LE BOIS L’ALLUMETTE : Philippe Rivaud sculpte le silence

In: Notes de lecture

On: 25 mars 2016

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 Poésie

Philippe Rivaud

Paru en juin 2015 aux éditions Le Cormier, 72 pages

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Philippe Rivaud, Le bois l’allumette © Éditions Le Cormier, 2015

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SI VOUS AIMEZ la poésie et la géométrie, si vous aimez les mots quand ils dansent avec le silence et qu’ils tendent vers la pureté de l’abstraction sculpturale, si vous aimez Constantin Brancusi, Georges Braque et René Char, alors vous aimerez sans doute Le bois l’allumette de Philippe Rivaud.

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Photo Philippe Rivaud

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LE RÉSUMÉ

Le premier livre de Philippe Rivaud, l’Heure blanche, laissait soupçonner avec une grande finesse les lignes de force de sa création à venir. Dans le Bois l’allumette, il s’attache, avec une patiente obstination, à un travail d’épuration, de resserrement et, pour tout dire, à l’expression d’une parole dépouillée de tout artifice, une manière de construire sa langue poétique en suggérant davantage qu’en donnant les clés de ses énigmes, lesquelles prennent le relais des résonances les plus matérielles. Car l’écriture de Rivaud se situe bien plus du côté du concret, comme le titre de son livre le laisse soupçonner, c’est-à-dire d’une matérialité qui va de l’expérience sensible à l’expression, sans tomber dans l’abstraction minimaliste. L’objectivité lyrique qui se dégage de ces vers libres comme l’air que l’on respire, non sans nous faire éprouver une certaine mélancolie, laisse deviner une sensibilité à vif autant qu’une retenue, quelque chose de lapidaire au cœur d’une langue poétique qui revendique à la fois l’obstacle et les brisures qu’elle produit. Son lexique se compose de mots simples comme jour, contre-jour, ombre, lumière, ciel, terre, etc. Mais c’est aussi dans la proximité de l’œuvre d’artistes comme Braque ou Brancusi que prend forme cette poésie. Le lecteur ne trouvera ici aucune recherche de l’effet pour l’effet, mais des saisies de l’existence humaine singulières, saisies concises, propres à innerver nos désarrois afin de mieux exprimer une résistance face à la vie telle qu’elle va.

Source : Éditions Le Cormier

L’AVIS DE LECTURES AU COEUR     ♥️♥️♥️♥️

Condensé dans un magnifique titre elliptique – Le bois l’allumette – qui masque à dessein tous les liens, tous les rapports logiques qui pourraient s’imposer entre le bois et l’un de ses produits dérivés, l’allumette, l’art poétique de Philippe Rivaud se déploie avec autant de pudeur que de faste dans un recueil où l’ombre et la lumière, le ciel et la terre, l’homme et la femme travaillent sans fin à trouver leur point d’équilibre. À la manière d’un sculpteur, le poète, dans l’espace vierge de la page, façonne le silence. Il puise sa matière première dans le logos (le bois) pour transformer en brandons de lumière (l’allumette) quelques mots simples qui évoquent tour à tour les élans du coeur, les poussées vivifiantes du jour, les aspirations secrètes qui tirent vers le haut, vers le ciel, vers un idéal d’absolue et pure beauté. Philippe Rivaud, qui semble ainsi transposer dans son écriture la quête artistique d’un Braque ou d’un Brancusi, pose chacun de ses poèmes sur un axe vertical, autour duquel les mots, jetés à plat sur la feuille, s’organisent comme autant de fragments qui s’empilent. Le style est lapidaire. Les phrases, comme rongées par les assauts du silence, ébauchent des histoires, s’aventurent sur les bords lumineux de quelques secrets à peine éventés. Les blancs de la page aèrent le texte, permettant ainsi au sentiment de se couler, de s’enrouler patiemment autour de chaque bribe sonore. Les silences, comme dans une partition musicale, exacerbent la délicate mélodie d’un recueil qui mise sur le murmure. Et parce que le rythme s’alentit dans les glissements du souffle ou les pauses récurrentes, parce que le sens, de page en page, reste délicatement en suspens, la poésie de Philippe Rivaud cultive le mystère. Avec brio. Avec la fluidité d’un vol d’oiseau dans « la promesse bleue » du ciel. Symbole de perfection, de plénitude et de liberté, la figure de l’oiseau, comme un discret rappel des « ailes » de Brancusi ou des « oiseaux » de Braque, souligne l’appétence de l’homme pour les hauteurs. Comme « si le coeur tenait de la géométrie », comme si vivre, comme si aimer ne pouvaient se concevoir que dans un mouvement ascendant, un déferlement d’émotions propices à l’élévation de l’âme. L’homme, debout, « sait … des montagnes l’audace qui oblige » et la tête dans les étoiles, il vacillerait, s’il n’y avait l’amour pour l’aider à trouver sa « juste place ». Au coeur de cette poésie en archipel qui s’aventure sur les traces de René Char, la thématique du couple et de l’amour qui éclaire innerve le texte avec une telle pudeur que la pulpe des mots s’en trouve comme régénérée et tout à coup, au détour d’une page, la simplicité subversive d’une courte phrase éclabousse le réel de quelque déflagration de beauté. Il ne faut pas seulement lire Le bois l’allumette, il faut aussi l’envisager dans son intention sculpturale. Observer la page, le dessin du texte, le savant équilibre des mots, l’orchestration des silences. Car le recueil de Philippe Rivaud s’inscrit au carrefour de la littérature, des arts visuels et de la musique. 

Une expérience poétique qui ravira tous les aventuriers du coeur.

O.d’Harnois

 

 

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 Pour en savoir plus :

❖ Éditions Le Cormier : Le site

3 comments

Répondre Anouk M.
7 juin 2016

L’écriture de Philippe se fond dans un texte qui se balance entre subtilité infinie et profondeur éternelle, tout y est équilibre entre intangible et permanence.
Une magnifique découverte, rare, à déguster comme une parenthèse intemporelle qui autorise une évasion dans des mots qui s’enracinent pour mieux s’envoler.

Répondre Elisa Tixen
27 mars 2016

Il y a si peu de chroniques sur des recueils de poésie. Merci pour ce beau cadeau 🙂

Répondre lecturesaucoeur
30 mars 2016

Et pourtant, la poésie recèle tellement de trésors …
Merci d’être passée, Élisa 🙂

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