L’ARBRE EN CHEMIN : L’homme est un arbre comme les autres

In: Chroniques littéraires

On: 24 février 2016

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Poésie

Philippe Jones

Paru en octobre 2015 aux éditions Le Cormier, 32pages

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Philippe Jones, L’Arbre en chemin © Éditions Le Cormier, 2015

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SI VOUS AIMEZ les arbres et leur mystère, si vous aimez la poésie quand elle s’inscrit dans l’espace et qu’elle joue de toutes les dimensions, si vous aimez les métaphores pourvu qu’elles soient filées et qu’elles construisent le paysage de tout un recueil, alors vous aimerez sans doute L’Arbre en chemin, le nouveau livre de Philippe Jones.

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Photo Philippe Jones

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LE RÉSUMÉ

L’Arbre en chemin s’inscrit dans le sillage de Parenthèses, paru voici deux ans. Dans cette suite alternant poèmes en vers et en prose, il semble que Philippe Jones condense en quelques pages aussi denses que limpides l’expérience de toute une vie en poésie. L’arbre occupe depuis toujours une place privilégiée dans l’imaginaire de l’auteur. Le revoici tel qu’en lui-même, campé dans sa matérialité d’arbre, mais simultanément envisagé dans toutes ses connotations symboliques, et enfin comme une métaphore de l’écriture poétique (« un arbre s’enracine / et se forge l’image »). À l’instar d’un arbre, le livre progresse en se ramifiant, évoquant tour à tour le rapport du poète au monde sensible, la femme, l’amour et le couple (ces deux êtres qui n’en font qu’un), les éléments essentiels d’un paysage intérieur – avant de se clore par le rappel discret d’un épisode tragique fondateur de la vie de l’auteur. La dédicace ouvrant le livre s’éclaire alors, et l’on comprend in fine que ce livre dessine aussi un autoportrait en creux.

Source :  Éditions Le Cormier

L’AVIS DE LECTURES AU COEUR     ♥️♥️♥️

Sous un titre paradoxal, L’Arbre en chemin, qui juxtapose en beauté la fixité naturelle de l’arbre et le mouvement inhérent à tout voyage, Philippe Jones nous livre un court recueil, très visuel, où le texte semble convoquer autour du motif de l’arbre toute une série d’images aux contours simples, mais puissants. Construit sur une seule métaphore filée – l’homme est un arbre – qui donne à l’ensemble de cet opuscule  sa couleur et sa cohérence, L’Arbre en chemin déroule une suite de poèmes en vers ou en prose qui dessinent une approche tridimensionnelle de l’être. À partir du présupposé que « l’arbre et l’homme ont l’espace en commun », l’écrivain belge développe ainsi trois axes de réflexion autour des notions de hauteur, de largeur et de profondeur. 

Parce que « tenir la rectitude est le destin d’un tronc », le champ lexical de la verticalité occupe le texte avec une obstination qui n’a d’égal que l’entêtement de l’homme à tenir « debout » jusqu’au « matin de sa mort ». Derrière la nécessité de rester « dressé », comme tendu vers le ciel, pour mieux « saisir l’horizon » tremble le désir sensuel de féconder le temps, de « porte[r] haut la semence » pour que l’« élan trace vie », comme si la dignité ne pouvait se gagner qu’à force de dépassement. Un dépassement de soi aussi nécessaire que l’écriture pour le poète, un débordement vers l’avenir aussi crucial que la transmission  littéraire d’« un message de feuilles ». 

Mais autour de l’arbre, l’horizon se déploie aussi dans toute sa largeur, comme « un champ libre au loin », un espace vierge qu’il faut nourrir sous le vent et qui alimente le rêve et la poésie. Comme l’arbre, le poète fixe l’horizon et chaque promesse qu’il y cueille le laisse « ouvert à la rencontre », prêt au voyage de l’amour, « main dans la main sur le hasard des routes ». Le champ lexical de l’horizontalité mime ainsi la perspective du bonheur et l’espoir de voir naître, comme un miracle, « au bout de la branche » « un germe et un bourgeon », un poème, un « fruit et cette femme enfin » qui doit être porteuse de plénitude. 

Si des trois dimensions de l’espace que Philippe Jones souligne avec plus ou moins d’intensité dans L’Arbre en chemin, la profondeur est celle qui se fait la plus discrète, c’est peut-être qu’elle se veut la marque de l’intime. Comme l’arbre « drapé au profond de ses branches », le poète puise en effet l’inspiration jusqu’en ses propres racines. Lui qui transfigure dans le verbe le chagrin d’une ancienne douleur se drape ainsi dans les mots, simplement pour résister au vent et tenir encore debout.

Illustré par les gravures de Georges Raepsaet, L’Arbre en chemin offre au lecteur une poésie ciselée comme une toile de Magritte, où l’image et le sens s’accouplent pour rendre compte de la singularité de l’être. De cette fusion délicate entre la figure de l’arbre, de l’homme et du poète se dégage une atmosphère de douce sérénité, où la mort se défait au final de ses atours tragiques pour rentrer dans le cycle apaisant des saisons. Beau comme un rappel du printemps.

O.d’Harnois

 

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 Pour en savoir plus :

❖ Éditions Le Cormier : Le site

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