PRÉCIS D’INCERTITUDE : Errances et poésie lustrale

In: Chroniques littéraires

On: 26 août 2016

♥️♥️♥️♥️

 

Poésie

Alain Dantinne

Paru en juin 2016 aux éditions de L’Herbe qui tremble, 144 pages

*

Couv_Precis_d_incertitude_Alain_Dantinne

Alain Dantinne, Précis d’incertitude © Éditions de L’Herbe qui tremble, 2016

*

SI VOUS AIMEZ  la Laponie, les silences glacés de la toundra et ses brumes lactescentes, si vous aimez les écrivains voyageurs qui se ressourcent dans l’étreinte consolante du paysage, si vous aimez les textes elliptiques et la poésie quand elle se veut lustrale, alors vous aimerez Précis d’incertitude d’Alain Dantinne.

*

Photo-alain-dantinne

Photo : Alain Dantinne

Images may be subject to copyright

*

LE RÉSUMÉ

« [ … ]

tu vois l’homme

il demande un peu d’eau

aux passants assoiffés

s’en va à pas lents

le long des tombes marines

perdus dans les corps aimés

sous les rayons doux

d’une vie à fleur de peau

tu vois cet homme

qui marche sur l’horizon

[ … ] »

Source : Précis d’incertitude, p.122, Éditions de L’Herbe qui tremble

.

.

L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   ♥️♥️♥️♥️

Quand le temps du voyage coïncide avec celui du cheminement intérieur, les paysages qui accueillent et renvoient comme autant d’échos toutes les nuances de l’émotion participent pleinement de l’aventure intérieure que constitue toute quête de soi. Dans un recueil intitulé Précis d’incertitude et paru en juin 2016 aux éditions de L’Herbe qui tremble, le poète belge Alain Dantinne expose brièvement en cinq chapitres (Parole abrupte, Errances, Laponie, La frise de la vie, Tumulte invisible) les étapes essentielles d’un processus intime de réconciliation de l’être. Fil conducteur de cette « architectonique de géo-poésie », le nomadisme épouse tous les détours de l’errance spirituelle. De San Francisco à Las Vegas, du Nouveau-Mexique aux îles Féroé, de la Patagonie à la Gaspésie, Alain Dantinne arpente aux quatre coins du monde des chemins qu’il voudrait voir déboucher sur la lumière. Encouragé par la poésie d’autres écrivains voyageurs (Kenneth White, Henry David Thoreau, Henry Miller, Tomas Tranströmer), il progresse de paysage en paysage en quête de toujours plus d’immensité, de silence et de pureté. Point culminant de cette épopée intime, la Laponie et ses territoires immaculés se présentent au centre du recueil comme un lieu d’exception, d’où le voyageur pourra sortir « lavé de la tristesse du monde ». De cette expérience à l’intensité mystique, Alain Dantinne tire une poésie lustrale, dense et fiévreuse. L’écriture, que les fantômes du passé ont rendue nécessaire, s’invente dans l’urgence. Autour d’une fêlure essentielle, d’un manque originel, d’une absence. De cette ancienne souffrance qui n’a pas réussi à s’exprimer, le poète retrouve les contours aigus dans la peinture d’Edvard Munch. Quatrième volet du Précis d’incertitude, La frise de la vie revient sur les toiles célèbres du peintre pour en « saisir [tout] ce que Munch ne put dire ». Et son « cri * déshumanisé » qui « rebondit de toile en toile » rappelle la douleur secrète qui irrigue le texte du poète. Mais de l’amour qui dans l’enfance, a cruellement fait défaut, Alain Dantinne ne laisse affleurer dans ses poèmes qu’une trace discrète, qu’un écho littéraire et pudique renvoyé par d’autres écritures, d’autres âmes solitaires (Alain Bertrand, Christophe Mahy, Georges Perec ). Telle une fleur épanouie au « soleil noir » du manque, la poésie d’Alain Dantinne se définit ainsi comme une « parole abrupte ». Sec et nourri de « sonorités qui disent la colère », le style s’affranchit de toute tentation ornementale. L’écrivain délaisse la métaphore au profit de l’ellipse, plus secrète, élague le superflu, renonce à l’accessoire, prône l’ascèse du texte dans une introduction qui se donne à lire comme un précis d’art poétique. Et quand à la lisière du sens, les « mots gommés d’incertitude » chantent malgré tout le désir de vivre, le poème, « ellipse de l’être (…) trace de l’errance », se meut en « esquille de lumière ». Travail d’orfèvre exécuté avec soin et mis en valeur par les peintures abstraites, douces et tourmentées , d’Alain Dulac, le livre d’Alain Dantinne, Précis d’incertitude, explore avec gravité et ferveur les flous douloureux de l’âme. À découvrir.

O.d’Harnois

—————

Pour en savoir plus

❖ Le site de la maison d’édition : Éditions de L’Herbe qui tremble

❖ Édvard Munch : Le Cri * (The Scream) 1893

.

.

❖ Autres articles critiques :

• Francine Ghysen : Au creux de l’absence la poésie

0 comments

Leave A Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

%d blogueurs aiment cette page :