AUTRES COURANTS : Les vertiges électriques de l’indicible

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 13 février 2015

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Poésie

Philippe Jaffeux

Paru en janvier 2015 à l’Atelier de l’agneau, Collection Aphoris, 77 pages

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Philippe Jaffeux, Autres courants © Atelier de l’agneau éditeur, Collection Aphoris, 2015

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SI VOUS AIMEZ la foudre, l’électricité et le charme austère de l’activité cérébrale quand elle est pointée sur l’écran lumineux d’un ordinateur, si vous aimez les mots plus que la direction qu’ils prennent, si vous aimez la poésie quand elle achoppe sur le sens et qu’elle explore de nouveaux territoires sensibles, alors vous aimerez sans doute Autres courants de Philippe Jaffeux.

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Atelier de l’agneau éditeur

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LE RÉSUMÉ

  » Autres courants reflète le canevas du livre précédent Courants blancs : 1820 phrases qui peuvent être lues au hasard sont disposées par séries de 26 sur 70 pages. Chacune de ces «pensées imaginatives» (F. Favretto) se retourne sur elle-même afin de révéler une contradiction électrisante. Un mouvement alternatif articule un renversement grâce à une tension entre des mots opposés. L’énergie d’un contrepoint superpose des pensées qui résonnent dans un chaos inépuisable. Le souffle d’un jeu construit des paradoxes prêts à osciller entre le sens et le non-sens. La puissance roborative du vide assure le fonctionnement de ces courants grâce à la dynamique d’un perpétuel recommencement. » 

Source : Philippe Jaffeux

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR      

Avec son nouvel opus, Autres courants, Philippe Jaffeux poursuit l’expérimentation poétique autour du sens qu’il avait initiée dans Courants blancs. Claquemurées dans l’espace vierge de la page, des séries de vingt-six phrases – clin d’oeil aux vingt-six lettres de l’alphabet latin moderne – déroulent avec entêtement, de gauche à droite, au rythme obsédant d’une écriture mécanique, des «contradictions électrisantes». Comme dans son précédent ouvrage, l’auteur retient, contient, emprisonne les mots dans le cadre contraignant d’une démarche expérimentale pointue. Conduite sur soixante-dix pages, qui évoquent les soixante-dix années du cours ordinaire de la vie humaine, l’expérience s’épuise presque naturellement avec la mort symbolique, par étouffement, de la phrase finale. 

Comme dans un circuit électrique, où le courant se déplace de la borne positive à la borne négative, les courants poétiques de Philippe Jaffeux obéissent aux règles conventionnelles de l’écriture et de la lecture. Leur mouvement, linéaire, suit la direction habituelle de la main et de l’oeil. Mais sous l’impulsion du poète, l’émergence du sens n’accompagne pas la course des mots. D’entrée de jeu, le logos est évacué, comme s’il n’y avait rien à comprendre, rien à envisager que la dynamique pure, la puissance vibratoire d’un flux verbal, qui n’a d’autre objet que d’être contenu par la page. Cela ne suffit pourtant pas à en faire une écriture totalement blanche. Si le texte est marqué par ce qui s’apparente à une sorte de neutralité énonciative, il charrie néanmoins, dans ses eaux domptées, maîtrisées par un agencement des phrases au cordeau, les scories, polies, affinées, d’une sensibilité en souffrance. Au fil des pages en effet, par discrets à-coups, un sujet prend forme. Derrière le pronom personnel «il» et les adjectifs possessifs «son, sa, ses», qui inaugurent environ un tiers des aphorismes de l’ouvrage, une conscience, vague et anonyme, se dessine peu à peu. Au point de convergence du sens et du non-sens, un hiatus existentiel apparaît, se révèle, explose. A demi-mot. Il faut s’attarder sur les champs lexicaux, sur la matière sensible du verbe, sur la chair à vif du corps textuel pour entrer dans une autre dimension poétique. Parallèlement aux thématiques littéraires du langage et de l’écriture se met en place toute une cartographie du sensible. Greffés sur un constant aller-retour entre les références au corps humain et les images propres à l’univers du livre, les thèmes récurrents du vide, du silence, de la solitude et de la souffrance, physique et morale, imprègnent de leurs vertiges universels cette poésie moderne de l’indicible. Vision littéraire, littérale, de l’absurdité de l’existence et de l’angoisse qui étreint, ces Autres courants de Philippe Jaffeux, qui  touchent à tout ce qu’il y a de cruel et d’ineffable dans la condition humaine, renouvellent encore une fois avec audace les lois du genre. 

O.d’Harnois

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Pour en savoir plus

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– Le site de l’auteur : Philippe Jaffeux

– Le site de l’éditeur : L’Atelier de l’agneau 

 

D’autres articles critiques :

a/ Paul Badin : Philippe Jaffeux : Une écriture irradiée/irradiante

b/ Jacques Barbaut : Autres courants de Philippe Jaffeux

c/ Jean-Marie Corbusier :Courants 505 : Le vide de Philippe Jaffeux

d/ Emmanuele Jawad : Autres courants, Philippe Jaffeux

e/ Jean-Jacques Nuel : Autres courants de Philippe Jaffeux

f/ Claude Vercey : I.D n° 544 : L’année des Courants

g/ Jean-Louis Rambour : A propos de N, de Philippe Jaffeux

h/ Christophe Stolowicki : Philippe Jaffeux : Autres courants

i/Didier Ayres : Autres courants, Philippe Jaffeux

 

1 comments

Répondre ÉCRIT PARLÉ : La méthode Jaffeux – Lectures au coeur
1 juillet 2016

[…] portée de main durant la lecture des textes majeurs de l’écrivain : Alphabet, Courants blancs, Autres courants. Comme un ouvrage de référence, comme une notice explicative. À déconseiller aux explorateurs […]

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