L’ANIMAL CENTRAL : Penser la part mécanique de l’humain

In: Chroniques littéraires

On: 8 octobre 2016

♥️♥️♥️

 

 

Poésie

Mathieu Brosseau

Paru en juin 2016 aux éditions du Castor Astral, Collection Poésie, 115 pages

*

l-animal-central

Mathieu Brosseau, L’animal central © Éditions Le Castor Astral, 2016

*

SI VOUS AIMEZ démonter les moteurs, les machines, les systèmes pour comprendre comment ils fonctionnent, si vous aimez réfléchir sur les mystères de l’humain, si vous aimez la poésie et les écritures inspirées quand elles sont comme portées par le souffle obsessionnel d’une pensée qui s’élabore, alors vous aimerez sans doute L’animal central de Mathieu Brosseau.

*

photo-mathieu-brosseau

Photo : Mathieu Brosseau
Images may be subject to copyright

*

LE RÉSUMÉ

Un recueil sur le désir humain. L’Animal central évoque par ellipses le processus du désir, de son surgissement primitif à son élaboration complexe. Ici se chevauchent le profane, le sacré et la folie : du big bang du désir à son sacre. En découle une alternance de tons, de rythmes et de lexiques : marque d’une pensée en train d’être vécue ou d’une vie en train de (se) penser. Le désir est au fondement de notre être. Et c’est par la poésie que Mathieu Brosseau tente ici d’approcher ce désir, ce « là », à la fois dans son mouvement et dans ce qu’il est, originairement.

Source :  Éditions Le Castor Astral

L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   ♥️♥️♥️

Illustrée par un dessin en noir et blanc d’Edmond Baudoin, la couverture de L’Animal central entretient d’entrée de jeu une ambiguïté sur le contenu du recueil poétique de Mathieu Brosseau. Si le couple qui s’y trouve esquissé nous remet immédiatement en mémoire le film de Jean Cocteau, La Belle et la Bête (1946), lui-même inspiré du conte éponyme (1757) de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, il n’est pourtant pas question dans L’Animal central de la puissance miraculeuse de l’amour, seul capable de polir les instincts primitifs de l’être humain. Et si le résumé des éditions du Castor Astral insiste sur la place qu’occupe le désir dans le texte du poète, Mathieu Brosseau quant à lui nourrit un projet autrement plus ambitieux. Car s’il est vrai que «les désirs sont des animaux muets », l’Animal central est bien plus que cela, il est « la course même de la meute ». Emprunté au latin animal, alis : être vivant, mot lui-même formé sur le substantif latin anima : souffle de la vie, principe vital, le vocable Anima-l mime littéralement la mise en corps de l’âme, et constitue une malicieuse mise en abîme lexicale. À partir de là, Mathieu Brosseau joue de la métaphore filée pour passer en revue les mystères de la dichotomie essentielle de l’être. Tour à tour « félin », « méduse », « ver luisant », « hydre », « céphalopode », la bête qui nous habite, « là, au centre », et qui insuffle le mouvement au corps, nous anime comme si nous avions « tous le même ciel tout en ayant chacun le nôtre ». Dans un livre hétéroclite qui s’appuie sur un socle épistolaire et qui mêle sans complexe prose et poésie, Mathieu Brosseau s’interroge sur la part mécanique de l’humain. Comment fonctionne le duo fondateur du corps et de l’âme ? Qu’est-ce que l’identité si nous fonctionnons tous de la même manière ? Pourquoi l’âme disparaît-elle avant le corps ? Que signifie ce décalage temporel ? Qu’est-ce que la folie ? Un dysfonctionnement de l’âme ou du corps ? Quelle est la place de l’esprit, de l’intelligence, du sentiment dans cette construction automatique de l’être ? Comment penser la pulsion vitale, la reproduction, le vieillissement ? Sans négliger l’humour et avec un sens aiguisé de la provocation, Mathieu Brosseau dresse ainsi un inventaire exhaustif des grandes questions ontologiques du moment. Rythmé par quatre Divagations, écrites en lettres italiques, qui éclairent le projet poétique de l’auteur, L’Animal central est une oeuvre touffue, intense, inclassable. Le style, âpre mais brillant, abuse sans aucun doute de l’ellipse et de la métaphore. Mais la vitalité qui sourd page après page de cette quête intellectuelle se révèle contagieuse et l’on se surprend au détour d’un miroir à s’interroger aussi sur la nature des rouages secrets qui nous animent. À lire patiemment.

O. d’Harnois

 

 

—————

Pour en savoir plus

.

❖  Mathieu Brosseau

est né en en 1977 à Lannion (Côtes d’Armor).
Il est aujourd’hui bibliothécaire à Paris. Il anime, dans son établissement, de nombreuses lectures et manifestations poétiques. 

Il est l’auteur de : L’Aquatone (La Bartavelle, 2001), Surfaces : journal perpétuel (Caractères, 2003), Dis-moi (La Canopée / La Rivière échappée,2008), La Nuit d’un seul (La Rivière échappée, 2009), L’Espèce (Mots Tessons, 2009) et de Et même dans la disparition (Wigwam, 2010), La confusion de Faust (Le Dernier Télégramme, 2011), UNS (Le Castor Astral, 2011), Ici dans ça  (Le Castor Astral, 2013), Data Transport (Editions de l’Ogre, 2015) et L’Animal Central (Le Castor Astral, 2016).

.

❖ Le site de la maison d’édition : Le Castor Astral

❖ Le site de Mathieu Brosseau : Plexus-S

%d blogueurs aiment cette page :