CEUX DE LA PLAINE : Une vision âpre et désespérée de la nature humaine

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 30 janvier 2015

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Nouvelles

Olivier Maison

Paru en janvier 2015 aux éditions Kero, 234 pages

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Olivier Maison, Ceux de la plaine © Editions Kero, 2015

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SI VOUS AIMEZ la plaine, les champs de blé et les bois, si vous aimez l’oeuvre de Guy de Maupassant et les textes qui se démarquent par la puissance de leur pessimismesi vous aimez les mots qui claquent et les écritures nourries de colère, alors vous aimerez sans doute Ceux de la plaine d’Olivier Maison.

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Photo : Olivier Maison

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RÉSUMÉ

« Avez-vous remarqué comme les granges sont belles et imposantes par ici ? Ils y mettent ce qu’ils ont de plus beau : leur argent ! Par chez nous, les femmes y déposent leur virginité et les hommes y mettent leur âme, dans les granges. Je vais vous dire : lorsque ces hommes couchent une femme dans un champ, ne croyez pas qu’ils se retirent de peur de les engrosser. Non, c’est une façon d’ensemencer la terre. Leur jouissance, c’est la terre, leurs terres et leurs bêtes, et seulement ça ! Rendre leur femme heureuse…mais c’est le cadet de leurs soucis ! »

Dans la plaine du Vaunard se croisent des personnages hauts en couleur, mais aussi taiseux, semblables à la campagne alentour, dure, contrastée, jalouse de ses secrets et de ses mystères. D’une plume sobre et magnifique, Olivier Maison nous offre un tableau de ce bout de terre, à la fois violent, poétique et crépusculaire.

Source : Éditions Kero

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR         

Paru en ce début d’année, le premier livre d’Olivier Maison, Ceux de la plaine, nous entraîne dans l’âpreté d’un univers rural, où le temps ne semble avoir d’autre prise sur l’homme que le cycle régulier des jours et des saisons. Seul repère temporel tangible dans cette évocation d’une terre intransigeante et rude, le souvenir de la Seconde guerre mondiale et de la déroute des Allemands plante le décor de cette collection de récits dans un laps de temps élastique. Si aucune date ne vient affiner le cadre temporel de l’oeuvre, c’est que la plaine du Vaunard, à l’écart de tout et comme recroquevillée sur une étrange forme de permanence, n’a d’autre maître que la nature.

Avec ce recueil de nouvelles marqué par un pessimisme noir, Olivier Maison pourrait reprendre à son compte les mots de Guy de Maupassant qui considérait l’homme comme «une bête à peine supérieure aux autres». Dans le monde sans pitié de la plaine, où la nature a force de loi, les villageois ont conservé comme une sauvage brutalité. La violence mine toutes leurs relations et les plus faibles n’y résistent pas. Fuir ou mourir devient le leitmotiv des plus fragiles. Après avoir survécu au calvaire infligé par son père, Le Filliou se tire une balle dans la tête. Pour échapper aux humiliations de sa famille, qui la traite comme une putain, Pierrette, elle, a préféré partir. Assurés de leur puissance physique, les hommes dominent les femmes, les enfants et les étrangers. Ni la Parisienne, convoitée par Jacques pour sa part d’exotisme, ni l’instituteur, muté dans la plaine par sa hiérarchie, trop polis par l’éducation, ne peuvent trouver leur place dans cette micro-société régie par la raison du plus fort.

La vie, la mort, le sexe, au contact de la nature, sont dépouillés de leur part de sacré. Les enfants morts-nés sont enterrés sans cérémonie dans l’ombre de la nuit.  Le corps et la chair prennent le pas sur l’âme. Pour ces taiseux que les mots terrifient et que seul, l’alcool amène à parler, la réalité s’appréhende à bras le corps. Qu’il s’agisse de tuer le cochon, de veiller les morts, d’enquêter sur le suicide de l’instituteur, de se venger d’un frère, d’un amant, de traquer la bête du Palsou, tout est question d’instinct. Chacun à sa façon, sous le coup d’une émotion ou d’une pulsion, tente de survivre sans jamais se laisser aller à la compassion.

Critique littéraire chez Marianne, Olivier Maison nous livre avec Ceux de la plaine une vision âpre et désespérée de la nature humaine.  De cette peinture sociale où l’amour est vain et la solitude tragique se dégage une étrange poésie du désastre. Le style, sec, cru, traversé d’une urgence animale, malmène, dérange, inscrit chaque récit dans un écrin de violence à peine voilée. Grâce à un jeu d’échos narratifs et de rappels, qui donne de la cohésion à l’ensemble, Ceux de la plaine  frappe suffisamment les esprits pour inviter à réfléchir sur la notion d’humanité.

Odile d’Harnois

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Pour en savoir plus


 

 

 Les éditions KERO :  Le site

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