CINÉ-PLAGE : Impressions filmiques

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 29 janvier 2016

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Poésie

Étienne Faure

Paru en novembre 2015 aux éditions Champ Vallon, Collection Recueil, 136 pages

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Étienne Faure, Ciné-plage © Éditions Champ Vallon, Collection Recueil, 2015

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SI VOUS AIMEZ le cinéma, si vous aimez la musique des mots, quand ils cherchent à traduire les bouillonnements de l’âme, si vous aimez la poésie quand elle mime le souffle de la parole et l’emportement constant de la vie, alors vous aimerez sans doute Ciné-plage d’Étienne Faure.

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Photo Étienne Faure

 Images may be subject to copyright

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LE RÉSUMÉ

Ciné-plage renoue avec la forme en vers.
Ciné-plage, qui emprunte son titre à l’une des parties, se déroule en quatorze séquences. Il commence avec des lettres d’amour sur du papier (juste avant la dématérialisation des mots et des correspondances qui vont avec…) et se termine par un  seul texte qui vient clore le recueil  en forme de salut aux poètes, hommes et femmes parvenus jusqu’à nous par le fil de l’écrit, et qui nous lient comme autant de mailles et maillons, en une invitation à poursuivre : continuons.
Le film entre-temps chemine à travers les amours, la plage, les vies aux fenêtres, les souvenirs dits de l’enfance, l’immuable émotion d’automne puis de la sève qui reprend, contre le froid les rencontres humaines — rapprochements —, les lieux d’Europe et de mémoire, l’histoire encore, saluant Kafka, Venise et son théâtre, la langue perdue puis retrouvée sans cesse, vieux fil.

Source : Éditions Champ Vallon

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR                

Comme une arène blonde où se débattent les mots, la page délimite  la plage de temps allouée à chaque poème. Dans une succession de scènes visuelles, fortement marquées par le cinéma et qui se développent toutes en une seule phrase bornée par une majuscule   initiale et un point conclusif, Ciné-plage, le nouveau recueil du poète français Étienne Faure nous livre de la vie comme des impressions filmiques. 

Par-delà les allusions cinématographiques qui émaillent de loin en loin l’ouvrage – film, court-métrage, salle de projection, nouvelle vague … – et qui cherchent à créer comme une intimité naturelle entre la poésie et le septième art, l’écriture d’Étienne Faure se donne d’abord pour objectif de restituer dans le corps du texte le mouvement* et le souffle propres au cinéma. Chaque poème – chaque phrase – s’ouvre, se déroule, enfle, se gonfle, respire et se clôt autour   d’une courte scène, une image, une couleur : des petites filles sur des balançoires, « le souffle [du vent] dans le linge accroché », « l’automne, mains jaunies, forêt rouille ». Souple et musical, le texte chante le bonheur du poète à écrire, à transcrire tout ce qui de la vie subsiste au détour de l’émotion. La langue, ses tours de passe-passe, entre silence théâtral et emballement enthousiaste, joue la carte de l’émerveillement. Habile et facétieux, Étienne Faure glisse sur les plages dorées du souvenir, évoque non sans humour le cinéma d’autrefois, les films en noir et blanc, les années soixante, les premières amours, les vacances au bord de la mer. Le vers est libre, vivant, étonnamment remuant. Enjambements, rejets, contre-rejets, rimes intérieures – allitérations, assonances, consonances – donnent du relief à cette poésie mimétique du souffle de la parole, du flux de la langue et de l’emportement constant de la vie. 

Mais la légèreté sautillante du rythme, alimentée par un subtil jeu de discordances des vers impairs, s’étiole de loin en loin sous le coup de la mélancolie. Et tandis que peu à peu, de la douce nostalgie des lettres d’antan qu’on écrivait en « se jetant à corps perdu dans les mots » le texte glisse vers une tonalité plus sombre, une sourde détresse se fait jour sous les fanfaronnades. L’angoisse du temps qui passe, de la vieillesse qui s’installe, « le poids du verre » et l’irrésistible torture de l’alcool, le suicide comme « une idée à caresser » et la mort, l’absurde mort, qui rôde de l’oeuvre de Kafka aux paysages glacés de la Pologne confèrent une vraie gravité à ce film poétique qui voudrait circonscrire l’essence de la vie dans le seul écrin formel de la langue. Mais malgré les chagrins et les épreuves, l’auteur, « partie et maille, masculine, féminine, de l’ancestrale chaîne à chaque ligne prolongée mot à mot » revendique en guise de conclusion le droit imprescriptible à poursuivre son oeuvre tout en réaffirmant sa fierté d’appartenir à la grande famille des poètes. 

Poésie visuelle et musicale, qui polit l’impression comme la vague adoucit le dos des galets, Ciné-plage assume la modernité de l’époque et ne rougit pas de s’inspirer  du septième art. Une façon de rappeler que ni la langue ni la poésie ne sont figées, qu’elles sont amenées à évoluer avec leur temps et que le mouvement* ne cesse de les nourrir.

O.d’Harnois

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Nota bene :

* Le mot « cinéma » vient du grec ancien κίνημα, kinēma, qui signifie « mouvement ».

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 Pour en savoir plus 

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❖ Les éditions Champ Vallon : Le site

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4 comments

Répondre FAURE Etienne
12 février 2016

Un grand merci pour cette lecture si fine -et éclairante. Un beau travelling dans un blog magnifique (textes et photos!)Très cordialement à vous
EF

Répondre lecturesaucoeur
13 février 2016

Merci à vous d’avoir eu la grande gentillesse de passer sur Lectures au Coeur pour découvrir l’article. J’ai eu quant à moi beaucoup de plaisir à lire votre recueil et je me suis déjà promis de ne pas manquer vos prochaines publications.
Bien à vous,
Odile

Répondre Etienne Faure
12 octobre 2016

En écho à votre beau blog
Voici un entretien avec Tristan Hordé autour de ciné-plage (et des amis poètes…) sur remue.net
http://remue.net/spip.php?article8439

Bonne lecture si vous avez le temps
Cordialement
EF

lecturesaucoeur
13 octobre 2016

Merci à vous pour ce lien vers le site de remue.net littérature.
J’ai lu – je trouve presque toujours le temps 😉 – avec beaucoup d’intérêt cette interview menée avec précision par Tristan Hordé.
Un entretien qui intéressera tous les lecteurs qui désireraient en savoir plus sur la genèse et les intentions de Ciné-plage …

Bien cordialement,
Odile

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