CALME-TOI LISON : La femme aux araignées, Louise Bourgeois par Jean Frémon

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 3 mars 2016

 

Monologue intérieur

Jean Frémon

Paru en janvier 2016 aux éditions P.O.L, Collection Fiction, 117 pages

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 Jean Frémon, Calme-toi Lison © Éditions P.O.L, Collection Fiction, 2016

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SI VOUS AIMEZ la sculpture et les araignéessi vous aimez l’originalité de Louise Bourgeois, l’une des plus grandes artistes du XXe siècle, si vous aimez les textes sensibles qui embarquent le lecteur dans la turbulente exploration de l’intime, alors vous aimerez sans doute Calme-toi, Lison de Jean Frémon.

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Photo Jean Frémon
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RÉSUMÉ

C’est un monologue intérieur, Louise Bourgeois parle, se parle, passe en revue des bribes de sa longue vie, dans le désordre. Tout est ici imaginaire, ce n’est pas une biographie. Mais tout est plausible, les humeurs, les saillies, les ressentiments, les pudeurs. C’est le portrait, de mémoire, d’une femme qui a voué sa vie à son art, une vie qui se confond avec le siècle, et a été reconnue tardivement comme l’une des artistes majeurs de notre temps. C’est drôle, touchant, empathique, respectueux et documenté.Le livre de Jean Frémon est résolument une fiction. Il exprime de l’intérieur à la fois les tensions tragiques confinant à la névrose et les légèretés enfantines de l’un des plus grands artistes du siècle.

Source : Éditions P.O.L

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR     

Née à Paris le 25 décembre 1911 et décédée à New-York le 31 mai 2010, Louise Bourgeois n’en finit plus d’alimenter l’actualité. Alors que la première grande rétrospective de la plasticienne franco-américaine vient de s’achever le mois dernier au musée d’art contemporain Garage de Moscou, l’écrivain et critique d’art Robert Storr, reconnu comme le grand spécialiste de Louise Bourgeois, met la dernière main à son livre, Louise Bourgeois. Géométrie intime, une imposante monographie de presque 800 pages qui doit sortir en librairie à l’automne 2016 et qui a pour ambition d’embrasser la totalité de l’oeuvre de l’artiste. C’est dans ce contexte de fascination générale que le galeriste français Jean Frémon, qui a eu l’opportunité de travailler avec la célèbre sculptrice, nous livre avec Calme-toi, Lison un portrait sensible de la grande dame.

Bref et intense, le texte se présente comme un monologue intérieur, où Louise tour à tour s’exprime, parle, s’interpelle dans le chaos d’une pensée qui s’élabore et qui revisite sans ordre ni chronologie les grands moments d’une existence singulière : l’enfance douloureuse, le mariage avec l’historien d’art américain Robert Goldwater, l’exil à New-York, la reconnaissance tardive de son talent. De l’aveu même de l’auteur, l’ouvrage n’a aucune ambition biographique. En s’appuyant sur ses propres souvenirs, Jean Frémon imagine ce que Louise Bourgeois aurait pu penser de sa vie ou de sa carrière, quel bilan elle aurait pu en faire, quelles émotions elle aurait pu ressentir. Succession de fragments jetés sur la page sans autre nécessité que d’éclairer l’oeuvre d’une rebelle par quelques incursions anecdotiques dans l’histoire de sa vie, Calme-toi, Lison n’a pas d’autre prétention que l’esquisse. Ébauche d’un mystère, intime, artistique, qui offre quelques clefs, juste assez, pour comprendre un peu mieux l’univers de Louise. Ainsi, de l’enfant inconsolable qui perd sa mère trop tôt à la sculptrice qui érige avec amour des araignées monumentales baptisées « Maman », il y a le fil rouge du sentiment qui associe le souvenir de la mère tisserande à l’arachnide qui tisse sa toile. Et tandis que la liaison du père avec la nurse anglaise, sous le toit conjugal, nourrit inlassablement son inspiration, Louise, Louison, Lison, revisite sans fin les mythes freudiens : la bonne et la mauvaise mère, le secret de la chambre parentale ou le triangle oedipien. 

Écrit dans une langue qui véhicule les marqueurs de l’oralité, Calme-toi, Lison écarte d’entrée de jeu la tentation littéraire. Phrases courtes et sèches, style lapidaire de la prise de notes, recours à l’énumération, listes numérotées, procédés récurrents d’insistance (« c’est … », « ce n’est pas … ») jouent le jeu de l’ellipse avec un flegme qui confine à l’insouciance. Cela n’est pas sans conséquence. Il n’est pas rare que le texte, trop allusif,  en devienne nébuleux.

Un opuscule à lire en complément d’une visite au musée.

Odile d’Harnois

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 Pour en savoir plus


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❖ Éditions P.O.L : Le site

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❖ Louise Bourgeois :

– Rétrospective de mars 2008 au Centre Pompidou, Paris

– Collection du MoMA, New-York

– Collection On Line, GUGGENHEIM Museum, New-York

4 comments

Répondre CultURIEUSE
4 mars 2016

Oh merci pour cette information, je vais me précipiter chez ma libraire!

Répondre lecturesaucoeur
7 mars 2016

Mais de rien et bonne lecture ! 🙂

Répondre Guy Allix
4 mars 2016

Encore une superbe note de lecture. Très habitée comme d’habitude Odile. J’adore. <3

Répondre lecturesaucoeur
7 mars 2016

Merci, Guy, pour cette généreuse visite … 🙂

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