CEUX QUI S’ELOIGNENT : La vie, la mort, la distance

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 12 décembre 2014

 

Poésie

Serge Meurant

Paru en juin 2014 aux Editions Le Cormier, 56 pages

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Serge Meurant, Ceux qui s’éloignent © Editions Le Cormier, 2014

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SI VOUS AIMEZ les zones grises, feutrées, à la lisière de la conscience, si vous aimez les flous de la mémoire, où vient s’amarrer la force des sentiments, si vous aimez la poésie quand elle s’enchâsse dans les blancs pudiques du silence, alors vous aimerez sans doute Ceux qui s’éloignent de Serge Meurant.

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Photo : Serge Meurant

Images may be subject to copyright

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LE RESUME

« Au cœur du livre, il y a l’expérience de l’auteur en salle de réveil — expérience passée au tamis d’une parole économe et précise, filtrée de toute anecdote pour mieux atteindre à l’essentiel. La « chambre d’éveil » est ce lieu où l’on revient à soi et où se confrontent le réel et les images dynamisées, dopées, du corps abîmé, de paysages anciens, d’ascensions dans le brouillard, entre veille et sommeil. (…) Ceux qui s’éloignent est une sorte de veille, un état second, où tous les sens sont convoqués, pour rappeler à soi ceux qui s’éloignent, comme les braises du souvenir raniment la présence. »

Source : Editions Le Cormier

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   

Court recueil publié en juin 2014 aux éditions Le Cormier, Ceux qui s’éloignent se construit autour d’une expérience personnelle de l’auteur en salle de réveil. Poète belge de langue française, Serge Meurant s’appuie sur sa perception de ces instants fugitifs pour fixer dans le corps de la poésie le mouvement de l’être qui se dissocie, qui se divise, qui pousse le « corps dépareillé » à « atteindre ce lieu de séparation » qui s’apparente à une agonie. Avec le recul de ceux qui savent tout ce qu’implique le détachement, le poète explore ainsi dans La chambre d’éveil le champ sensible de la distance. Il pointe le « corps animal », les sensations qui s’aiguisent, et la conscience exacerbée de soi qui invite à se détacher en douceur de l’enveloppe charnelle pour l’envisager de plus loin, de plus haut, comme un double, un ami, un étranger. Le retour à soi, le retour au « je » ne sont alors possibles qu’à travers le rêve qui souligne le désir vital d’abolir la distance en se raccrochant au réel. « L’apparition d’un navire sur la ligne d’horizon » peut suffire alors à mettre un terme à la division. La vie reprend son cours et le malade retrouve son unité.

Autour de cette expérience mimétique de l’agonie, où le poète se rassemble dans un amour décuplé de la vie, il y a les autres, ceux qui s’éloignent, et qui creusent la distance. Une fois que la mort les a emportés, les êtres aimés, les proches, disparaissent dans le lointain. Seul, leur visage, « hors d’atteinte entre lune et soleil », se fige encore dans la lumière sacrée du souvenir, resplendissant du « calme bonheur des disparus ». Mais sans le regard qui réchauffe, sans la main qui réconforte, sans le corps qui rapproche, les liens s’estompent et il ne reste bientôt plus que l’ombre secrète de quelques « joies à jamais mélangées ».

Nourrie de silence, la poésie de Serge Meurant travaille à rendre aux mots toute leur épaisseur. L’approche minimaliste du poète insuffle en effet au verbe une puissance nouvelle, une gravité qui sied à l’atmosphère de recueillement du texte. Les phrases courtes, presque toujours privées de ponctuation, comme en suspens, invitent sereinement à la méditation. Le mystère de la mort qui éloigne, l’espoir de rejoindre à l’autre bout de l’existence la même plénitude que celle que connaît l’enfant, à l’orée de la vie, dans la douceur fondatrice du ventre maternel, le vibrant et pudique hommage de la poésie au sentiment, à ces liens du coeur qui attachent et incitent à vivre, sont autant de thèmes qui s’entrecroisent avec délicatesse autour du motif récurrent de la lumière. Ceux qui s’éloignent est un recueil à découvrir dans un moment de précieuse solitude.

O.d’Harnois

Nota bene : toutes les photos sont soumises au droit d’auteur – Photo à la une de l’article : Serge Meurant

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Pour en savoir plus :

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❖ Le site de l’auteur : Serge Meurant, poète

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❖ Le site de l’éditeur : Éditions Le Cormier

2 comments

Répondre domeniconardozza
12 décembre 2014

very intresting! like Always! 🙂

Répondre Sylvie G
12 décembre 2014

Oui, en effet, on aime la presentation de ce poete.
Sylvie G
http://poesievisuelle.wrodpress.com

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