Un livre à ne surtout pas manquer en ces temps de troubles et de grandes migrations.

O.d’Harnois

ON AIME : le portrait d’Agota Kristof en couverture et la douceur de ses gris soulignés de rouge

 .

.

.

—————

Pour en savoir plus

.

❖  Agota Kristof (1935-2011) : Biographie et bibliographie sur le site culturel suisse culturactif.ch

.

❖ Le site des éditions ZOÉ : Éditions ZOÉ

.

❖ Samuel Jaberg : La presse suisse rend hommage à Agota Kristof   (www.swissinfo.ch – 28 juillet 2011)

.

❖ Sylvie Tanette : Agota Kristof, une Hongroise suisse dans la littérature française  (Programme France Culture – 26 novembre 2016)

.

❖ Film sur le soulèvement et les heurts du peuple hongrois en octobre 1956  : Hongrie, octobre 1956  (Vidéo Ina)

1 comments

Répondre Caroline D
9 janvier 2017

Je me souviens d’avoir beaucoup aimé la trilogie.
J’ai feuilleté ce livre l’autre jour, cette poésie d’elle. Et presque acheté. J’y poserai encore les yeux…
Merci Odile.

Leave A Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

[ + ]
%d blogueurs aiment cette page :