CES PÈRES-LÀ : L’ émotion brute en héritage

In: Les notes de lecture d'Odile

On: 27 mai 2016

 

Poésie

Jacqueline Merville

Paru en mars 2016 aux Éditions des femmes-Antoinette Fouque, 102 pages

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Jacqueline Merville, Ces pères-là © Éditions des femmes-Antoinette Fouque, 2016

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SI VOUS AIMEZ la littérature pourvu qu’elle s’ancre dans le témoignage, si vous aimez les mots qui claquent comme des souvenirs d’enfant, si vous aimez les écrivains en quête de salut et les recueils poétiques qui  mêlent la force de l’émotion à l’urgence de vivre, alors vous aimerez sans doute Ces pères-là de Jacqueline Merville.

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Photo-Jacqueline-Merville

Photo Jacqueline Merville

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LE RÉSUMÉ

Dans ce livre d’artiste, long poème ponctué de plusieurs tableaux, Jacqueline Merville explore avec une densité et une profondeur accrues les thèmes qui structurent son œuvre : de l’évocation d’une enfance empêchée, engluée dans la maison, et la langue, du père faisant écho à la violence du monde, jusqu’à la découverte d’un ailleurs, qui est aussi recherche, vitale, d’une langue à soi.

Source : Éditions des femmes-Antoinette Fouque

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L’AVIS DE LECTURES AU COEUR   

Parce qu’on ne choisit pas ses parents et qu’il faut parfois composer avec les liens du sang, Jacqueline Merville, peintre et écrivain français, évoque ses années d’enfance dans un recueil intitulé Ces pères-là. D’entrée de jeu, l’adjectif démonstratif couplé à l’adverbe  « là » suggère qu’on peut ranger les hommes en différentes catégories de père. L’intention dépréciative de l’expression est immédiatement perceptible. Les mots pointent l’inhabituel, l’anormal, le monstrueux de tout ce qui va à l’encontre de l’idée même de paternité. Loin de la représentation communément répandue du père protecteur, Jacqueline Merville dresse le portrait d’un homme brutal, d’un « tyran » domestique, d’un « brise-tout » qui frappe et qui crie. Dans un long poème qui multiplie les aller-retour entre passé et présent, l’auteur compose par touches fulgurantes un tableau à fleur de peau du lien douloureux qui l’attache à son père. L’écriture est rapide, toute en raccourcis, comme si la violence paternelle avait laissé sur le style son empreinte destructrice. Les phrases, tronquées, dégraissées, souvent réduites à un substrat nominal disent l’émotion brute et la nécessité de survivre. Comme la petite qui fuit la « longue guerre dans les maisons fermées » et qui court pour se mettre à l’abri des coups, le texte s’écrit dans l’urgence, cherchant l’apaisement, en quête d’une forme tardive de salut. La femme qui s’est forgé un destin à travers l’art et l’écriture et qui se souvient d’avoir été cette enfant que le père, du poing et de la voix, s’acharnait à briser, s’interroge. Au-delà de la colère et de la haine qui alimentent un désir brûlant de voir enfin mourir le père, au-delà de la honte et de la souffrance, reste-t-il encore, malgré tout, une dernière possibilité « d’aimer quand même » ? Incertaine, l’écrivain qui s’est construite à la lumière de la tendresse maternelle fait le point sur tout ce qui lui vient du père : son nom porté avec horreur, la peur de vivre, le goût de la fuite et « une langue à soi (…) une langue que personne ne pourrait tuer ». À « la langue des pères la langue des guerres », Jacqueline Merville en effet oppose la puissance subversive de la poésie pour que les petites filles n’aient plus à connaître « ce désastre d’avoir des seins et le miel du corps sur leurs terres éparpillées entre les océans ». Texte elliptique, impressionniste, illustré par des peintures de l’auteur elle-même, Ces pères-là rappelle avec une émotion sauvagement contenue que « les filles de ces pères-là » n’ont pas d’autre choix que de s’entêter, « les impatientes, les guerrières, les magiciennes », à vivre.

O.d’Harnois

 

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Pour en savoir plus

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❖ Le site de l’auteur : Jacqueline Merville

1 comments

Répondre Denise
28 mai 2016

Bonjour Odile, un immense merci. J’ai lu avec intérêt vos mots et j’apprécie de découvrir cet écrivain, Jacqueline Merville. Beaucoup d’enfants n’ont pas la chance de vivre une douce vie, bien entourés.
Bon samedi, Odile et merci.

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