EXTRACTION DE LA PEUR : Une poésie conjuratoire

In: Chroniques littéraires

On: 17 juillet 2016

♥️♥️♥️

 

Poésie

Véronique Daine

Paru en juin 2016 aux éditions L’Herbe qui tremble, 80 pages

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Véronique Daine, Extraction de la peur © Éditions de l’Herbe qui tremble, 2016

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SI VOUS AIMEZ les matins clairs, les jacinthes et la bruine, si vous aimez la poésie contemporaine pourvu qu’elle emporte les mots dans un flux irrépressible, si vous aimez les assonances, les allitérations et la musicalité du verbe, alors vous aimerez sans doute Extraction de la peur, le nouveau recueil poétique de Véronique Daine.

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Photo_Veronique_Daine

Photo : Véronique Daine

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LE RÉSUMÉ

«   à  9  heures  du  monde  je  touche  à  chaque instant   dans

le grand puits de  bleu de  l’ été  mais  c’ est  sans le  savoir  je

me  sens  femme  je  ne  sais  pas  ce  que  ça  veut  dire  c’ est

un  peu  bête  et  doux  et  plein je  mets   du   rouge  groseille

à    mes   pieds   un   bracelet  à   mon   poignet   et  j’ entame

un   récitatif   contre   la   peur   et    ses   contaminations  les

ginkgos biloba  sont des  fossiles vivants  ayant  survécu  dans

l’   encyclopédie   on   lit   qu’ils   sont   apparus   40  millions

d’années   avant  les  dinosaures  je  crois toucher à quelques

instants  de    quelques   minutes   à   neuf  heures du monde

c’ est dérisoire délicieusement et  heureux  tout  à  la  fois   »

Source :  Extrait du recueil Extraction de la peur, Page 58

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR      ♥️♥️♥️

Dans son recueil Extraction de la peur paru en juin 2016 aux éditions de L’herbe qui tremble, la poétesse belge Véronique Daine  se livre à un exercice d’expression poétique qui l’amène à contenir dans l’espace limité de la page comme des fragments calcifiés de l’angoisse existentielle qui la traverse continûment. Extirpée du plus profond de soi, « la peur fichée au corps (…) qui perdure depuis l’enfance » dope la parole, bouscule les mots, entraîne les phrases dans un flux irrépressible, où pensée et sensation se fondent en un mouvement mélodieux. Pas de début, pas de fin pour cette évocation poétique de l’inlassable mise en mots du réel qui occupe chaque instant de l’être conscient. D’un bout à l’autre du recueil, les poèmes se succèdent, presque identiques dans leur présentation, blocs compacts de douze à quinze lignes, sans majuscules ni signes de ponctuation. Comme des espaces réservés, carrés mathématiques, largeur égale longueur, ces contenants rassurants maîtrisent le trouble et l’inquiétude, domptent le verbe et ses inépuisables ratiocinations. Divisée en cinq moments qui progressent de l’ombre vers la lumière depuis la « Saison morimur* »  jusqu’au chapitre conclusif intitulé « Joie la petite », cette poésie conjuratoire destinée à canaliser l’impétuosité mortifère de la peur se décline en une succession de récitatifs uniformes. Au rythme de la pensée qui s’élabore, au fil aléatoire des associations d’idées, Véronique Daine égrène à la fois des motifs qui lui sont chers ( jacinthe, veine cave, matin clair, petite pluie, tohu-bohu d’oiseaux, ginkgos biloba etc…) et tout un chapelet d’émotions inquiètes qui se font écho, qui se répondent d’une ligne ou d’une page à l’autre. L’unité de ces chants psalmodiques se crée alors autour de la musicalité, délicate, subtile, qui s’invente au coeur du texte. En multipliant les jeux sonores à l’intérieur de chaque séquence textuelle, en usant de façon systématique de l’assonance et de l’allitération, l’écrivain compose un air, dont l’apaisante monotonie n’est pas loin d’envoûter. Au gré des répétitions hypnotiques comme des emportements et des amplifications de ces inventaires de la peur, l’horreur de la mort et la crainte de « pourrir dans ses eaux usées à 6 heures du matin rue Schoelcher à Paris » cèdent le pas au bout du compte à l’émerveillement printanier des « premiers battements de sève » ou à la joie de « vivre vaste », loin, bien loin de tout ce qui dans le monde, entre catastrophe, fait divers et injustice, dévaste et fragilise le coeur. Ouvrage illustré par des peintures d’Alain Dulac – encre, fusain, huile – qui soulignent toutes l’incessant mouvement de l’être, l’Extraction de la peur de Véronique Daine, peut-être parce que le texte s’appuie sur de nombreuses références à l’actualité sociale, économique et politique, se lit avec autant d’aisance que d’intérêt.

O.d’Harnois

Nota bene

* morimur (verbe latin) : nous mourons

 

 

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Pour en savoir plus

❖ Les éditions de L’Herbe qui tremble : Le site

1 comments

Répondre Caroline D
18 juillet 2016

Merci pour ça, tout simplement merci.
Et pour ça aussi :
« …loin de tout ce qui dans le monde, entre catastrophe, fait divers et injustice, dévaste et fragilise le cœur. »

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